Aman, breman – Ici, maintenant

Il est temps, oui, temps de vous présenter un de mes amis, Romain Sponnagel, fervant défenseur de la culture bretonne. Son engagement professionnel et militant vient d’être récompensé, mais ce n’est pas au brittophone de l’année que j’ai demandé de lever le voile pour Plan B, c’est à l’artiste engagé. Je suis heureuse qu’il nous parle de cette musique traditionnelle qu’il sert avec talent et conviction, avec un souffle tellement contemporain qu’il parvient à nous toucher encore profondément et à passer les frontières.

Aujourd’hui est un jour spécial pour les plus jeunes sonneurs de Kerlenn Pondi, ils sont sur scène à Vannes pour garder leur place en 3ème catégorie.  C’est aussi pour rendre hommage au travail d’encadrement sur la durée de ces adolescents que j’ai voulu consacrer cet article à des artistes de chez moi pour une fois. Ces jeunes musiciens ont bien grandi, bien mûri, depuis l’euphorie de la victoire qui leur a permis de quitter la 4ème pour se confronter à un meilleur niveau dans le championnat.

Certains travaillent dur pour se préparer à intégrer le bagad, dans lequel le plus jeune musicien n’a que 14 ans. Et dans ce groupe, il y a aussi celui qui accepte de prendre plus de responsabilités que les autres, malgré l’angoisse de ne pas être à la hauteur du défi. Il s’appelle Clément Guillermic, il a 20 ans. Aujourd’hui il a vécu sa toute première expérience de concours en tant que penn sonneur. J’espère sincèrement qu’il va faire un bon bout de chemin avec ses musiciens.

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En juin 2013, les 60 ans de Kerlenn Pondi devant une sable comble

Pour Clément comme pour mes propres enfants, tout est parti d’un premier regard, d’une première envie…

Le bagad de Pontivy concourait le 14 février à Brest en 1ère catégorie
Le bagad de Pontivy, Kerlenn Pondi, concourait le 14 février 2016 à Brest en 1ère catégorie.

L’écriture pour bagad est un art suffisamment inhabituel pour que vous n’ayez pas le loisir d’en entendre baucoup parler autour de vous. Alors avant de vous laisser en tête à tête avec Romain sponnagel, je vous propose en préambule un échange avec Simon Lotout, le penn sonneur de Kerlenn Pondi, le chef d’orchestre si vous préférez. C’est à lui que revient la mission avec l’ensemble des musiciens du bagad de faire entendre ce que Romain a mis en partition. Des mois de travail acharné pour convaincre le jour J, à l’occasion du championnat national qui se déroule chaque année en deux manches, à Brest à et à Lorient.

PB : En 1ère catégorie, le niveau des Bagadou est déjà très haut et il est encore plus difficile de se faire une place dans le haut du classement. Qu’est-ce qui fait la différence le jour du concours ?

SL : Pas grand-chose. La maturité du groupe. Quand un ensemble arrive à sonner d’entrée de jeu avec une belle dynamique, une énergie déjà bien en place, ça se reconnaît tout de suite. Chaque bagad développe sa manière de trouver et de partager ce souffle, par la puissance, par l’orchestration. L’art, c’est d’arriver à lier les deux, de trouver le juste équilibre pour que la suite soit l’occasion de faire passer la passion et l’exigence communes qui nous animent, sans rien perdre du plaisir premier qui est de jouer ensemble, de se sentir porté nous-mêmes par la musique.

L’enjeu, ce n’est pas tant de progresser d’une place au classement, même si le bagad tire aussi sa capacité de progression dans cette motivation. Ce que nous cherchons avant tout, c’est à transmettre une émotion et un répertoire traditionnel. Quand tu joues une mélodie qui a 500 ans, tu sais que tu n’es qu’un maillon de cette transmission, mais tu mesures aussi l’importance et ta chance d’être ce maillon. Au sein de Kerlenn Pondi, ce que nous apportons à cette histoire et à ce travail de création, de transmission, de diffusion que font tous les bagad, quel que soit leur niveau, c’est notre amour de la danse.

Simon à gauche face à Romain en répé Crédit photo Ouest-France
Simon à gauche face à Romain en répé Crédit photo Ouest-France

PB : Quel était ton état d’esprit avant d’entrer sur scène au Quartz ? Tu semblais très détendu lors de la répétition générale et les musiciens aussi.

