Rencontres coopératives pour une paix durable : des valeurs aux actes citoyens
Samedi 14 décembre 2024, une rencontre nationale à Rennes m’a redonné le sourire dans un contexte un peu glauque malgré l’approche des fêtes de fin d’année. A l’initiative de la Fédération Française des Clubs UNESCO présidée par Ardiouma Sirima, j’ai pu croiser des militant.e.s de l’Education à la Paix, des expert.e.s d’instances internationales créées au sortir de la 2ème guerre mondiale pour mettre en pratique l’égale dignité des peuples et un engagement universel « Plus jamais ça ! ». En 2026, la FFCU fêtera son 70ème anniversaire dans un contexte de conflits et de montée des propos haineux qui renforce son utilité sociale. L’Europe que nous pouvions penser à l’abri malgré l’intervention de pays membres dans des luttes armées loin de nos frontières est aujourd’hui directement menacée.
Parler de paix n’est plus tendance !
Le propos (éduquer à la Paix) peut paraître marginal tant le climat ambiant est belliqueux. L’élection récente de Donald Trump, un bien mauvais signal pour le dialogue, les droits des femmes, la démocratie, ne pousse pas non plus à l’optimisme. J’ai d’autant plus envie de réaffirmer avec d’autres acteurs et actrices de la coopération et de la solidarité internationale que nous ne lâcherons rien sur le terrain de l’Humanisme et de l’Ecologie.
Plus les populismes en tout genre gagnent du terrain, remportent l’adhésion d’une plus large audience, plus il devient difficile de se faire entendre dans le brouhaha, les invectives, les manipulations idéologiques. C’est en soi une manière d’exercer un rapport de domination qui l’emporte sur tout autre considération, doublée le plus souvent d’une vision décomplexée de l’outrance.
Voici une émission de France Culture qui décrypte le contexte très particulier dans lequel les nouvelles générations créent leurs repères et cultivent leur rapport au monde.
La première édition nationale des Rencontres coopératives pour une paix durable s’inscrit dans une volonté de fédérer, de partager nos expériences, de trouver des pistes de solution face à l’adversité. Elle émane de la volonté d’un collectif d’associations. Ces structures citoyennes ont le souci du dialogue interculturel, de la mise en œuvre programmée des objectifs de développement durable, du respect du droit international.
Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous
Nations UNIES Objectif de Développement Durable 16 : Paix et Justice
Parmi les propositions faites lors des échanges à Rennes, je retiens celle de la présidente de la Maison de l’Afrique à Nantes, Mariam Sao : créer un annuaire pour mieux promouvoir la valeur et la portée de nos initiatives citoyennes, favoriser l’interconnaissance et l’échange de bonnes pratiques.

