Florian était à Dakar en décembre dernier, il nous a quitté trop vite, en avril dernier. L'émotion est grande au sein de la communauté Mondoblog-RFI
Florian était à Dakar en décembre, il nous a quitté trop vite, en avril dernier. L’émotion est grande au sein de la communauté Mondoblog-RFI

Florian Kaptue et moi, nous aurions pu nous croiser sans nous parler, sans nous voir, comme toutes ces vies qui vont et viennent, comme des lettres qui voyagent, et puis un jour le courrier s’entasse à la porte car plus personne n’habite à l’adresse indiquée.
C’était sans compter la flamme de Florian et son désir d’aller au bout d’une amitié, de rendre hommage à une française qui lui a tout appris, Sœur Marie Roumy, ne serait-ce que dans sa façon de donner, d’écouter, d’accompagner, parce qu’elle l’a mis lui, Florian, sur le chemin pour à son tour s’intéresser et aider les enfants des rues, en tant qu’éducateur.

Celle qu'on présentait à juste titre comme la " Mère Térésa " du Cameroun a marqué ceux qui l'ont connu de son dynamisme et de sa grandeur d'âme.
Celle qu’on présentait à juste titre comme la  » Mère Térésa  » du Cameroun a marqué ceux qui l’ont connue de son dynamisme et de sa grandeur d’âme.

Lors de la formation Mondoblog-RFI à Dakar, Florian m’accoste parce que je suis bretonne. A ses yeux, je peux l’aider à concrétiser certains de ses projets, dont l’écriture d’un livre dédié à cette religieuse qui lui a peut-être parlé un jour de lointains souvenirs d’enfance en Bretagne. Comment savoir ?
Il me remet un dossier papier sur la dernière célébration de l’anniversaire de la mort de Mbombo, comme on l’appelle là-bas, une femme dont j’ignore tout, mais qui est devenue un emblème quelque part sur cette terre, parce qu’elle a voulu que le sens de son engagement soit lié au sort de toute une communauté, au sort des plus fragiles, des plus miséreux.

En pensant à ces mômes à l’abandon, pourquoi ne parle-t’on pas plutôt de graines d’espoir, ces graines d’amour qui poussent dans les rues comme des fleurs sauvages, au gré du caprice des vents, de sols meubles ou d’une faille infime dans le rocher ? Est-ce si contre nature de regarder ces enfants, à l’image des foules de réfugiés que les Etats marchandent au plus offrant, comme un possible espoir incarné ? Celui de vérifier combien une simple main tendue peut décider du cours de nos vies et pas seulement de leur survie.

A Dakar, je ne m’engage pas, je temporise, mais le jour où Florian me recontacte à distance, je suis heureuse d’avoir le dossier sous la main dans la minute, comme si la seule idée de décevoir son attente était une offense que je me serais faite à moi-même.
S’ensuivent des échanges facebook, simples, chaleureux, où je sens combien je peux apprendre de cette expérience qui m’est si lointaine, et dans ma propre histoire, et dans mon quotidien. Florian compte sur moi pour retrouver des éléments de la vie de Sœur Marie Roumy avant l’Afrique et pour l’accueillir quand il viendrait en Bretagne remonter le fil de l’histoire. Il dit merci. Je réponds : de rien, j’espère juste ne pas décevoir ton espoir.

Et la déception vient d’ailleurs, de ce fil rompu quand il n’était encore que l’ébauche du projet à venir, d’une amitié qui ne fait pas défaut même quand l’autre est parti. Ce qu’elle laisse, cette amitié, est tellement fort, tellement porteur de sens. Comment penser l’absence comme une autre présence ?

L'hommage rendu par Jeff Ikapi, autre mondoblogureur de talent rencontré à Dakar, en décembre dernier
L’hommage rendu par Jeff Ikapi, autre mondoblogueur de talent rencontré à Dakar, en décembre dernier – Crédit photo Jeff IKAPI

Ce livre sur Sœur Marie Roumy que Florian Kaptue n’écrira pas existera parce qu’il l’a voulu et parce qu’il ne travaillait pas seul. C’est d’ailleurs cet esprit d’équipe solidaire qui fait que ma boîte de messagerie m’annonce un jour, par la voix du président de l’association, ancien enfant des rues accompagné par Bombo et Florian, la mort accidentelle de celui qui avait commencé à tisser le lien, à Dakar, pendant une formation Mondoblog, pendant que je pouvais ouvrir les yeux sur cette Afrique dont je sais si peu de chose.

Florian m’aurait guidée, Florian m’aurait appris, et c’est comme si la main tendue un jour par une française quelque part sur cet autre continent revenait vers moi pour que j’ouvre mon cœur, mes yeux, mon univers, une main pour m’aider à ne plus avoir peur, moi l’enfant déçue, moi l’ange déchu d’une époque en mal d’utopies humanistes.

Florian Kaptue est en 1974, à Douala au Cameroun. Il est auteur de plusieurs recueils de poésie et de nouvelles et est correspondant de presse. Il est également promoteur du projet « S.O.S. livre pour tous » en milieu défavorisé, l’objectif consiste à récupérer des livres en stade de désherbage dans les bibliothèques et les donner aux enfants qui ne peuvent pas s’offrir le luxe d’acheter un livre. Présentation de Florian sur Mondoblog

Pour retrouver les articles de Florian sur Mondoblog-RFI, c’est là http://mondoblog.org/author/kaptueflorian/

Pour contacter et soutenir l’association pour laquelle Florian travaillait : asso_enfantssoeurmarieroumy@yahoo.fr

3 thoughts on “Florian Kaptue, hommage au disparu

  1. C’est émouvant et très pathétique ce récit bien inspiré Ça me donne l’envie de bavarder physiquement avec toi pour encore mieux sentir ta présence

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