SL : Nous avons fait de bonnes répétitions et je suis d’un naturel confiant. Les musiciens sont très impliqués, motivés, ils se sentent plus à l’aise à force de maîtriserSim les difficultés, mais ils savent rester concentrés et mettre la bonne dose de bejon quand il faut. Ni trop, ni pas assez. Nous sommes tous là pour obtenir le meilleur résultat possible. Nous avons travaillé pour ça avec une belle cohésion. Le reste, ça se joue dans l’instant, sans trop se poser de questions. C’est vrai que le bagad est resté planté historiquement à la 7ème place, mais l’an dernier nous avons réussi à finir 6ème au général, donc gravir encore une place, pourquoi pas. L’essentiel c’est de montrer que Kerlenn  Pondi a son style propre, une vraie signature. Le défi est d’autant plus intéressant que les têtes d’affiche ont peut-être plus de difficulté à surprendre au fil des années. On finit par s’habituer aux couleurs de tel ou tel ensemble et à la façon dont les suites sont structurées.

PB : Il y avait plus de liberté que sur les éditions précédentes pour ce 70ème anniversaire du championnat. Au regard des autres propositions, celle de Kerlenn Pondi part d’une approche assez classique. Contrairement à d’autres bagads qui sont sortis de leur terroir, vous avez fait le choix de rester sur votre répertoire de prédilection : le vannetais, et vous n’êtes pas allés chercher des violons, des accordéons, des consonances exotiques ou de musique de chambre comme l’a fait très joliment le bagad de Vannes, par exemple.

SL : Ce n’est pas parce que c’est un concours qu’on cherche forcément à impressionner ou à trouver à tout prix quelque chose d’original à présenter. Notre but, c’est avant tout de se faire plaisir sur scène le jour J. On bosse trois mois sur une pièce de 10 minutes, alors c’est important d’être dedans et surtout d’être soi-même. C’est une passion qu’il faut communiquer aux 1500 personnes qui sont là. Nous sommes moins préoccupés par la performance que par la nécessité d’aller le plus loin possible dans la façon de mettre la musique au service de la danse sans sortir du cadre contraignant qu’implique le jeu d’orchestre. Autant le faire avec nos airs, nos histoires, ce qu’il nous a été donné de transmettre et faire en sorte que ça sonne, tout simplement.

Comme tous les autres membres du bagad, Simon, 29 ans, est bénévole. Il vit dans une petite commune rurale du Centre-Bretagne, Saint-Mayeux. Il est instituteur bilingue et sonne depuis l’adolescence dans un groupe bien connu des amateurs de festou noz : Ampouailh.

Romain Sponnagel au festival Bombarde et compagnie
Romain Sponnagel au festival Bombarde et compagnie – Crédit photo Guy Gegoux

L’écriture pour ensemble est forcément normée, il faut faire en sorte que cela ne traduise pas une certaine rigidité dans l’expression. Concilier rigueur et liberté dans une construction soignée, c’est ce qui permet d’explorer avec subtilité et complicité la façon de faire surgir le côté vivant et fluide du mouvement.

Le bagad tire sa force du collectif et d’une écriture qui vient d’une langue chantée, dansée, aujourd’hui comme hier. La richesse du chant-contrechant, la rythmique des temps qui porte le pas des danseurs s’accompagnent à ce niveau de maîtrise d’une connaisance fine du style spécifique à chaque région de Bretagne.

Le travail fait en amont au niveau du choix des airs et de l’orchestration compte pour beaucoup dans le résultat final et la spontanéité du jeu, au sens premier du terme. Au-delà de l’effet d’intensité, de puissance que produit cette musique d’ensemble, il y a un savoir-faire, une envie de faire surtout, qui se transmet de jeune génération en jeune génération. Romain Sponnagel apporte par son écriture un vrai plus à cette aventure collective.

Partition du bagad de Pontivy, Romain Sponnagel
Partition du bagad de Pontivy, Romain Sponnagel

#BRETAGNE : une centaine d’orchestres traditionnels bretons : les bagadoù1…  autant d’arrangeurs et compositeurs… bénévoles !  Comment écrivent-ils?

