Du 1er au 7 décembre se tenait le Fesival du Théâtre des Réalités à Sikasso, Mali, rencontre avec une bénévole à l’image des jeunes de son époque, avides d’un monde dont l’exploration contemporaine passe par l’invention de nouvelles cartes…d’identité plurielle, au-delà des frontières, au-delà des différences, au-delà de l’ignorance

Avec Plan B, je vous ai surtout présenté des artistes, mes coups de cœur 2014 en quelque sorte : Zeidi Ag Baba, Mehdi Nassouli, Pino. D’autres belles rencontres viendront vous donner l’envie de venir savourer quelques instants de plaisir sur ce blog en 2015, j’y travaille…. mais aujourd’hui, place à un autre type de portrait : celui d’une jeune femme qui a bien voulu répondre à mes questions en plein rush, et je la remercie ici vivement.

Moussa, bénévole à ACTE SEPT, Bamako
Moussa, bénévole à ACTE SEPT, Bamako

La seule chose que nous partageons, sans nous connaître, c’est notre statut de bénévole de festival et peut-être, à vous d’en juger, une bonne dose de bon sens ! Quant à l’expression « bénaise », elle me vient justement d’une expérience de bénévolat particulièrement riche en Poitou-Charentes : la mise en place du festival du Nombril du monde, en 2012, sous la direction de mon ami Denis LECAT, à Pougne-Hérisson (oui, ça ne s’invente pas !).

Mon invitée du jour s’appelle Massou.  Si je l’ai sollicitée, c’est parce qu’elle a intégré l’équipe d’un festival avec lequel j’ai essayé de monter un projet de coopération culturelle dans le cadre d’un programme qui s’appelle RECIPROCITE. Pour X raisons, ça n’a pas marché, mais j’ai continué à m’intéresser à la structure associative qui avait accepté de me faire confiance dès notre première prise de contact, ACTE SEPT. En même temps, je recherchais d’autres partenaires pour mener à bien la mise en place d’un partenariat entre la Bretagne et le Festival au désert en exil (festival Essakane, Tombouctou).

A l’heure où je reprends la plume numérique pour Mondoblog, je suis aussi bénévole pour le Festival TARAGALTE au Sud Maroc, afin de donner un coup de main au lancement de la 2ème édition de la Caravane culturelle pour la Paix, les 23,24,25 janvier prochains. Il s’agit d’un partenariat avec deux festivals maliens : festival sur le Niger et le Festival au désert. Mais revenons au sujet du jour, MASSOU, et mettons le cap plus au sud. Embarquement immédiat pour le Mali.

Fanchon : Tu es chargée de communication au sein de l’équipe d’Acte Sept, comment présenterais-tu cette association pour donner envie d’y adhérer ?

Massou : Acte sept est une association qui a pour but de promouvoir les cultures maliennes au travers diverses formes d’activités socio-culturelles.  Elle utilise le théâtre comme moyen de communication. Elle permet notamment de faire tourner des spectacles itinérants sur tout le territoire malien, y compris en milieu rural, dans les villages, afin de rendre la culture accessible à tous. Ses actions ont un rayonnement et une visibilité internationale par ses collaborations avec des artistes de toute l’Afrique de l’ouest et européens.

Fanchon : Cette association existe depuis longtemps ?

Massou : Acte sept fête ses 20 ans cette année. Ces derniers mois,  nous étions particulièrement mobilisés sur la 12ème édition du festival du théâtre des Réalités qui s’est tenu du 1er au 7 décembre à Sikasso, pas très loin de Bamako. C’est riche de partager le quotidien de cette association qui travaille en partenariat avec des ONG souhaitant sensibiliser la population sur des questions d’ordre sociales et sanitaires. Le point fort d’Acte sept, c’est de miser sur la formation aux métiers de l’action culturelle, car les pratiques artistiques sont bien plus que du divertissement, ce sont des professions. En Afrique, cela ne va pas toujours de soi.  Dans cet esprit, Acte Sept travaille aussi à la réflexion sur les enjeux économiques du secteur culturel au Mali, au sein d’un groupement de diffuseurs culturels, le réseau Sirabo.

