Chaque année le mois de mars sonne le retour des guitares touarègues et autres musiques du monde sur la scène du Festival International des Nomades. Depuis sa création en 2004, l’événement fait date au Maroc comme à l’international. C’est un rendez-vous précieux avec des modes de vie adaptés à un milieu fragile, avec une culture et des coutumes menacées de disparition. Il témoigne de l’attachement de toute une population à ses racines, à son histoire, à un avenir qu’elle souhaite meilleur pour chaque enfant qui a la chance de grandir en paix dans cette magnifique vallée du Drâa aux portes du Sahara marocain, mais aussi partout ailleurs sur la planète.

« Le Festival est notre image commune et un outil partagé par tous pour la promotion de notre patrimoine ».

                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Noureddine Bougrab, créateur et directeur du festival

Femmes de M'Hamid au Festival, Edition 2011 © S. Coulaud
Femmes de M’Hamid el Ghizlane au Festival, Edition 2011 © S. Coulaud

Emblématique par sa situation géographique et son passé prestigieux, M’hamid el Ghizlane, dernière oasis de la Vallée du Drâa, se prépare à accueillir du 18 au 20 mars des festivaliers venus de très loin pour vivre, parmi et avec les habitants, trois jours de fête au parfum d’aventure.

Choisir de vivre l’expérience d’un festival marocain dans le désert à M’hamid (mars), Merzouga (avril) ou Tighmert (fin juillet), c’est reprendre pied dans un monde traditionnel étranger à nos modes de pensée : subtil dans l’art de l’accueil et de l’échange, étonnant dans ce qu’il dégage de puissant et d’irrésistible.

C’est aborder sans forcément les comprendre des codes et des manières d’être. Pas de panique ! Laisser faire, laisser reposer, déposer… Attendre, détendre, jusqu’au moment où le corps et l’esprit libérés des tensions, du stress, du temps qui presse, peuvent enfin s’abandonner à une alchimie vivifiante dont l’équilibre fragile oblige chacun, homme, femme, enfant, à faire profil bas devant l’adversité sans rien perdre de sa fierté, de sa joie de vivre, de sa soif de partage.

Et si l’urgence, c’était justement d’apprendre à ré-ouvrir la porte à notre propre soif de liberté, de simplicité, d’ailleurs ?

Une belle expérience que j’ai été très heureuse de partager avec une équipe motivée et sympathique ; une aventure originale, improvisée, chaleureuse et tellement humaine  ! J’aime.  

 

                                                                                                                                                               Dominique Micollier, bénévole, du Sud de la France au Sud Maroc, mars 2015

Dominique, la reine du backstage, est une habituée des festivals. Son truc, c'est la déco et des artistes bien dans leurs tongs !
Dominique, la reine du backstage, est une habituée des festivals. Son truc ? La déco avec trois fois rien, un sourire pour chacun : artistes, bénévoles, techniciens

Affiche Festival des Nomades 2016Dans cette ambiance d’oasis et de désert, entre effervescence et nonchalance, candeur et intelligence, sagesse et démesure, tout invite à laisser derrière soi habitudes et autres servitudes. Vous serez bien surpris de n’être plus sur vos gardes quand l’idée même de confiance semble avoir bientôt déserté nos sociétés post-modernes.  Saviez-vous qu’au temps des caravanes, il y avait un endroit connu de tous les bédouins au sud de M’hamid, l’Oasis Sacrée, plus sûr qu’une banque et mieux gardé par personne que par mille soldats ?

Pour l’heure, au souk, dans les kasbahs, à la fin de la palmeraie, dans les bivouacs alentours, et peut-être même au sommet du Zahar face aux caméras de la frontière ultra-sécurisée où se perdent encore quelques dromadaires malgré les barrières, le sujet de conversation est tout trouvé. Tout le monde s’active.

A la manœuvre depuis 2004, date de la création de l’association Nomades du Monde et de la toute première édition du Festival International des Nomades, Noureddine Bougrab est celui qui peut le mieux nous parler de ce projet fou, porté par une équipe locale 100% bénévole. En moins de dix ans, le festival a su s’imposer comme une référence, malgré les difficultés inhérentes à l’éloignement et à l’absence d’équipements culturels opérationnels dans cette région saharienne.

