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Sous la khaîma comme à la maison, la fête de la musique, ici, c’est quand on veut !

 

 

 

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A mon retour du Sahara, une photo prise à Vannes au détour d’une visite surprise d’un ami et d’un concours de danses

 

 

 

 

 

Ce week-end en France, nos villes et nos villages vont se transformer en scènes ouvertes, dans un bel hommage fédérateur à la diversité, à la pratique amateur, à la bonhomie des virées nocturnes en famille, entre amis. Quand la rue est à nous…autrement que pour y manifester le désarroi, la colère ou la haine de l’autre. 

Pourquoi faut-il que le reste du temps, les choses se compliquent, que la peur de la différence reprenne le dessus ? Mettez une bretonne entre deux frères nomades, arabes, musulmans, et deux jolies frangines du pays bigouden dans les bras d’un bel algérien, vous voyez quoi là ?

Je me souviens de la toute première fête de la musique, c’était géant. Un vent de folie, de liberté. 1982, l’année de mon bac. J’avais dans les mains une pompe à vélo pour tout instrument et je m’en donnais à coeur joie avec les copains. Nostalgie de l’insouciance d’une jeunesse qui croit encore que tout est possible, à portée de rêve. Les édtions se succédant, ce rendez-vous populaire s’est sans doute trop institutionnalisé pour garder cette fraicheur des premières fois, mais il y a toujours de belles surprises.

A Châteaubourg, en Bretagne, une association comme il en existe tant sera à la fête elle aussi ce week-end. et si j’en parle dans Plan B,c’est parce que je n’en aurais jamais entendu parler, moi qui vit à quelques 130 kilomètres de là, si je ne m’étais pas intéressée au programme d’un festival qui se déroulait en avril dernier au Sahara.

Groupe (1)

 

Comme la Bretagne, le sud du Maroc et son désert majestueux sont une grande terre de festivals.  Cette fois, nous en faisons l’expérience grâce aux liens qu’une association bretonne a su tisser avec des acteurs culturels de la région de Merzouga.  Cette association s’appelle SAGAZIC, c’est ce qui avait suscité ma curiosité quand j’étais tombée un peu (ou pas) par hasard sur le programme de ce festival.  Une vérification rapide sur le net et j’avais pris contact illico pour comprendre ce qu’allaient faire dans les dunes des percussionistes amateurs de Châteaubourg, petite agglomération de 6000 âmes située entre Rennes et Vitré.

J’avais moi-même eu la chance de vivre de l’intérieur le montage d’un festival en plein désert, à M’hamid el Ghizlane, le festival Taragalte, et d’y rencontrer presque autant d’occidentaux que de nomades. De là à imaginer sur scène des musiciens bretons amateurs, et comme si ce n’était pas déjà une splendide invitation, imaginer ces mêmes musiciens animer les ateliers percussion d’un festival africain, autant dire que Plan B tenait là un vrai bon sujet ! Après tout, ces musiciens auraient tout aussi bien pu choisir de jouer dans un bagad ou s’adonner à la country music très en vogue dans nos contrées rurales, pourtant si riches en culture traditionnelle, Mais non, leur truc, c’est de vibrer au son du djembé et alors ? Moi je veux bien jouer de l’hélicon, ça vous rapelle rien ?

Allez ! Musique !

Pom pom pom pom ! C’est en avril que l’association saharienne pour le développement touristique et culturel organise chaque année à Merzouga  ce carrefour des musiques du monde. Pour répondre à l’invitation, SAGAZIC compagnie organise le voyage pour 17 de ses adhérents, le temps d’une semaine express, durant laquelle la troupe a parcouru plus de 1300 Kilomètres de bitume, toujours à plus de 1000 mètres d’altitude. On devine aisément qu’un tel séjour ne s’improvise pas et qu’il repose sur des rapports d’amitié, de confiance, construits avec le temps.

« Une fois sur place, ça a été quasi du non-stop, trois jours de fête  pour le triomphe des valeurs, de brassage, d’échange et de respect mutuel. Plus qu’un festival, c’est une rencontre entre la culture occidentale et  les traditions ancestrales berbères, une expérience enrichissante aussi bien pour le public, les artistes que les habitants de la région. »

Sandrine RAJI, coordonatrice de l’association Sagazic

Voici par le menu le déroulé de ces trois jours, qu’il faut resituer dans un cadre de rêve pour mieux en percevoir toutes les saveurs, toutes les valeurs.  Le récit est de Sandrine, que je remercie au passage pour avoir tenu parole. Je dois bien avouer que sans la récupération salutaire d’après-campagne électorale et la préparation du Salon des Ecoterritoirales,  je me serais bien invitée dans ce mini-bus, pour raconter avec mes propres mots ce périple Bretagne-Sahara !

Car l’aventure ne s’arrête pas là, le rendez-vous est déjà pris pour 2016, avec cette fois sur la ligne de départ une dizaine de jeunes musiciens bretons, qui suivent les cours de percussions dispensés par l’association, une belle façon de s’ouvrir à la culture africaine au pays de la veuze et de la bouèze, instruments traditionnels de Haute-Bretagne.  D’ailleurs la bouèze (comprenez l’accordéon diatonique) était justement à la fête ce week-end, non loin de Châteaubourg, avec 300 musiciens accueillis dans une commune qui compte à peine plus de 200 habitants : Montautour. Paradoxe de nos sociétés modernes qui ont vidé les campagnes à l’échelle de la planète, sans pour autant venir à bout, et c’est heureux, de la diversité culturelle dont elles étaient non seulement les espaces dépositaires, mais aussi les lieux privilégiés de transmission.