Entre secrets de l’inspiration et art de l’orchestration, Romain se livre pour nous à un exercice de vulgarisation de la matière de Bretagne qui vous donnera des frissons, j’espère. Pour ma part, j’ai grandi dans cette culture et j’ai maintes fois l’occasion de voir jouer ces artistes. Pourtant je ne m’explique toujours pas ce qui crée ce surplus d’émotion chaque fois que je me sens bouleversée par ce langage puissant, profond, intemporel. Mais je sais une chose : cette émotion enracinée dans une histoire collective est assez proche, il me semble, de celle que ressent chaque nomade au Sahara à l’écoute de Tinariwen et des groupes qui font vivre cette tradition devenue elle aussi une référence universelle.

Il y a environ 120 bagad1 dans le monde dont une centaine en Bretagne. Ils sont classés en cinq catégories pour ceux qui participent au Championnat national des Bagadoù1. La finesse de l’écriture, l’harmonie des arrangements et l’intelligence du travail en équipe pour y parvenir sont des critères très importants pour juger le travail des groupes.

L’INSPIRATION : INTEMPORELLE !

Du moyen-âge à nos jours, les Bretons ont toujours été un peuple réputé pour ses arts. La matière de Bretagne est inédite en ce monde; la langue bretonne a donné une saveur délicieuse à de nombreux rythmes et mélodies.

Les fonds documentaires sonores ou écrits : les archives de Vannes, Dastum, les collections privées…  On compterait jusqu’à 50 000 documents sonores qu’on nomme les collectages. Les collecteurs parcouraient la Bretagne pour enregistrer et/ou noter les chansons populaires transmises de génération en génération. Certains de ces collectages sont simplement disponibles à l’écoute, d’autres ont été publiés dans des recueils. Le dernier est sorti… en 2016 ! Il reprend une centaine d’airs notés par Constance Le Merer, une institutrice dont le livret a été trouvé par hasard en vidant un grenier dans la région de Lannion ! Mais combien de ces livrets privés ont été perdus… ?

Les groupes de fest-noz, de concerts, de couples de sonneurs, de duos, de chanteurs actuels : environ 1500 groupes et/ou duos recensés actuellement !

Cette diversité de styles – il y a des groupes de fest-noz punk, d’autres sous forme de quatuor classique, d’autres rock, d’autres reggae…-  et de formes est également une source d’inspiration pour nombre d’arrangeurs ou écrivains de bagad, la règle restant de demander l’autorisation de jouer un air composé ou arrangé par un groupe. Le musicien breton à travers les siècles s’est toujours enrichi de tous les éléments de sa propre vie. En Bretagne, la musique traditionnelle est encore libre de droit, et c’est un peu comme les routes gratuites, c’est un sujet à aborder avec prudence…

La musique classique bretonne : la Bretagne a vu et verra encore naître des compositeurs bretons de renom international, principalement à la fin de la période romantique / moderne avec entre autres Paul Ladmirault, surnommé le nouveau Mozart lorsqu’il écrit son premier opéra « Gilles de Rais » à seulement 15 ans ! Joseph-Guy Ropartz est une autre de ces grande figures qui se sont elles aussi inspirées de la matière de Bretagne et deviennent parfois une nouvelle source d’inspiration pour les compositeurs d’aujourd’hui, un cycle sans fin. (Ecoute : lien 2 : Introduction sous forme d’un poème symphonique de la KEVRENN ALRE Au championnat des bagadoù 2016 à Brest). A Pontivy, c’est une compositrice qui a repris ce flambeau. Frédérique Lory a composé en 2015 une symphonie pour l’Orchestre de Bretagne, lequel travaillait déjà depuis deux ans à la création de la toute première symphonie d’un autre musicien friand de rencontre et de dépassement de soi : Ibrahim Maalouf

« Ma conviction est que nous sommes tous capables de nourrir un propos artistique, qu’on soit mélomane ou pas, mais a fortiori si on est musicien ! Que l’on vienne ou non des musiques improvisées, du jazz, des musiques dites actuelles, ethniques ou même de la musique classique, nous sommes tous en mesure d’exprimer à travers notre bagage culturel et selon notre niveau technique de musicien, un certain nombre de sentiments et d’émotions. Ces sensations auditives et visuelles improvisées ont tout à fait leur place en concert, pour ceux qui, attentionnés et bienveillants, tentent d’en déceler l’intérêt. ».

Ibrahim Maalouf.

Le bouche à oreille : « A veg da veg », les arrangeurs / compositeurs rencontrent toujours des référents, chanteurs, sonneurs, musicologues, collecteurs, musiciens, pour apprendre des airs mais surtout, à la source même du savoir, apprendre les secrets de l’histoire, de l’interprétation, de l’émotion ou de la passion transmis par ces mêmes airs.