Ce fils du désert a concrétisé son espoir : partager sa culture au-delà des frontières et faire de son vilage, M'hamid el Ghislane, un carrefour des cultures nomades
Ce fils du désert incarne l’espoir et la foi en la jeunesse. Son rêve ? Partager sa culture au-delà des frontières et faire de son village un carrefour des cultures nomades. En 2004, le rêve devient réalité et depuis… Noureddine voit toujours plus loin. Il trace le chemin !

Dans ce dénuement propre aux modes de vie nomades, nul besoin d’artifice, de surenchère. Chacun fait avec ce qu’il a, avec ce qu’il est, avec les amis qui se bougent aussi à l’étranger. Le succès de l’initiative participe et contribue à faire vivre la magie d’une sympathie universelle, ce rêve de liberté et d’aventure qui entretient dans l’imaginaire collectif l’image vivace du temps des caravanes sur tous les continents.

Les hommes bleus et leur incroyable destin continuent de faire rêver la terre entière. Pour Adil Belaguid, jeune diplômé trilingue en recherche d’emploi dans le tourisme, être présentateur du festival, c’est plus qu’un honneur, c’est une histoire de cœur. “Anything for M’hamid is dear to my heart. Se sentir nomade, c’est se sentir libre de créer. »

Rares sont les jeunes à M'hamid qui ont la chance d'aller à l'université, mais tous vont au festival depuis 2004, c'est déjà ça !
Rares sont les jeunes au village qui sont allés à l’université comme Adil, mais tous vont au festival depuis 2004, un beau combat ! Mohamed, à droite sur l’image, ne dira pas le contraire. Il a choisi la vie d’artiste, aussi libre et heureux sur une scène qu’au désert.

Entretien avec Noureddine Bougrab 

Quoi de mieux que la culture pour favoriser le développement? 

PB : Lorsqu’en 2004 vous relevez le défi de créer un festival dans votre village, comment cette initiative a-t-elle été reçue?

NB : L’initiative a été très bien accueillie par tous, particulièrement par la population locale dont le patrimoine y est mis à l’honneur. Ils ont aimé l’idée que ce soit l’un des leurs, un fils du désert, qui ait eu cette volonté de créer le premier événement culturel de M’hamid et même de toute la région du Drâa. Quoi de mieux que la culture pour favoriser le développement?Guedra et danseuse

PB : De nombreux partenaires vous soutiennent dans cette aventure. Comment avez-vous su les faire adhérer à cette cause qu’est la transmission de vos traditions, de vos coutumes, à cette volonté de partager ce patrimoine au-delà des frontières ?

NB : A cette époque, défendre le patrimoine était un défi dans notre pays. Or le patrimoine matériel et immatériel des nomades était en perdition. Pour moi, il était urgent d’agir pour éviter que toutes nos valeurs et traditions ne se perdent, il fallait pour cela qu’elles soient transmises aux jeunes générations! Au Maroc et ailleurs, tout le monde ne connaît pas le mode de vie des nomades. La plupart de ceux que j’ai contactés ont été intéressés d’en découvrir plus. Je pense pouvoir dire que j’ai généralement un bon contact avec les gens et que je leur inspire confiance. Ce sont ma détermination et ma patience qui m’ont permis de convaincre des partenaires de l’urgence de la situation et de les amener à s’engager pour cette cause. La confiance accordée par les premiers partenaires a encouragé d’autres à s’investir. Je les remercie de leur fidélité et de leur esprit citoyen! Nous ne les avons pas déçus et nous faisons en sorte que les partenariats soient reconduits. Grâce à cette confiance renouvelée dans la coopération, le Festival des Nomades est devenu, année après année, un événement incontournable dans le calendrier des festivals du Royaume.

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PB : Comment les habitants apportent-ils leur concours à l’initiative ?

NB : Ce sont surtout les jeunes qui sont très impliqués, ils sont conscients qu’une telle manifestation participe à la promotion et au développement de leur région. Être partie prenante de l’événement les aide à développer leurs compétences d’organisation et de communication. Cela leur donne accès à de nouveaux horizons. Le festival est un événement fédérateur qui crée une dynamique locale, à l’origine de multiples nouvelles initiatives. Il est devenu un véritable vecteur de développement. Et c’est là une des vraies originalités de ce festival au désert.

