J’ai rencontré Pablo Macias Romero en mars 2017, à M’hamid el Ghizlane, le carrefour de tous les possibles. Passionné de musique, il n’était pas là pour le Festival International des Nomades dont il n’avait jamais entendu parler avant notre échange. Il était déjà rentré chez lui quand nous avons accueilli les premiers festivaliers à l’auberge La Palmeraie. Ce n’est donc pas à M’hamid que Pablo et Bombino ont pu se croiser, mais à Séville, à l’occasion d’un autre festival, loin du Sahara, dans un cadre d’exception : le Centre andalou d’art contemporain, dans le monastère de la Cartuja.

Silence, on tourne…

Flashback : la musique à sa source

A M’hamid, Pablo est à la recherche d’artistes, sans plan arrêté. Il sait qu’il trouvera ce qu’il est venu cueillir comme un botaniste explorateur en faisant simplement confiance aux rencontres et à son instinct de chasseur de sons, d’images. Cette approche très respectueuse, curieuse sans être envahissante, se ressent dans ses réalisations.

Je n’ai eu qu’à me poser discrètement dans un coin pour le voir à l’œuvre. Je n’ai pas cherché à provoquer la rencontre, je crois même que j’ai attendu le dernier moment pour ne pas intervenir dans ce qui se faisait de façon si simple et si naturelle. Je ne parle pas espagnol, Pablo ne parle pas français, mais sur le parking de l’auberge, il restera le souvenir de ces premiers mots échangés dans un anglais incertain qui suffisent à tendre un fil entre deux mondes.

J’étais heureuse pour le groupe Génération Taragalte qu’un étranger s’intéresse à leur musique et ait envie de la capter dans sa plus simple expression. Cela me suffisait amplement. J’en serais restée à ces belles émotions saisies dans l’instant si…

Revoir un de mes artistes préférés au Sahara, sentir l’effervescence de son public au milieu de jeunes nomades, vivre ce moment fort avec l’équipe de Télé Maroc pour l’immortaliser à l’écran, un souvenir inoubliable ©Françoise Ramel

Sur le fil des notes à l’abri des foules éphémères

Quelques semaines plus tard… De retour en Bretagne après le tournage avec l’équipe de Télé Maroc, je suis d’emblée séduite par la justesse du regard que Pablo a su porter en si peu de temps sur la vie à M’hamid. Un regard à la fois joyeux et plein d’humilité, capable de rendre toute la tendresse et la légèreté qui impriment ces lieux désertiques si puissants, si chargés d’énergie.

Les choix que Pablo a faits avec Génération Taragalte, sans se poser de questions inutiles, sans reporter à demain ce qui peut se faire dans la force de l’improvisation, donnent le ton. J’adore. Le tournage a lieu chez Brahim, l’un des deux chanteurs du groupe. Quelle meilleure option pour rendre tangible cette intimité qui se veut naturelle, malgré la présence des caméras et des micros ?

Au-delà de l’importance de la musique, je sais au rythme des premiers plans que Pablo a l’œil du peintre qui s’intéresse avant tout à l’énergie de la matière, aux caprices de la lumière. Nous échappons avec bonheur à toute prétention de mise en scène factice pour goûter à l’art de la composition. Cette appréhension minimaliste de l’espace nous aide à mieux apprécier la musique, comme si nous projeter hors les murs par la seule puissance d’une mélodie, n’avait besoin d’aucun artifice.

Car c’est cela même, la musique, prise à sa source, dans la nudité d’un moment où l’artiste se livre, aussi fragile que ses notes en équilibre.

Tout près de la scène où Bombino se produit le soir même,  Pablo repère un havre de paix pour filmer : un petit palais arabe dans les jardins de l’ancien monastère transformé en Centre d’art contemporain

C’est avec ce même naturel, ce même goût pour la beauté des êtres, que j’ai proposé fin juin à Bombino de faire confiance à ce réalisateur espagnol qui souhaitait le rencontrer à Séville. J’avais découvert la musique de Bombino à Paris, sous ses deux facettes, électrique et acoustique. Je savais qu’il y avait une matière et des messages à sublimer autrement. Je voulais permettre à des internautes de se sentir encore plus proches du Sahara par la magie d’une simple voix accompagnée à la guitare. Pablo et son génie discret pour rendre compte de toute la profondeur qui s’invite entre nos oreilles quand elles ne sont plus saturées sauraient réussir l’alchimie.