Cette énorme diversité des sources se croisent dans un répertoire lui-même extraordinaire et qui se régénère sans limite ! UN REPERTOIRE ORIGINAL !

Les danses (An dañsoù) : environ 100 danses différentes en Bretagne ! De fonds anciens ou récents. Elles répondent toutes à une codification qui correspond à l’exécution de la danse : tempo, style, temps forts, rythmique, carrure, ambitus des airs,  modes musicaux…  Il existe également des variantes selon les villes, voire les villages, selon les époques aussi, les interprètes…  Notons que cette diversité est souvent la source de débats animés… Ces variantes et codes continuent d’ailleurs à évoluer aujourd’hui dans certaines danses. Il faut bien suivre le mouvement !

Les mélodies (An tonioù) comprennent de nombreuses sous catégories : chants à la marche, airs sur tous les sujets possibles, fidélité, mariage, métier, voleurs, mythologie, meurtres… Chantées, sonnées ou jouées, beaucoup de chansons étaient circonstanciées et racontaient des faits.

Le répertoire des Gwerzioù (mélodies historiques bretonnes, rimées, souvent en tercets comme au pays de Galles). Ces mélodies et textes proviendraient pour les plus anciennes de la période du Royaume de Bretagne avant l’an 1000. Par exemple, la gwerz Skolvan fut collectée sous une trentaine de version en Bretagne. Jusqu’à ce que le musicologue breton Donatien Laurent découvre la similitude entre les paroles collectées (un poème en trois parties d’une centaine de vers) avec un poème du plus vieux manuscrit gallois datant du XIIIe siècle : le livre noir de Camarthen (Llyfr Du Caerfyrddin). La comparaison est incroyable et souligne combien la tradition orale est puissante, puisqu’elle a permis, notamment en Bretagne, de transmettre pendant une dizaine de siècles des chansons, poèmes, histoires.

– Répertoires religieux : la pratique religieuse a été très importante en Bretagne. En effet, en plus de la religion officielle de Rome, les Bretons ont maintenu jusqu’au 20ème siècle un grand nombre de croyances liées au culte des saints, souvent issues de croyances païennes préchrétiennes qui ont coexisté pendant des siècles, parfois tolérées, parfois combattues par l’Eglise. Les répertoires religieux,  officiels et non officiels, sont par conséquent extrêmement riches.  Chaque saint, chaque chapelle, église, basilique, pardon, fontaine, a son cantique breton… voire plusieurs !  Ses cantiques ont parfois été composés à partir d’airs populaires et vice-versa. Ils ont été régulièrement repris pour se transformer sous forme d’airs à danser ou de chansons… au grand dam des hommes d’église parfois, qui voyaient leurs cantiques devenir des danses ou des chansons paillardes à la mode.

On le voit, chez un peuple de 4,5 millions d’habitants, l’histoire, les ressources et la force de création sont irremplaçables ! Elles permettent de créer et recréer chaque jour la musique Bretonne.

Romain, brittophone de l'année avec une autre lauréate 2016, kenyane
Romain, brittophone de l’année avec une autre lauréate, Darlene Arokoh, une Kenyane qui apprend le breton.

La langue bretonne a apporté à sa musique des caractéristiques ethno-musicales uniques comme l’asymétrie (exemple 2 KERLENN PONDI) que l’on retrouve à l’est de l’Europe et dans quelques rares cultures du monde, ou encore l’incroyable système de temps forts propre à chaque danse.

« Cette masse d’informations est une source irremplaçable d’inspiration et de vie qui permet de créer et recréer le quotidien ».

Romain Sponnagel

 

 

 

L’ORCHESTRATION DES BAGADOÙ

Exemple de conducteur de bagad avec les instruments habituels. (Laridenn/Kerlenn Pondi 2016). « Eil gwech » = Deuxième fois

Les compositeurs/arrangeurs de musique de bagad puisent donc dans cette incroyable matière de Bretagne pour écrire pour ces orchestres de musique traditionnelle ou non.