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« L’entrée de Merzouga signifie la fin du bitume. Vendredi 17 Avril, SAGAZIC a ouvert le festival en déambulant sur 300 mètres de piste pour atteindre la scène érigée entre les dunes. La troupe  était escortée par une caravane de dromadaires et  accompagnée d’un groupe local folklorique de Gnaouas (descendants d’anciens esclaves noirs). La SAGAZIC compagnie a également  rythmé l’arrivée du gouverneur de la région de Rachidia, parrain du festival.

Le samedi 18 avril a été  une journée riche d’émotions et de chaleur humaine. En effet, l’association s’est rendue dans un ancien village typique du désert, appelé ksar «Amessifi Ghorfa Rissani ». Elle a été sollicitée par l’Association Messifienne de développement rural pour animer  un atelier d’éducation à l’hygiène bucco-dentaire, pour un groupe d’enfants âgés de 3 à 6 ans. Parallèlement, un autre atelier créatif a été proposé.

La renontre, ça marche même sans les percu, ici, à l'école
La renontre, ça marche même sans les percus, ici, à l’école d’un village voisin du festival

En France, plus d’une centaine de briques vides de lait et de jus de fruits avaient été récoltés par les membres de Sagazic, afin de les transformer en de  véritables porte monnaies. Cent quarante enfants ont confectionnés leur petite bourse avec beaucoup d’enthousiasme et de dextérité. Cette matinée  s’est clôturée par les chants des enfants accompagnés des percussions de SAGAZIC, à la grande joie de tous. Tous les adhérents ont été conviés à un déjeuner typique chez le chef du village. Avant de repartir dans le mini-bus, la trésorière  de SAGAZIC a remis un don d’un montant  de 200 euros à l’AMDR. Un futur projet de convention entre les deux associations est en réflexion…

Le journée du dimanche 19 avril a été très dense pour la Sagazic Compagnie. Le matin, de jeunes sportifs du collège de Rissani ont rivalisé en endurance et effort sur une distance de 2 kilomètres, sous une température de  37 degrés. Ensuite, cinq membres castelbourgeois ont participé à la course solidaire organisée dans le cadre du festival et parrainée par le vainqueur du marathon des sables 2015. Ils  ont traversé trois kilomètres de dunes suivis de cinq kilomètres de plateaux naturels avant de franchir la ligne d’arrivée. L’aventure s’est poursuivie le soir sur scène où la troupe a fait vibrer les planches  au son des percussions pour leur dernière prestation. Les couleurs, les rythmes, les mouvements et les gestes ont donné à l’ambiance une tonalité bien africaine. Cette dernière soirée a été synonyme de rencontres et d’échanges  avec des artistes notamment Mouloud Meskaoui leader de la chanson africaine au Maroc. En effet, lors de sa prestation, la Sagazic compagnie s’est déchaînée au pied de la scène et a improvisé une BOUM pour tout le Staff! Le chanteur nous le rendant bien. Durant la soirée, des interviews de la  télé nationale marocaine(2M) et une chaîne espagnole ainsi que radio et presse(Libération et CNN arabic) se sont succédées.

Fatigués mais repus de reconnaissance, la troupe a rejoint le bus sous les acclamations des festivaliers.

….et moi qui reprend ici le fil du récit, c’est sur la pointe des pieds que je vous salue pour ne réveiller personne. Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle fête de la musique, n’oubliez pas la pompe à vélo ou la scie musicale,histoire de revenir aux fondamentaux. Je vous donne rendez-vous avec un de mes amis, rencontré justement au Sahara, lui aussi, au Festival Taragalte, le plus breton des africains, comme j’aime à le décrire. J’ai nommé Monsieur Mory TOURE, dont le projet fou s’offre une belle vitrine ce mois-ci dans les colonnes de Afrique Magazine : RADIO AFRIKA.

Et pour rester dans l’ambiance Fête de la musique, un petit vent de folie si ça vous dit !

Mais finalement, j’ai une meilleure idée pour nous quitter : laisser le dernier mot de l’aventure de Sagazic à celui qui y est pour quelque chose, le directeur du festival de Merzouga. Nasser Palace s’exprime ici en espagnol, mais ce n’est pas plus mal, comme ça vous avez droit aux sous-titres en arabe et français. Et le message passe dans toutes les langues, dans toutes les cultures, c’est malheureusement dans les pratiques que ça passe toujours pas.

Cherchez la frontière ! Et vous tuerez le nomade qui sommeille en vous !

B comme Bonus

http://www.sagazic.fr/

http://festivalmerzouga.com/2015/fr/

http://www.lematin.ma/journal/2015/troisieme-festival-international-des-musiques-du-monde_sonorites-et-rythmes-envoutants–sur-les-dunes-de-merzouga/221421.html

 

 

 

 

 

 

 

 

1 thought on “Cap sur les dunes avec Sagazic, la nomade aptitude !

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