Fanchon : Etre bénévole, ça ne s’invente pas, on met toujours « un peu-beaucoup-passionnément-à la folie » de soi dans ce type d’engagement. C’est la 1ère fois que tu es une bénévole nomade qui donne et (ap)prend de festival en festival ?

Massou  :  Non, ce n’est pas la première fois que je donne de mon temps sur ce type d’événement. J’ai été chargée d’administration durant deux ans à Pol’n (Nantes – structure culturelle). On porte et monte de nombreux spectacles et notamment le festival Kraft sur deux éditions 2013 et 2014. Par contre, c’est la première fois en Afrique (au Mali) et ça n’a rien de comparable à la France dans l’organisation de ce type d’événements.

Visuel de l'édition 2014
Visuel de l’édition 2014

Fanchon : Le festival dont tu parles vise à créer du dialogue entre les cultures si j’ai bien compris. Le public n’a pas dû s’ennuyer à Sikasso début décembre, j’ai l’impression qu’il fallait 4 paires d’yeux pour tout voir ou je me trompe ?

MASSOU : La programmation du Festival du Théâtre des réalités  est à la l’image du Mali, pays de dialogue entre les cultures justement.  Ici, Bambara, Malinkés, Peuls, Dogons, Soninké, Tamasheq savent vivre ensemble. En plus, le Mali est frontalier avec tellement de pays qu’il n’est pas rare à Bamako de croiser des Ivoiriens, des Burkinabé, des Nigériens, des Béninois, des Sénégalais, etc… C’est comme si l’Europe tout entière, en y rajoutant d’autres pays qui n’ont rien à voir les uns avec les autres culturellement, que ce soit au niveau de la langue, des traditions, pouvaient vivre ensemble. C’est incompréhensible en occident, et là est la force du Mali mais aussi sa faiblesse, car ce pays est  justement capable de tout accepter ! C’est un point de vue vraiment personnel.

Fanchon : Vu la complexité de la situation au Mali, le choix de la thématique de cette édition 2014 traduit un acte politique fort plus qu’il ne tient du geste militant ou du regard distancié par rapport à l’approche psycho-socio-philosophico-transdisciplinaire des colloques internationaux !   Qu’est-ce qui te touche personnellement dans cette question de la reconstruction des identités ?

(à ce moment précis, je me décroche la mâchoire sous l’effet de la surprise)

Massou :  Je suis née à Bamako, adoptée à 4 ans et élevée en Vendée, au sud de Nantes. J’ai découvert le Mali à l’âge de 24 ans, j’en ai 29 et je me sens un peu plus Malienne qu’hier. Alors oui, sur cette notion de reconstruction des identités, j’y vois quelque chose de plus personnel.

(du coup, la question qui suit prend une tournure spéciale, j’étais loin de penser  que Moussa était Française, voire aussi Vendéenne que moi Bretonne)

Fanchon : Si tu devais expliquer rapidement à une Bretonne ce qu’est la vie quand on a 29 ans, quand on est une femme et que l’on vit à Bamako, tu dirais quoi ? (Oui, bon ça va, je vais quand-même pas changer mes questions a posteriori)

MASSOU : Mmmh !? c’est  plutôt agréable d’être une jeune femme française à Bamako. Les gens nous gâtent, font attention à nous car ils nous croient démunies, plus faibles que les hommes, un peu sans défense (physiquement et psychologiquement). Et c’est peut–être le cas parfois, cette bienveillance autour de moi me protège beaucoup. Mais aussi, en tant que femme, comme on te croit justement « plus facile, plus fragile » attention aux charmants manipulateurs et menteurs. En tant que femme française, on s’intéresse beaucoup à toi pour les mauvaises raisons autant que pour les meilleures.

