Comment s’intéresser aux coulisses de l’Europe, aux projets que la Commission européenne et nos États financent, quand ces coulisses sont les couloirs où peuvent se croiser de belles initiatives, de belles énergies à l’œuvre au Sud de la Méditerranée ?
En s’intéressant à un programme particulier et en faisant fi des expressions un peu institutionnelles, parfois rebutantes, pour ne s’intéresser qu’au contenu, au résultat, aux hommes et aux femmes qui font que ces dispositifs sont les leviers de vraies dynamiques réseau, innovantes et participatives.

Avec la méthode pear to pear, Med Culture mobilise les savoir-faire des acteurs culturels
Avec la méthode « peer to peer », Med Culture mobilise les savoir-faire des acteurs culturels de 9 pays

Le programme qui m’a semblé le mieux répondre à la contrainte de l’exercice est Med Culture. Parce que ce programme s’achève l’année prochaine, ce qui induit une certaine maîtrise et une maturité dans la conduite des actions. Parce que le pilotage du programme est assuré par trois femmes qui ne se connaissaient pas encore il y a trois ans : Christiane Dabdoub Nasser, Fanny Bouquerel et Suhair Muye Al Deen. Parce que ce programme d’aide à la conception de politiques culturelles appartient à une nouvelle école de pensée, un cas rarissime tant les décideurs nous ont habitués à des politiques cloisonnées, voire monomaniaques d’une esthétique ou d’un type d’acteurs, excluant de fait une bonne part de notre économie, là-même où s’inventent de nouvelles pratiques, de nouvelles exigences, de nouveaux besoins.

Petit programme pour grandes ambitions

 

Politiques culturelles ? Nouvelles mises en perspectives
Politiques culturelles ? Nouvelles mises en perspective, le pari de l’émergence et du développement

 

Med Culture élargit en effet considérablement le cercle des bénéficiaires puisqu’il est le premier programme qui inclut l’ensemble du secteur culturel au sens large : il concerne les industries culturelles et créatives comme les arts du spectacle, les arts visuels, le stylisme, le patrimoine culturel, les films, les DVD et les vidéos, la télévision et la radio, les jeux vidéo, les nouveaux médias, la musique, les livres et la presse.

C’est tout d’abord grâce à Suhair, chargée de communication au sein de l’équipe de pilotage, que j’en apprend plus. Au-delà d’un beau discours sur l’évolution des politiques publiques, je m’intéresse à la réalité d’un travail d’accompagnement d’autant plus complexe qu’il intègre les questions culturelles, les environnements politiques et socio-économiques de plusieurs pays, plusieurs régions méditerranéennes, du Royaume du Maroc à la Palestine.

med-culture3Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Tunisie, dans chacun de ses pays, entre ses pays, les réflexions, les coopérations s’organisent. Des ateliers d’échange facilitent l’interconnaissance, apportent outils et méthodes aux participants d’horizons divers. Des appels à projet permettent l’émergence d’actions innovantes et le repérage d’acteurs fortement impliqués dans leur territoire.

Il y a un vrai souci d’opérationnalité dans cette dynamique qui veut impacter durablement les esprits et les stratégies dans un laps de temps record. Comment espérer atteindre en quatre ans l’un des résultats attendus : faire que le processus aboutisse à la création d’environnements institutionnel et social favorables à la culture en tant que vecteur du développement économique durable ?

La culture, un choix, une ambition pour un développement durable et solidaire

J’ai eu la chance entre 2008 et 2014 d’expérimenter cette ambition à l’échelle micro-locale. Citoyenne engagée, j’avais su saisir des opportunités, parier sur des amitiés actées ou à venir, oser agir à la marge, puisqu’il m’était impossible d’agir au cœur du pouvoir décisionnaire dans ma propre ville où j’étais élue depuis peu. Vivre l’expérience de la mise en place d’un Agenda 21 Culture, en tant qu’habitante, citoyenne ou élue, est une vraie chance accessible à tous pour s’intéresser aux coulisses de politiques publiques qui sont si importantes dans la déclinaison de nos usages, mais aussi dans le formatage de l’opinion publique.

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J’ai été époustouflée par la réactivité et l’inventivité des acteurs culturels, à commencer par les élus de cette zone rurale en Bretagne, par l’envie de se remettre en question collectivement, de définir ensemble les bases d’une autre façon de faire culture et de la partager avec le plus grand nombre. Mais c’était sur un tout petit territoire de quarante-cinq communes. J’imagine mal, même si la Région Bretagne s’est inspirée par la suite de notre dynamique participative locale, comment rendre possible l’activation de tels réseaux à l’échelle de pays et à l’international. Pourtant c’est ce à quoi contribue Med Culture. Et avec des résultats tangibles.

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Ici, on crée des liens privilégiés, la parole se libère et libère aussi les envies, les énergies pour se traduire en acte.

