La génération montante du blues touareg imprégnée, inspirée, déterminée
La génération montante du blues touareg imprégnée, inspirée, sans faux-semblant lors d’une captation vidéo au bivouac (Crédit image In Ze Box)

Plan B s’était aventuré dans les dunes de M’hamid el Ghizlane cet hiver. C’est ainsi, grâce à la Caravane culturelle pour la Paix notamment, qu’un groupe de jeunes musiciens d’origine nomade, Génération Taragalte, s’était  invité entre les lignes au fil de différents articles. Aujourd’hui, c’est à leur tour d’occuper le devant de la scène et de nous faire partager, si loin de l’ambiance feutrée du Bivouac du « Petit Prince », un peu de leur désert natal. Voilà des mois que Said et son frère Mustapha, Ibrahim, Mohamed et Khalifa, amis d’enfance déscolarisés avant l’heure, attendent ce tout premier contact avec le public européen, chez lui, au coeur de grands festivals et de belles cités cosmopolites, comme Bruxelles et Amsterdam. De culture berbère ou arabe, ils savent encore à peine s’exprimer en anglais ou en français, mais sur scène leur invitation au voyage vaut tous les langages.

Voir la vidéo réalisée par In Ze Box

A l’initiative du centre culturel Daarkom, en plein coeur de Bruxelles, Génération Taragalte jouera ce soir dans une ambiance somme toute familière, teintée de l’esprit des

repas de fête du ramadan. Ce concert, le premier d’une série de dates clairsemées courant juillet, dont une halte unique de la Caravane culturelle pour la Paix en France, le 11 juillet aux Houches, conservera à coup sûr pour ces artistes une saveur inoubliable : celle d’une liberté (presque) accessible.

La bienvenue au bivouac, signée Le Chat de Geluck
La bienvenue au bivouac, signée Le Chat de Geluck

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En attendant le concert, petit tour en ville, arrêt De Brouckere, tout le monde descend !

Nous y voilà, la canicule aidant, on s’y croirait presque ! Bruxelles-les-Bains, ambiance carte postale, le charme romantique de son chalet Robinson au coeur du Bois de la Cambre, son musée Folon si accueillant dans les anciennes écuries chaulées du Château de la Hulpe et puis la surprise, en sortant du métro De Brouckere pour rejoindre le centre-ville : vision surréaliste d’une capitale européenne qui aurait décrété que les tables de ping-pong, les terrains de boules feraient aussi bon effet sur l’immense avenue que les files bruyantes de voitures.

http://www.lesoir.be/922540/article/actualite/regions/bruxelles/2015-06-29/au-coeur-du-pietonnier-bruxelles-c-est-genial-video

Les enfants trempés jouent avec les fontaines sous le regard amusé des adultes qui dégoulinant de sueur en feraient bien autant. Le dérèglement climatique s’assortirait-il d’une vision moins stressante, moins pesante, du développement urbain ? Donnerait-il à voir la vie citadine sous son meilleur jour ? Celui d’un réchauffement possible de certains espaces publics habituellement condamnés à n’être que le décor (superflu ?) de flux incessants et polluants ?

Se pourrait-il que le désert recule aussi dans nos villes, quand la collectivité gestionnaire ose enfin réaffirmer qu’il faut faire de la place au coeur de nos sociétés, au coeur de nos vies ultramécanisées, ultracompartimentées et ultracompliquées… à l’imaginaire, à la joie, à la simplicité dans nos rapports humains ?

Ce serait une bonne idée de profiter du Prix de l’affiche Folon pour nous faire rêver, réfléchir, avancer sur ces questions qui touchent au quotidien de chacun. Le thème 2015 est « Vivre en ville ». Libre à vous de replonger ou non dans l’esprit de liberté que le dessinateur belge avait su insuffler dans la sobriété de ses aquarelles.

« Ça fait tellement rêver ses tableaux », Nolwenn, 9 ans, fan du Musée Folon

« Une feuille blanche est un univers infini », Folon

http://fondationfolon.be/prix-de-laffiche-folon-2015/

Cette nuit Taragalte qui promet d’être particulièrement chaude est aussi l’occasion d’attirer l’attention sur une cause bien spécifique, à laquelle le public du Festival des Houches, La Croisée des chemins, avait pu avoir accès l’été dernier grâce à la projection de ce très beau documentaire,  « Les Chemins de Mahjouba », en présence de sa réalisatrice.

Voilà comment j’avais eu envie de mettre en mots ces images bouleversantes qui nous amènent si près d’un visage, d’une relation, d’un dilemme personnel, d’une histoire singulière, quoique vieille comme le monde, pour nous faire partager l’intimité d’une souffrance terrible. Avec toute la retenue dont est capable Rafaele Layani, experte dans l’art de faire disparaître la caméra, le face-à-face imprime dans nos rétines la trace de ce mal-être qu’une société peut créer quand la naissance d’un enfant n’obéit pas aux règles édictées au seul nom des pères.

Ni documentaire, ni portrait, ni road movie, alors quoi ? Un paysage défile sous nos yeux, comme une histoire qui échappe au regard, anonyme, aussi anonyme que ces jeunes filles mises au ban d’une société patriarcale pour avoir donné la vie à un enfant sans père. Sans le pardon de leur famille, ces adolescentes restent sans papiers, exposées à tous les abus, à toutes les solutions extrêmes, dont celle de vendre la chair de leur chair.

Nous sommes au Maroc dans l’habitacle d’un véhicule associatif, avec Mahjouba, dont le choix de prendre soin au quotidien de ces mères célibataires sans ressource, révèle toute la force de la patience, du dialogue, de l’engagement. Ce film autoproduit, d’une rare justesse, est né de la rencontre entre cette femme incroyable et le père de la réalisatrice. 

De dix ans de travail, Rafaele Layani garde au montage de nombreuses séquences filmées du tableau de bord de cette voiture qui ramène les filles à leur famille dans l’espoir d’une issue plus heureuse à leur grossesse. Dans ce huis clos, que ne troublent aucune intention, aucun jugement occidental, l’auteure parvient à saisir et préserver la liberté d’une parole échangée entre la femme adulte et la fille mère.

Les personnalités de chacune ressortent, la singularité de leur situation se comprend sans qu’il soit nécessaire d’en savoir plus. Les échanges, jeu de questions-réponses tranquille malgré la tension perceptible, sont entrecoupés de silences expressifs, seul écho possible au conflit intérieur qui brise ces filles. Au volant comme dans son bureau, Mahjouba leur tient la main fermement pour donner à ces mères la force dont elles ont besoin. Tout est dans ce lien, dans cette confiance réciproque qui se donne.

Le film n’en est que plus juste, plus troublant, puisque le propos de la réalisatrice ne s’embarrasse d’aucune contextualisation, d’aucun récit superflu. Elle recueille, habile et discrète, ce que ces femmes marocaines acceptent de nous donner à voir, à entendre d’elles-mêmes. Mais au-delà  du drame individuel, « Les Chemins de Mahjouba » touche au plus près le drame de toutes les sociétés construites au nom du père, du fils et de l’injustice quand elle fait loi.

En savoir plus : http://www.oumelbanine.net

B comme bonus

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Site de la Caravane culturelle pour la Paix

https://www.facebook.com/in.zebox.studio

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