Fanchon : Quel type d’expérience de coopération internationale aimerais-tu partager ou mettre en place, si tu as cette possibilité un jour ?

Massou :  L’échange culturel dans toutes les disciplines artistiques  confondues et un projet qui mobilise chacun des 5 grands continents.

Fanchon : Quand la petite fille regarde la femme que tu es devenue, qu’est-ce qu’elle nous dit de l’Afrique qui t’a vu naître ?

Massou : Je dirais que l’Afrique m’a souhaité « bonne arrivée ! » comme on dit ici, ce que j’ai reçu ! C’est une expression utilisée  lorsque quelqu’un vient d’arriver dans le  pays ou tout simplement parce que ça fait longtemps que cette personne n’est pas venue nous rendre visite.

Fanchon : Et sur la marche du monde, qu’est-ce que les petites filles et les femmes africaines d’aujourd’hui retiennent à ton avis de ce qu’elles voient, de ce qu’elles entendent dans leur environnement familial ?

Massou : Elles se taquineront gentiment, ou pas, entre épouses ou voisines ou sœurs en disant  : « Je suis meilleure cuisinière que toi ! ». Ici, la tradition freine tellement le développement et la réalisation personnelle de tout le monde que forcément ça crée d’autres freins sur le plan du développement économique, par voie de conséquence.

Merci Massou

Massou pendant le festival de Sissako
Massou pendant le festival de Sissako

Le Festival du Théâtre des Réalités dont j’aurais aimé faire la promotion début décembre s’est finalement déroulé entretemps. Je vous invite à découvrir sur la page Facebook d’Acte Sept les informations et photos mises en ligne par Moussa.

Pour vous donner une meilleure idée de la richesse de cette programmation originale, il y aurait eu bien sûr matière à faire un article, que dis-je, de nombreux articles, sur le contenu particulièrement engagé de ce festival malien. Choisir, c’est faire le deuil de toutes les autres options possibles. J’ai choisi Moussa et je ne le regrette pas. Pour en savoir plus, je ne saurais trop vous conseiller de vous adresser directement à l’association, dont le directeur n’est autre que le fondateur de ce festival : Adama TRAORE.

Quant à moi, je retourne travailler sur ma mission bénévole : faire de la 6ème édition du Festival Taragalte, au coeur des dunes splendides de M’hamid el Ghizlane, un nouveau temps fort du dialogue entre les cultures, en hommage à l’héritage culturel des anciennes caravanes du désert.

B comme loavezh mad, comme on dit chez moi, en Bretagne, bonne et heureuse année à vous toutes, à vous tous, lecteurs, lectrices anonymes de cette plateforme MONDOBLOG-RFI

 

B comme Bonus et là je mets le paquet, c’est la fin d’année, alors faisons Bombance de Bons plans !!!

Merci au passage à cette merveille technologique qui me permet de vous « poster » toutes ces infos  en plein désert avec pour seule musique le vent qui fait chanter les dunes. Ca non plus, ça ne s’invente pas :))

Identité plurielle, beau symbole, à nous de jouer
Identité plurielle, beau symbole, à nous de jouer

Retrouver la programmation 2014 en un clic

Exemple d’artice publié sur le sujet

La page facebook d’ACTE SEPT

Le Festival KRAFT en Bretagne

La caravane culturelle pour la paix 2015

Le Festival sur le Niger

Le Festival au désert en exil

Rendez-vous les 23, 24, 25 janvier à TARAGALTE

Facebook du Festival Taragalte

Agenda culturel : soirée de lancement de la 6ème édition le 6 janvier à Rabat, Centre culturel La Renaissance, de 19h à 21 h, avec le groupe de Blues touareg Génération Taragalte et guest stars !!!

23, 24, 25 janvier 2015, la vie au désert se fête à TARAGALTE
23, 24, 25 janvier 2015, la vie au désert se fête à TARAGALTE

 

 

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