Sur Plan B, on ne fait pas qu’aimer le cinéma, on le soutient à travers l’initiative de celles et ceux qui en ont fait leur passion, leur crédo quotidien ou comme avec Pino dont nous avons relaté ici l’incroyable percée dans ce milieu grâce à son premier rôle dans Timbuktu. 

Pino vient de boucler à l’autre bout du monde un tournage avec Gilles Lellouche et Mélanie Laurent, nous aurons donc le plaisir de le revoir bientôt sur nos écrans dans une atmosphère bien différente de celle qu’il a cotoyée en vrai à Kidal et que ses amis restés là-bas continuent de subir. Le cinéma, c’est ça. Rendre compte des réalités du monde sans d’autres comptes à rendre que celui de la justesse du regard et d’un travail d’équipe partageant la même envie, la même exigence. Le reste appartient à l’émotion, au monde des critiques bien sûr, mais aussi à la faculté du public de saisir toute la portée d’une histoire mise à l’écran.

« Le reste » nous plonge parfois dans la polémique, comme avec Timbuktu justement au moment de la sortie en France de « Salafistes », un documentaire choc finalement autorisé en février au moins de 18 ans quand, à quelques jours de sa programmation en salle, il n’était pas loin d’être carrément menacé d’interdiction. Du jamais vu au pays des Droits de l’Homme et du Citoyen. Fort heureusement, et le titre du journal Libération en joue avec habileté, cette question de la filiation voire de l’appropriation d’images entre documentaire et fiction n’aura que peu de temps détourné les esprits des problèmes de fond.

http://www.liberation.fr/france/2016/01/25/salafistes-l-aversion-originale_1428926

C’est pourquoi s’il faut des réalisateurs, des actrices et des acteurs, des technicien-nes, des soutiens financiers pour que les projets existent, il faut aussi des équipes pour rapprocher le cinéma de son public, de ses publics. C’est ce que fait depuis bientôt dix ans le festival d’Agadir, le FIDADOC, dont la 8ème édition se deroule du 2 au 7 mai avec cette ambition première affichée comme un slogan : « Cinéma partout, cinéma pour tous ». Le parti pris de cet événement culturel d’importance au Maroc est de rendre hommage à une discipline, dont les adeptes ont su renouveler complètement le genre ces dernières années : le documentaire.

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L’affiche de la 8ème édition – Crédit photo Elise Ortiou Campion

La compétition internationale comporte dix longs-métrages venus du monde entier, tous inédits au Maroc, mêlant des œuvres remarquées dans des manifestations cinématographiques internationales prestigieuses et des films découverts grâce à l’appel à candidature lancé par l’organisation qui coordonne cette intéressante programmation, l’Association de Culture et d’Éducation par l’Audiovisuel.

  • Alisa in Warland de Liubov Durakova et Alisa Kovalenko (Pologne, Ukraine)
  • Ba Smina de Omar Tajamouti et Karim Ouammou (Maroc)
  • Callshop Istanbul de Hind Benchekroun et Sami Mermer (Canada, Maroc, Tunisie)
  • The Cow Farm de Ali Sheikh Kudr (Syrie, Egypte)
  • Fi Rassi Rond-Point de Hassen Ferhani (France, Algérie)
  • Gulîstan, Terre de Roses de Zaynê Akyol (Canada, Allemagne)
  • Olmo et la Mouette de Petra Costa et Lea Glob (Danemark, Brésil, Portugal, France, Suède)
  • A Present from the past de Kawthar Younis (Egypte)
  • La Révolution ne sera pas télévisée de Rama Thiaw (Sénégal)
  • Samir dans la poussière de Mohamed Ouzine (France, Algérie, Qatar)

Au total, le programme met à l’affiche trente documentaires et vingt-cinq nationalités différentes, avec des séances hors salle dans sept autres villes associées à cette 8ème édition du FIDADOC : Taroudant, Tiznit, Aït Melloul, Inzegane, Amskroud, Chtouka et Biougra. Belle promesse tenue en matière de médiation culturelle avant même l’ouverture officielle.

Il faut reconnaître ici la qualité d’un travail de terrain mené par l’association en amont du festival auprès du tissu associatif local, en partenariat avec la Commission régionale des droits de l’Homme, mais aussi l’importance du travail en réseau qui permet d’élargir les horizons et de mutualiser les moyens pour favoriser la diffusion des oeuvres cinématographiques.

Cheville ouvrière de cette rencontre entre cinéma et public, Hicham Falah ne doit pas manquer d’arguments quand il ralie ainsi à la cause de nouveaux partenaires, et cette force de conviction profite à tous puisque les films projetés cette semaine sont déjà programmés à Casablaca par exemple. Autre opportunité saisie, une sélection de trois films dédiés à des enjeux écologiques majeurs fera l’objet d’un événement à Marrakech. L’équipe entend ainsi participer à la sensibilisation et la mobilisation de la population marocaine en vue de la Cop 22.