A vous d’en juger…

Mais cette fois encore, Pablo a fait marcher son alambic pour sortir de ses caméras et de ses micros la subtile délicatesse des rêveries. A travers cette vidéo « Raizsonara », la rêverie s’incarne dans la fraîcheur d’une ombre en plein désert, dans la soif d’une pluie féconde, dans l’amour d’un artiste pour sa terre, pour sa langue.

Les mots de Pablo à propos du tournage

« Une paire de caméras, un enregistreur numérique et le désir. Arrivés tôt sur les lieux du festival de Séville, nous avons trouvé un espace idéal, à proximité du Centre d’art contemporain, un petit palais arabe. Nous patientons une grande partie de l’après-midi avec Bombino et ses musiciens dans le club-house. Nous avons insisté gentiment pour pouvoir tourner dans une lumière idéale. A l’heure propice, Oumara se lève, enfile son costume traditionnel. Guitare en main, il nous suit vers le lieu de tournage. Avec sa timidité caractéristique, il nous met à l’aise à sa façon et me demande « Qu’est-ce que tu veux que je joue ? ». Je n’avais pas réfléchi à la question. Spontanément me vient le nom d’un morceau de son premier album « Her Ténéré ». Complaisant, il nous sourit et commence à jouer, sans qu’il soit besoin de lui donner le signal.  J’ai l’impression que le chant des oiseaux couvre la guitare et la voix de Bombino. La lumière décline vite, trop vite.  Nous faisons deux prises seulement. Nous avons conscience de vivre grâce à Bombino un moment magique et éphémère dans les jardins de ce beau monastère, hors du temps. Ce genre d’instant qui nous fait douter de notre mémoire et du temps qui passe. Bombino a-t-il vraiment joué « Her Ténéré » pour nous ? Avons-nous partagé la journée avec l’un de nos musiciens préférés ? Oui, l’enregistrement est là pour l’attester. Heureusement, car maintenant tout ça semble déjà n’avoir été qu’un rêve nébuleux et lointain. »

Pablo et sa complice à la prise de son, également chanteuse, Soledad Villalba Cumpian, avec Bombino

« Raizsonara » est le nom que Pablo a donné à son projet, un blog dans lequel il publiera ses captations Live de par le monde, et ses articles, avec une prédilection pour les musiques du désert, mais pas seulement. Si l’on voulait traduire en anglais, cela donnerait « Roots Sound ».

Le 13 août, Pablo et Soledad seront à Paimpol au Festival du Chant de Marin, où ils auront l’occasion de voir Tinariwen en concert, avant de se rendre à Saint-Malo, dans un autre festival de référence, la Route du Rock.

Quant à Bombino, après avoir fait l’ouverture du Festival Art Rock à St-Brieuc en juin dernier, il revient en Bretagne cette semaine pour être sur la scène d’un des plus beaux festivals de la saison estivale : le Bout du Monde, où il est programmé le dimanche 6 août.

Après l’été, Bombino entrera en studio pour l’enregistrement de son 4ème album…au Maroc. Joie !

Les superbes vidéos réalisées par Pablo Macias Romero et Soledad Villalba Cumpia à M’hamid el Ghizlane, un bel exemple à suivre par tous les amateurs de rencontres authentiques, uniques.

 

B comme bonus

La page facebook de Pablo

En savoir plus sur Bombino

L’article de Pablo suite à sa rencontre avec Bombino
http://stafmagazine.com/news/bombino-en-sevilla/

Le concert de Bombino à Art Rock, St-Brieuc, juin 2017
http://concert.arte.tv/fr/bombino-art-rock

L’auberge la Palmeraie, un havre pour tous les musiciens

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