UNESCO : la Bretagne accède à une reconnaissance convoitée grâce aux pierres levées, gravées, de la Préhistoire
C’est une date historique et une première. Ni la communauté scientifique ni les passionnés d’archéologie n’ont attendu cette décision du 12 juillet 2025 pour reconnaitre aux mégalithes de Bretagne leur importance majeure à l’échelle planétaire. Mais il y a de quoi être fier suite à la décision prise puis officialisée aujourd’hui à 15h17 par l’UNESCO : le classement au titre du patrimoine mondial de l’Humanité des vestiges mégalithiques de Carnac et sa région.
Au moment où l’archéologie est prise pour cible et dépouillée en France comme d’autres secteurs liés à la Culture, cette annonce est plus qu’une bonne nouvelle après treize années de procédure depuis le dépôt de la candidature.
Vous pouvez identifier ce nouveau bien culturel sur la liste UNESCO sous l’intitulé « Mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan ». Pour les plus curieux, je recommande une série d’ouvrages de référence sortis en 2025. Ces livres ont été présentés le week-end dernier au festival Paysages, à Pontivy.



Espoir fondé de nouvelles dynamiques de coopération internationale
Voici en exclusivité la réaction de Cyrille Chaigneau, un des solides soutiens du festival Paysages. Outre l’intérêt pour l’Archéologie, je partage avec ce professionnel les valeurs de l’Education populaire.
La conférence d’ouverture du festival proposée par Cyrille a été un grand moment et permet de saluer d’autant plus les perspectives qu’ouvre à toute une filière professionnelle dans la Recherche en Sciences Humaines la reconnaissance de l’UNESCO.
« Comment les archéologues construisent-ils leurs discours ? », je vous souhaite d’avoir l’occasion de programmer cette thématique de conférence sur l’un de vos événements. C’est passionnant.
L’UNESCO vient d’inscrire les Mégalithes de Carnac et des Rives du Morbihan au titre de « Patrimoine Mondial de l’Humanité ». Nos architectures monumentales funéraires et symboliques de la Préhistoire récente ont enfin la reconnaissance internationale qu’elles méritent. Ce qui m’importe maintenant, c’est que cette inscription ne soit pas une fin en soi, qu’elle soit le début d’autre chose, le redémarrage d’une dynamique internationale de recherche archéologique, entre autre. Ces pierres ont tellement encore à nous apprendre, sur elles, sur les sociétés qui les ont créées, mais aussi sur nous. C’est le seul rôle social de l’Archéologie, de l’Histoire au sens large : nous offrir les outils du questionnement sur notre espace, notre temps…
aujourd’hui.
Cyrille Chaigneau, archéologue, médiateur scientifique, Carnac

Héritage d’exception : anciens et nouveaux savoirs bretons entrent au Panthéon du patrimoine
Ces mégalithes « constituent un témoignage exceptionnel de la sophistication technique et de l’habileté des communautés néolithiques qui leur ont permis d’extraire, de transporter et de manipuler des pierres monumentales et de la terre pour créer un espace symbolique complexe qui révèle une relation spécifique des populations à leur environnement », justifie l’UNESCO.
« C’est le premier site intégralement breton inscrit au patrimoine mondial, commente le journal Le Monde, la tour Vauban, dans le Finistère, faisant partie des 12 fortifications Vauban classées à travers la France, qui compte désormais 54 sites inscrits au Patrimoine mondial.«
Le titre a été changé sur la page. L’original témoigne de la dégradation du niveau journalistique, sans doute sous l’effet de la chaleur et du Tour de France, en tout cas pas en raison du bien-fondé d’une décision concernant un bien culturel de cette importance !
« Les Bretons ont une nouvelle raison de frimer avec l’inscription de ce site à l’UNESCO » pouvait-on lire cet après-midi sur le site du Huffingtonpost, où seule l’information AFP était reprise.
Bienvenue dans le monde des bisounours des cavernes 2.0, alias « je ne pense pas donc j’écris n’importe quoi, je suis même payée pour ça ! ».
A la frime et aux articles creux, je préfère de loin les explications scientifiques de Stefan Maeder, archéologue allemand, sur les liens possibles entre observation du firmament et signes gravés du néolithique. Si vous demandez à Stefan quelle est la qualité qu’il préfère, il vous répondra sans hésiter l’humilité, une posture que lui ont enseigné plusieurs années à travailler au Japon.