Si le FIDADOC réaffirme en 2016 son ancrage local, sa vocation citoyenne et sa dimension internationale, c’est aussi parce que cela va de pair avec l’accompagnement de l’émergence de nouveaux talents au Maroc. L’image est reine aujourd’hui et nous en consommons énormément, sans trop nous soucier parfois de l’impact rétinien laissé par certaines productions de type industriel. Rien n’est plus facile aujourd’hui que de reproduire, à l’insu de notre plein gré comme on dit, le formatage omniprésent des informations dont nous sommes subergés. L’art de dire, le talent d’oser résident aujourd’hui plus qu’hier dans la capacité à interroger la singularité plus que la différence ou la diversité. Encore faut-il un vivier qui permette à cette singularité de se confronter à la production de message, à la mise en récit du réel.

En choisissant comme fil conducteur la filiation et les liens du sang, l’équipe du FIDADOC fait montre d’une vraie maturité, sans doute acquise avec l’expérience de la Ruche documentaire, une initiative qui au fil du temps joue son rôle de plateforme d’échanges au carrefour de l’Afrique, du monde arabe et de l’espace euro-méditerranéen, tout en contribuant à la structuration et à la professionnalisation d’une filière documentaire au Maroc. Très prochainement, ils seront encore nombreux, auteurs, scénaristes, réalisateurs, producteurs, techniciens du son et de l’image, à venir se former ensemble à Agadir. Voilà comment se crée un vivier de talents, promotion après promotion, en pariant sur la contagion positive !

Rama Thiaw, une des invités attendues de cette édition 2016 © Camille Millerand
Rama Thiaw, une des invités attendues de cette édition 2016 © Camille Millerand

En effet de nombreux cinéastes, souvent très jeunes, font le choix de tourner leur caméra vers des parents ou un couple d’amis, de filmer avec l’intimité incroyable qu’offrent les nouveaux outils de prises de vues, la famille qui protège mais aussi celle qui empêche, et surtout les familles que l’on se choisit…

Mais d’ici là, place au spectacle et à la magie du récit en image, avec en plus de la trentaine de projections  deux résidences artistiques animées par des artistes protagonistes de deux films phares de cette programmation 2016, « La révolution ne sera pas télévisée » de Rama Thiaw et «  Rough stage » de Toomas Jarvet. Opportunité unique pour de jeunes Gadiris de rencontrer et collaborer avec les rappeurs du groupe sénégalais Keur Gui et le danseur palestinien Maher Shawamra, en vue de préparer le concert qui se déroulera après la projection du film dédié aux premiers et la performance chorégraphique du second qui sera présentée lors de la cérémonie de clôture.

Petit-avant goût de l’énergie de cette fine équipe à pied d’oeuvre pour accueillir les festivaliers durant toute la semaine prochaine, en image bien sûr et avec beaucoup d’humour, ce qui ne gâche rien !

B comme Bonus

http://www.fidadoc.org/

L’appel à candidature pour la Ruche documentaire est clos depuis le 18 avril, restez en veille pour la prochaine promotion si vous êtes concernés

http://www.fidadoc.org/appel-a-candidatures-pour-la-ruche-du-documentaire-du-fidadoc-2016

Exemple de partenariat dans le cadre des accords de cooération décentralisée entre l’ex-région Souss-Madra-Drâa et l’ex-région Acquitaine, la réforme territoriale au Maroc comme en France est passée par là depuis.

http://www.fidadoc.org/les-journees-fidac-fidadocaquitaine-au-fipa-une-nouvelle-etape-dans-la-cooperation-entre-les-regions-souss-massa-draa-dans-le-domaine-du-cinema-et-de-laudiovisuel

Le film de la réalisatrice sénégalaise Rama Thiaw « La Révolution ne sera pas télévisée » était au programme de la Berlinale 2016.

https://www.berlinale.de/en/programm/berlinale_programm/datenblatt.php?film_id=201610414#tab=video25

Beau portrait de cette réalisatrice dans Jeune Afrique (juillet 2014, Rabat).

http://www.jeuneafrique.com/49646/culture/s-n-gal-rama-thiaw-r-alisatrice-et-lutteuse/

Dans un autre registre, mais peut-on parler Cinéma sans jeter un oeil du côté de la fiction et d’un cinéma justement « pas pour tous » on dirait.

http://www.france24.com/fr/20160414-festival-cannes-selection-competition-cinema-clooney-spielberg-foster-cotillard-huppert

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