Comment ? « Les acteurs culturels et les décideurs, les législateurs, et les instituts d’éducation concernés, sont invités à prendre part aux échanges, explique Suhair qui a déjà relayé les apports de plusieurs rencontres, notamment dans son pays, la Jordanie. Le programme prévoit des consultations publiques, des processus d’apprentissage mutuel, des activités de mise en réseau ». Suhair met régulièrement en ligne des données qui donnent des repères et réalise des focus sur telle ou telle initiative en phase avec l’ambition : développer les capacités des opérateurs culturels.

L’objectif n’est pas que d’obtenir des résultats concrets en termes de réformes institutionnelles et structurelles, c’est aussi de développer des réseaux régionaux, à même de favoriser le dialogue et l’initiative, de promouvoir en local comme à l’international les démarches coopératives qui ouvrent des voies à l’innovation, dans des contextes parfois très difficiles pourtant.

Dans l’idéal, Med Culture vise à inclure dans ces activités des professionnels et des bénévoles actifs sur l’ensemble des territoires de chaque pays, pour ne pas se limiter aux grandes villes et exclure certains publics pourtant prioritaires. Les infographies que publie Suhair pour donner à voir un état des lieux par pays en quelques chiffres montre combien les disparités sont grandes.

Le site web de Med Culture est une mine d'information
Le site web de Med Culture est une mine d’information

Travailler au plus près du terrain

Du 7 au 10 octobre avait lieu à Tanger un de ces ateliers de formation, sous la responsabilité de Fanny Bouquerel. Deux expertes étaient invitées pour l’occasion à rencontrer la vingtaine de participants : Sana Ouchtati travaille à Bruxelles où elle s’investit sur une notion qui sert de référence à Med Culture, le plaidoyer de la Culture. Naïma Lahbil est économiste, consultante pour des organisations internationales, et travaille à Fès. Lors de cette session qui fait suite à une première rencontre à Beyrouth en avril dernier, sept pays sont représentés. Il est question de méthodologie, d’indicateur, de budget, mais ce qui émerge de ces échanges ne se traduit pas de façon quantitative.

« La sélection pour mettre en place les ateliers de formation se fait sur appel à candidature, cela implique une réelle motivation et une adhésion aux valeurs que nous partageons en créant ces espaces de discussion où chacun peut se sentir en confiance et légitime, quelque soit son statut, son action dans la sphère culturelle », explique Fanny Bouquerel. « Ici, on crée des liens privilégiés, la parole se libère et libère aussi les envies, les énergies pour se traduire en acte. »13669753_1775714105974933_2269294974390376507_n

Si l’équipe de Med Culture sait être réactive et au plus proche des préoccupations du terrain, elle est aussi en contact avec la commission européenne qui valide ses propositions. Outre l’obligation de rendre des compte sur son action, cette proximité contribue à enrichir l’argumentaire pour que la Direction générale en charge de la politique du voisinage œuvre au service d’un secteur culturel plus dynamique, mieux outillé, en capacité de répondre aux besoins locaux.

Agir pour la culture, outiller l’intelligence des territoires, c’est promouvoir des enjeux aussi divers que la jeunesse ou le lien social par exemple, la sauvegarde du patrimoine et sa transmission, la mobilité des artistes et la question de leur statut, la création et la diffusion des œuvres…C’est s’interroger sur les pratiques autant que sur les infrastructures, c’est travailler à réduire les injustices de traitement entre des habitants qui n’ont pas eu le même accès à l’éducation.

Depuis 2014, Med Culture comptabilise 1378 personnes ayant soumis un projet pour bénéficier des apports du programme en terme de formation, de rencontre, visant au développement des capacités. Si toutes n’ont pas eu accès au dispositif, elles n’en sont pas moins des relais actifs de l’information du réseau. 100 000 utilisateurs viennent chercher du contenu sur le site web crée en avril 2015 et géré par Suhair. Pour chaque nouvel appel à projet, c’est pas mois de 300 candidatures que l’équipe examine pour mettre sur pied sa prochaine action et thésauriser sur ce capital humain inestimable.

A moins de 18 mois de l’échéance de ce programme de financement, l’équipe ne vit pas sur ses acquis, bien au contraire. Forte de son expertise, de celle du réseau international qu’elle a su mobiliser autour des questions culturelles, elle entend bien voir le travail se décliner sous d’autres dimensions, dans d’autres contextes, via la formation de formateurs notamment et en continuant à outiller les décisionnaires. Mais sur cette base désormais plus facile à défendre, à entendre : la culture ne se fait pas dans les ministères.

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B comme Bonus

Pour en savoir plus et recevoir la lettre d’info du réseau MED CULTURE http://www.medculture.eu/

Pour zoomer sur l’état des lieux d’un pays en particulier

http://www.medculture.eu/country/report-structure/algeria

Exemple de projet soutenu par le programme Med Culture via South Med CV

http://www.medculture.eu/about/grantprojects/southmed-cv/subprojects/think-tanger

Pour connaître les lauréats de la saison 1, suivre le 2ème appel à projet et les associations candidates qui auront passé cette nouvelle sélection avec succès en 2016

http://www.smedcv.net/category/subgrantees/

 

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