L’écriture, comme pour orchestre, répond aux règles et aux goûts de chacun… néanmoins, un grand nombre de contraintes sont à prendre en compte : La tessiture des instruments ; Les instruments de bagad ne sont pas chromatiques, il faut donc changer d’instruments si l’on souhaite changer de tonalité. Il existe la cornemuse écossaise en Sib : mode de Sol qui correspond bien à une partie du répertoire breton mais ne suffit pas. Les Bretons ont donc créé la cornemuse en do « mineur ». La gamme est particulièrement adaptée aux couleurs modales de la musique bretonne : la sous tonique fait un ton à la place d’un demi ton et permet même d’aller au Sol, soit à la quarte inférieure : Une sorte de mode plagal.  Cornemuses en do sur l’exemple 5 (Bagad de Vannes)

En bombardes : différentes tonalités coexistent : La bombarde en Sib est la référence imposée par l’utilisation de la cornemuse écossaise en Sib et de la cornemuse bretonne en Do. On trouve principalement des bombardes en Fa, puis Mib et enfin des bombardes ténor Sib pour aller dans les graves. Une bombarde basse vient d’être créée (une octave en dessous la bombarde ténor en Sib).

Le biniou est la cornemuse bretonne par excellence. Dans la grande famille des cornemuses, c’est aussi la cornemuse la plus aiguë du monde ! En Sib, en « La » dit non tempéré (ou appelé à tort vieille gamme) en Sol, en Fa…

Le travail en percussions est original : les Bretons ont créé une sorte de guitare basse en multipliant des grosses caisses accordées ! A écouter sur les exemples 3 (BAGAD LOKOAL MENDON), 4 (BAGAD D’ELVEN) et 5 (BAGAD DE VANNES)

Les caisses-claires sont utilisées à la base sur le modèles des pipe-bands. Peu de compositeurs écrit à la place du chef de pupitre des caisses-claire : Le penn caisses-claires. Elles rentrent l’orchestration globale des percussions.

Après le respect des contraintes de l’instrumentation, le travail d’écriture sur la matière s’oriente autour de deux axes :

  • L’orchestration (Manière de répartir les instruments) qui va jouer sur les intensités, timbres, les nuances, les équilibres de sonorités, les couleurs… (Solos, tutti, crescendos et decrescendos
  • L’harmonisation qui intervient de l’unisson aux arrangements les plus modernes et avant-gardistes, en passant par tous les styles.

Pour terminer, notons le lien entre l’extraordinaire diversité des sources du patrimoine oral et l’incroyable richesses des bagadoù aujourd’hui avec un nombre de créateurs et interprètes populaires qui ne cesse d’augmenter. Cette culture partagée par tous sans distinction sociale, raciale ou sexuelle est l’essence même de la culture dans le sens breton du terme : SEVENADUR (De « Seven » : poli, accompli + le suffixe -adur : « l’action de… »)  Littéralement, une action accomplie, poli, le fait de respecter l’autre et soi-même.

NOTE : 1 : Le mot « bagad » désigne les orchestres de musique bretonne. Les mots bretons sont accordés selon les règles de la grammaire bretonne : Pas de pluriel après les chiffres : On écrira 2 bagad. Et les pluriels bretons en « où » après les pronoms « Les bagadoù. »

Liens :  J’ai choisi d’utiliser des exemples des meilleurs bagadoù du Bro Gwened (pays vannetais). En vous baladant sur le site antourtan ou sur youtube, vous pourrez y découvrir l’incroyable diversité des styles et jeux proposés. Au jeu des concours, notons le bagad Kemper et Cap Caval qui remporte régulièrement le championnat depuis une dizaine d’année.

Pour compléter cette approche du travail d’artistes bretons, tous bénévoles, Plan B a demandé à Elouan, Lucine et Maelan, trois jeunes pontivyens de donner leur avis sur cette suite présentée le 14 février dernier au Quartz à Brest. Le nom donné à ce morceau justifiait bien à lui seul cette espapade dans les coulisses d’un bagad : « Na dorromp ket ar vrochenn », ne cassons pas le lien d’amitié.

Le jour du championnat, Elouan était sur scène, Lucine dans le public et Maëlan derrière son ordi à Pontivy.

12193754_1081272375225976_1648469091421587112_nElouan : mon premier concours à Brest remonte à 2011. Le jour de la répétition générale, la veille du concours, c’est vrai qu’on sentait le groupe bien en place et détendu. Le stress n’était pas encore là. Pour nous les bombardes, il y a une belle écoute entre nous. C’est le but recherché. Le plaisir vient aussi du fait que d’année en année, les suites changent. On sent que ça évolue bien. Ca donne de belles harmonies et un style qui se renouvelle.