« J’ai une pensée très particulière pour Yves Coppens, ami et compagnon de route de l’Unesco, qui m’en avait parlé aux premiers jours de mon mandat. Il aurait été très fier et heureux comme le sont aujourd’hui tous ceux qui ont porté cette inscription complexe. C’est un engagement à protéger, transmettre et aussi étudier car, à travers le monde, les mégalithes recèlent encore bien des mystères. Ces dolmens et menhirs, témoignage de l’histoire longue, donnent une profondeur exceptionnelle à la région. »
Audray Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, 12 juillet 2025

Des festivaliers réunis à Pontivy pour parler Mégalithes et pierres gravées
Parmi les médias bretons qui ont relayé l’actualité de cette inscription UNESCO dès l’annonce faite depuis Paris, l’Agence Bretagne Presse avait pris les devants en venant rencontrer à Pontivy des passionnés de Préhistoire présents la semaine dernière au festival Paysages : Jacky Meslin, Mickaël Gendry, Stefan Maeder.
https://abp.bzh/-les-megalithes-de-carnac-et-du-morbihan-entrent-au-patrimoi-71819
Je mesure ma chance d’organiser à titre bénévole ce festival breton qui n’a jamais mieux porté son nom qu’aujourd’hui, « Paysages ». J’aime contribuer à faire en sorte que le public accède au savoir scientifique autrement que par le moyen de livres ou de revues spécialisées. Et que dire de la possibilité de faire se rencontrer des intervenants cités dans différents ouvrages sans s’être jamais croisés !
Cet espace de rencontres citoyennes ne prétend pas suppléer une expertise de type universitaire, académique, qui de toute façon n’arrive pas jusqu’à nous en zone rurale. Le festival offre l’opportunité de developper un intérêt, une curiosité, sans autre prétention que d’accueillir et partager, faciliter l’initiative et la prise de parole d’habitants, faire connaitre des nouveaux contenus.
Voici le témoignage de Stefan Maeder, archéologue allemand, dont il s’agit de la première participation.



La presqu’ile armoricaine imprime sa marque dans l’espace depuis des millénaires
Pour ces chercheurs passionnants, hommes et femmes, j’appréhende à sa juste valeur l’enjeu de l’éclairage apporté par l’UNESCO sur l’apport inestimable d’un bien culturel dont nous ignorons la dimension universelle, voire cosmique, telle qu’elle était pensée et partagée.
La civilisation qui a érigé ces monuments, dolmens, menhirs, allées couvertes, et développé à différentes échelles l’art symbolique, n’a laissé ni langage, ni mode d’emploi accessibles à nos cerveaux « modernes ».

Grâce aux techniques de datation et à un travail de synthèse proposé en 2019 par une chercheuse de l’Université de Göteborg, nous savons comment ces penseurs et penseuses d’un monde très différent du nôtre ont essaimé leurs savoirs à partir d’un territoire que nous appelons Bretagne.
Voici un article de Bettina Schulz-Paulsson
Ou pour vos oreilles, en anglais, un podcast accessible.
Bretagne, archéologie et valeurs UNESCO à partager
Pour Mondoblog, j’ai demandé à Ardiouma Sirima, président de la Fédération Française des Clubs UNESCO de partager avec nous une réaction de militant culturel et d’éducateur basé dans la région rennaise.
« Pour nous, actrices et acteurs engagés dans la promotion de la Culture de la Paix, l’inscription des Mégalithes au patrimoine mondial de l’UNESCO constitue une étape décisive. La FFCU fête ses 70 ans en 2026, soit sept décennies consacrées à sensibiliser jeunes et moins jeunes à l’importance de valoriser le patrimoine matériel et immatériel comme levier essentiel de partage et de coopération entre les peuples. Notre approche éducative repose sur le principe suivant lequel la Bretagne est présente dans le monde de manière positive. De nombreuses expériences de rencontres interculturelles en attestent. De même, le monde est présent en Bretagne, positivement. La Bretagne est hospitalière. Elle nourrit depuis des temps immémoriaux l’éclosion et l’ancrage dans la durée de trésors merveilleux. Sachons reconnaître, valoriser, transmettre ces magnifiques atouts aux générations actuelles et futures. »
Ardiouma Sirima, président de la FFCU, 12 juillet 2025

Crédit Jean-Claude Chaunac, invité d’honneur du festival Paysages #5
Forteresse Motten Morvan, 7 juillet 2025
Si vous projetez de venir en Bretagne lors d’un prochain séjour culturel, je vous recommande un outil formidable mis sur pied par mon ami Jérôme Nédélec et les Editions Kronos : l’Historicarte de Bretagne.