PB : Diriez-vous que le Festival International des Nomades est un événement dont toute la population peut aujourd’hui s’attribuer le succès et la notoriété internationale, au même titre que vos soutiens au Maroc et à l’étranger ?

NB : OUI, c’est une évidence pour la majorité d’entre elle ainsi que pour tous ceux qui nous soutiennent. Les jeunes de M’hamid qui nous secondent partout où c’est nécessaire ont leur part dans la bonne organisation de la manifestation. Tous les groupes de jeunes musiciens de M’hamid se produisent chaque année devant leurs amis, familles et fans sur une scène internationale!

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Nati James est compositrice, chanteuse, chef d’orchestre du Nati James Orchestra et danseuse de flamenco. A M’hamid, elle présentera son spectacle « Yalil Flamenca »

Il est donc logique qu’ils se sentent fiers et s’approprient un peu l’événement! Si les femmes ne se déplaçaient pas, je sentirais l’échec de l’initiative. Or, elles sont très nombreuses à venir assister à toutes les activités. Le Festival est notre image commune, et un outil partagé par tous pour la promotion de notre patrimoine.

PB : Votre engagement, celui des bénévoles permettent d’offrir à tous et gratuitement une programmation dense et riche. Quelles convictions profondes vous permettent de ne pas céder à la facilité pour garder au contraire intacte au fil des ans l’ambition première de cet hommage aux cultures nomades?

NB : Ce sont mes propres racines, ma culture. J’en suis fier et j’y suis très attaché! C’est pourquoi il est important à mes yeux de ne pas dévier du concept d’origine, pour garder à cette manifestation toute son authenticité et tout son sens. Et même si le festival programme chaque année un ou deux groupes plus «modernes», c’est pour satisfaire la population locale qui est une des premières cibles de mon engagement, et qui n’a pas facilement accès à l’art et la culture, ni à une grande offre de distraction sur place. C’est grâce à nos partenaires, autorités locales, bénévoles qui travaillent assidûment à nos côtés, que cela est possible.

Mari Helander et Anne Lise Johnsen Swart
Mari Helander et Anne Lise Johnsen Swart seront sur scène le 18 mars pour partager avec le public l’art du conte, de la poésie et du chant, chez les Sami

PB : En 2016, quelles raisons aimeriez-vous évoquer pour que de nouveaux festivaliers rejoignent M’hamid El Ghizlane du 18 au 20 mars?

NB : L’attrait d’un voyage culturel qui côtoie le naturel. L’invitation à la découverte, à l’échange, au partage dans la joie, la simplicité, la générosité de l’accueil, l’authenticité qui donne son «âme» à notre festival. Le festival se développe édition après édition avec une programmation toujours renouvelée et de qualité. Le nombre d’activités augmente, rendant l’événement toujours plus intéressant.

PB : Parmi les propositions qui figurent au programme cette année, quelles sont celles qui vous tiennent particulièrement à cœur, à titre personnel ? Pourquoi ?

NB : Je serai heureux de mettre en place cette année le projet du Forum des Nomades, ensemble d’ateliers visant à réfléchir à des solutions, à donner de l’espoir dans l’avenir du nomadisme. Par ailleurs, concrétiser des échanges Nord-Sud (entre artistes et entre festivaliers) est important à mes yeux. Ils se feront par la participation, entre autres, des chanteuses de Joïk que je souhaitais inviter depuis mon premier voyage chez les Sami en Norvège, de Terakaft venant du désert, et d’autres artistes de divers horizons.

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Rendre à ma terre, à ma famille, ce qu’elles m’ont donné de si précieux

Témoignage d’Adil Belaguid

Petit garçon ayant grandi dans un si petit village, j’essayais de comprendre comment devenir un homme, un homme bien. Trouver sa voie dans la société d’aujourd’hui quand tu es né au Sahara, un territoire immense qui ne bénéficie pas des mêmes perspectives, des mêmes atouts que d’autres régions, ce n’est pas chose facile. Alors la solution, c’est de partir de ce que je suis, de ma culture nomade, d’exprimer cette liberté qui est la mienne. Si je suis bénévole, c’est pour porter ce message et le partager.