Elouan étudie la musicologie. Le week-end, en plus des répétitions avec le bagad, il encadre un groupe de jeunes musiciens prêts à intégrer la formation adulte pour les faire travailler sur le répertoire qui exige un autre niveau de jeu, de concentration et d’écoute que celui demandé au bagadig.

Musiciens et danseurs font toutes les sorties ensemble. Voyage, voyage !
Musiciens et danseurs font toutes les sorties ensemble. Voyage, voyage !

Lucine : au début des répétitions, je n’aimais pas trop la suite. Quand je vois le résultat aujourd’hui, c’est pas mal du tout. Il y a de jolies nuances et c’est propre. Si je n’accrochais pas avec les thèmes, c’est sans doute qu’au départ il fallait le temps que ça s’organise. Là on sent que c’est bien construit, chacun sait ce qu’il a à faire. Le résultat est vraiment top. Le bagad a super géré sur scène. C’était encore mieux qu’à la générale. Il y a eu un beau silence avant que l’ensemble commence à jouer et puis on s’est laissé embarqué par la suite.  C’est étrange comme 10 minutes, ça peut paraître court ou long selon le contexte. On était juste trop dégouté pour le copain dont la cornemuse a lâché juste avant de monter sur scène.

Maëlan : ce que j’ai découvert à la générale, même si j’avais déjà une petite idée de la suite que le bagad était en train de mettre sur pied, c’est une sonorité hors du commun qui reflète très bien les traditions bretonnes. Cela vous colle le rythme et vous donne envie de bouger. Les temps sont bien marqués, c’est une musique qui s’assume, puissante, qui me fait penser à l’énergie de la révolte.

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Aujourd’hui le bagadig joue pour rester en 3ème catégorie dans le cadre du championnat national organisé par l’Assemblée des sonneurs. Elle est déjà loin la coupe des champions de 4ème !

Ce qui m’impressionne, c’est la cohésion du groupe et le travail phénoménal que ça demande pour en arriver là. Je fais partie du groupe encadré par Elouan et forcément ça nous motive de se dire qu’on est capable nous aussi maintenant de jouer des suites plus difficiles si on bosse avec sérieux.

L’ambiance aussi, avec le bagad, c’est plus cool et plus festif que quand on te fait comprendre gentiment : ben non, toi tu rentres à la maison, t’as pas l’âge ! J’aime vraiment mon instrument et j’essaie d’être assidu, c’est déjà pas toujours facile, entre l’internat la semaine, le conservatoire et le bagadig, le week-end. Alors j’hésite un peu.

Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de passer tout mon temps libre à préparer des concours et la saison des sorties estivales. Si j’entre au bagad, ça veut dire que je vais passer pas mal d’heures au local et en déplacement.  Je n’ai pas encore 17 ans, mais j’ai aussi une vie à côté de la musique.

… et avant d’autres bonus, le premier film bilingue primé par le rectorat d’académie dans le cadre du concours « Citoyen reporter, patrimoines vivants », un tournage réalisé par des élèves de 3ème du collège Diwan à Vannes suite au classement par l’UNESCO du fest-noz, avec la complicité d’un enseignant (breton, musique) : David Ar Gall, à qui je vais laisser le mot de la fin en vidéo. Je ne pouvais en effet rêver meilleure conclusion (voir les bonus).

Ce reportage frais, sympa et fait avec trois francs six sous par de jeunes bretonnants dans le cadre de leur scolarité, vaut largement des supports que j’ai vus depuis sur le même sujet, réalisés par des professionnels à grand renfort d’argent public ! Je suis heureuse d’avoir été pour quelque chose dans l’existence de ce film.

B comme Bonus

Une appli pour rencontrer des Bretons aux quatre coins du monde http://stag.bzh/fr/ L’application Stag est gratuite – disponible sur iTunes et Google Play -, en français, en anglais et en breton bien sûr. Une idée concrétisée par Romain Sponnagel et deux de ses amis

Le site des sonneurs de Bretagne http://www.bodadeg-ar-sonerion.org/

L’actu du bagad et du cercle celtique Kerlenn Pondi https://www.facebook.com/kerlennpondiofficiel/?fref=ts

Contact : contact@kerlennpondi.bzh

http://www.unesco.org/culture/ich/fr/RL/le-fest-noz-rassemblement-festif-base-sur-la-pratique-collective-des-danses-traditionnelles-de-bretagne-00707

Site ressource pour consulter des archives sonores et autre documentation où que vous soyez http://www.dastum.bzh/FR/musique-bretonne.php

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