Un socle : le partenariat
Chacune de ces associations a ses propres réseaux, ses modes d’action et de réflexion, ses terrains et sujets de prédilection. Je les cite sans exception car chacune apporte une contribution spécifique par sa mobilisation et ses savoirs. Je souligne au passage la participation exemplaire de la diaspora africaine.
Fédération Française des Clubs UNESCO, Mata Niger, Timilin, Echange Solidarité Partage France-Sénégal, InterPlus Value, ABADAS, Collectif Ubuntu, COSIM Bretagne, Diaspo Afrik, Forum Afrique Monde, Maison Internationale de Rennes, Maison de l’Afrique à Nantes, Mouvement de la Paix, SITALA, Union des Burkinabés du Grand Ouest de la France, Cacao pour la Paix
J’apprécie de voir dans la salle des jeunes, des femmes et une grande diversité de profils réunis par une nécessité : ne pas se regarder le nombril ou, à l’inverse, ne pas se regarder dans le blanc des yeux.
La rencontre n’échappe pas aux besoins des unes et des autres d’attirer l’attention sur tel ou tel conflit, notamment une jeune congolaise qui questionne des intervenants sur ce qu’elle appelle les guerres oubliées, en évoquant les drames passés sous silence par la communauté internationale dans la région des Grands lacs.
Pour en savoir plus sur l’actualité de négociations et d’espoirs qui restent dans l’impasse, voici un article publié le 17 décembre par RFI. Conflit dans l’est de la RDC: après l’annulation du sommet de Luanda, Kinshasa prend la communauté internationale à témoin
Des chercheurs engagés pour la Paix
Parmi les invités qui s’expriment, je m’intéresse à Anicet Liliou. Il est le créateur de l’Institut de Recherche pour la Paix au Sahel. Le site de cette association précise la mission que ce sont donnés les chercheurs de la diaspora à l’initiative du projet lancé en 2022 : « contribuer au développement d’une culture de la paix à travers une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires et des pratiques en matière de protection des droits humains et du droit international humanitaire ». Vaste programme !
L’approche d’Anicet Liliou est nourrie de sa culture de jeune sahélien. Elle développe une analyse bien différente de ce que donnent à voir certains médias français, distants et critiques vis-à-vis des pouvoirs militaires en place au Mali, au Niger, au Burkina Faso. Ces trois pays dont les Etats ont tourné le dos à la France, avec un effet domino depuis la crise des relations entre Paris et Bamako, n’ont pas implosé. « Pourquoi ? » interroge le jeune chercheur dans son exposé qu’il conclut en proposant cette lecture. « La paix vient de l’intérieur ».
Minusma et CEDEAO sont dans un bateau. Minusma et CEDEAO tombent à l’eau, qui pourrait donc sauver le Sahel du chaos ? La lutte ciblée contre les groupes armés qui sèment le trouble et la terreur, créent à dessein les conditions d’instabilité favorables aux trafics en tout genre, fait aussi peser toutes sortes de menaces sur les populations. Peut-être que seul ces populations, mêmes démunies, peuvent démontrer qu’elles sont en capacité de réussir, là où la communauté internationale a échoué à plusieurs reprises.
Cela n’est pas sans poser problème et un réel embarras dans le paysage géopolitique comme l’atteste un article publié le 16 décembre. AES signifie Alliance des Etats du Sahel, une décision actée il y a plus d’un an de façon unilatérale par les gouvernements des trois pays concernés. La fiche wikipedia vient d’être mise à jour.
Cédéao: six mois de plus après le retrait des pays de l’AES, pour faire quoi?
Rompre avec les ressorts et logiques de domination
Temps fort des rencontres, la proposition de Gwennyn Tanguy autour d’une conférence gesticulée intitulée « Comment ne pas se laisser détruire ? » a marqué les esprits. Elle a permis à chaque participant de prendre en considération d’autres manières de poser le débat, de réfléchir à sa propre posture et au schéma de pensée qui sous-tend nos engagements, nos convictions.
Le parti pris d’interroger simultanément lors d’une des deux tables rondes la question des droits humains et celle qui nous renvoie aux enjeux de préservation des écosystèmes naturels est un marqueur intéressant. Nous pouvons intégrer plus facilement l’ampleur du défi sans chercher à nous cacher derrière le petit doigt ou trouver des circonstances atténuantes à nos paradoxes, à nos peurs.
Rendez-vous à Bordeaux en décembre 2025
La Fédération Française des Clubs UNESCO a déjà officialisé les dates des prochaines rencontres nationales. Elles auront lieu à Bordeaux les 11, 12, 13, 14 décembre. Une visio organisée en mai avec différents membres de ce réseau national m’a permis d’identifier notre interlocutrice sur place … une bretonne !
D’ici décembre, une décision prise à Paris dans les locaux de France Médias Monde sera rentrée en vigueur : la fin de l’aventure Mondoblog-RFI. J’y vois le signe de vents contraires. L’annonce brutale de la fermeture de cette plateforme numérique francophone alimentée bénévolement depuis quinze ans par une multitude de lauréats et lauréates du concours Mondoblog est à mes yeux un contresens historique.
Il faudrait au contraire renforcer le consensus et les synergies quant à l’importance et l’urgence d’accompagner, de façon professionnelle mais non formatée, la création de contenus qui intègrent les enjeux d’éducation à la Paix. A l’ère du numérique et de l’impact avéré des réseaux sociaux sur le devenir de nos démocraties, c’est un préalable pour construire, en partant d’initiatives citoyennes, un futur désirable et vivable, dans le respect de la diversité.

Un document institutionnel ouvre la voie à un changement historique sur un volet stratégique, la découvrabilité des contenus. Il engage l’ambition partagée des Etats signataires par la voix des Ministres de la Culture de l’espace francophone réunis à Québec lors d’une conférence internationale. Voici la déclaration adoptée le 24 mai 2025 et le communiqué de presse.
Mon incompréhension n’en est que plus grande. Mondoblog n’a pas attendu cette déclaration pour faire œuvre utile.
Agir et coopérer selon sa propre échelle
Pour finir cet article sur une note plus positive, voici un exemple concret pour passer des discours aux actes en matière de coopération et d’éducation à la Paix en s’appuyant sur le bénévolat et le partage de savoir. Il s’agit d’une initiative internationale, coopérative, citoyenne. Ce festival nomade dans la campagne bretonne n’existerait pas sous cette forme sans l’expérience personnelle et les réseaux que j’ai développés en contribuant pendant dix ans à Mondoblog.
En 2014, mon échelle d’action se limitait au territoire d’une élue locale investie dans la Culture, invitée à témoigner par l’Observatoire national des politiques culturelles dans différentes régions françaises. Mais j’avais déjà pour cadre de référence l’Agenda 21 Culture et le réseau mondial des Cités et Gouvernements Unis locaux (CGLU).
Paysages #5, bienvenue à Pontivy – Festival Paysages, rencontres poétiques de Motten Morvan
La Fédération Française des Clubs UNESCO est partenaire de l’événement, ainsi que The Festival Academy, le festival Bideew au Sénégal et Les prochaines éditions au Québec.

C’est avec une grande joie et le sentiment de faire œuvre utile que j’accueillerai début juillet à Pontivy Queen Rima, Prix Découvertes RFI 2025, Vieux Mac Faye, grand guitariste sénégalais basé à Dakar, Watson Charles, poète haïtien lauréat 2025 du Prix du premier recueil de nouvelles décerné par la Société des Gens de Lettres, Stève-Wilifrid Mouguengui, poète et éditeur originaire du Gabon et, je l’espère fortement, mon amie Mané Touré.
Témoignage de Mané Touré sur son expérience du festival Paysages #3
L’Afrique sera également représentée cette année à l’occasion d’un forum virtuel participatif en français que j’organise pendant le festival Paysages en partenariat avec Les prochaines éditions, à destination des jeunes chercheuses et chercheurs.