C’est ma façon de rendre à ma terre, M’hamid el Ghizlane, l’énergie qui fait que je suis devenu l’homme que je suis. Les gens disent souvent que le désert, c’est du vide, ils disent qu’on ne peut rien faire avec du vide. Pour moi, c’est tout le contraire. Au Sahara, notre mode de vie forge des qualités que les sociétés urbaines ont réduites à néant. J’ai l’intime conviction que les valeurs qui sont les miennes et celles des nomades de par le monde ont du sens. Elles peuvent contribuer aux échanges, elles permettent d’inventer des réponses, y compris pour imaginer les villes et les campagnes de demain.

Quand le festival a vu le jour, cela n’a pas été juste une très belle occasion pour nous, habitants du village, de nous retrouver pour faire la fête et faire vivre nos traditions. Je l’ai vécu comme une véritable opportunité de nous reconnecter à nos racines. Sans des rendez-vous comme celui-là, nos racines peuvent perdre toute signification dans nos existences, dans nos façons de vivre le présent, de penser l’avenir.

Car comme l’eau, le bois, le bétail, le sable même, avec lequel nous faisons tant de choses, la culture est une ressource des plus précieuses.

 

Le Festival International des Nomades est un hymne à la joie, à l’amitié entre les peuples et à l’apport spécifique de notre culture telle qu’elle peut s’exprimer dans sa différence en écho à un monde en perpétuelle évolution.

Nous nomades, nous sommes les fruits de notre expérience, de notre capacité d’adaptation à tous les milieux, même les plus hostiles à vos yeux, quand ce qui me semble si contre-nature, c’est d’évoluer dans une société basée sur des obligations, des restrictions.

Naître libre, c’est un cadeau dont je sais le prix. Si je veux vivre ainsi, en nomade, c’est pour pouvoir me sentir libre. Je suis animé par cette volonté d’être à mon tour un passeur de culture, à l’image des anciens qui nous ont légué cette identité, cette fierté, cet esprit d’indépendance qui va de pair avec la conscience que nous sommes dépendants des ressources qui assurent notre survie, jour après jour. Car comme l’eau, le bois, le bétail, le sable même, avec lequel nous faisons tant de choses, la culture est une ressource des plus précieuses.

Adil espère rejoindre une grande université européenne dès septembre. Il aime son métier de guide au Sahara, participer à des rencontres de jeunes, comme en Ukraine cet été, et présenter en anglais les nombreux groupes qui le rejoignent sur scène tous les soirs durant le festival.

Merci à Noureddine et à son équipe bénévole d’avoir accepté pour les lecteurs de Mondoblog de lever le voile sur les coulisses et les valeurs de leur beau festival. Ils nous offrent en prime et en avant-première le nom des artistes à l’affiche de cette édition 2016. Le programme de concerts n’est pas encore mis en ligne sur leur tout nouveau site à faire connaître sans modération, mais ça ne saurait tarder.

Merci à vous de partager.

Terakaft – Afel Bocoum – La Nati – Flamenco – Goupe de Sami, Norvège                                                                         Mnat Azawan, Said Senhaji, Farid Ghannam, Said Charaad, Kel Tamasheq Oued Noun, Dakat Sif                                  Groupes locaux des jeunes de M’hamid

Le Festival International des Nomades est une invitation au voyage, au dialogue, à l’ouverture au monde. Chacun y est le bienvenu pour faire le plein d’émotions dont les nombreux reportages  consacrés à cette région ont saisi toute l’intensité.
Le Festival International des Nomades est une invitation au voyage, au dialogue, à l’ouverture au monde. Chacun y est le bienvenu pour faire le plein d’émotions dont les nombreux reportages consacrés à cette région ont saisi toute l’intensité.

B comme Bonus

http://www.nomadsfestival.org

https://www.facebook.com/nomade.monde

http://www.samigoldsource.com/

 

 

 

 

4 thoughts on “Tous nomades ! Naître libre et le rester…

  1. Quand je te lis, je n’ai qu’une envie : prendre mon bloc-note, un stylo, un appareil-photo et mon sac à dos et filé là-bas pour un reportage. Ton récit est aussi croustillant que tes images. Merci Fanchon de nous faire découvrir ce pan de culture.

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