Du Nord de la France aux Amériques via l'Inde, ils emportent partout la Bretagne dans leurs bagages
Du Nord-Pas de Calais aux Amériques via l’Inde, ils emportent partout la Bretagne dans leurs bagages : Allusion à la Francophonie et au dialogue entre les cultures avec l’Ensemble Esharêh

J’aime ici à prendre mon temps, avec vous, compagnons de lecture anonymes. Le globe tourne sur son axe et au gré des rencontres me voilà prise par l’urgence tranquille de vous faire entendre une autre musique que celle des artistes nomades qui m’ont soufflé, à travers vents de sable et amitiés naissantes, le nom de ce blog, Plan B.

Avant-goût de la prochaine tournée plein Suds
Après l’Inde, Esharêh à Arles, avant-goût de la tournée 2016 en Amérique du Sud

Ce billet est consacré à Esharêh,  une formation  de cinq artistes qui réunit dans une même quête bercée d’harmonies sonores, de rythmes complices, la langue que l’on parlait autrefois dans la partie orientale de la Bretagne et des instruments qui racontent une tout autre histoire, puisée au croisement de répertoires traditionnels persans, indiens et arabes.

Esharêh signifie allusion en fârsi (persan). C’est une belle façon, je trouve, d’ouvrir grand les portes pour laisser planer les sons jusqu’à toucher les parties de nos tissus, de nos cellules, de nos imaginaires, les plus sensibles aux bonnes vibrations.

Mêlant les sonorités indiennes, les mélopées du monde arabe et les percussions persanes, Esharêh revisite le patrimoine musical et linguistique des chants à réponse de Haute-Bretagne. Jouant sur des instruments ne possédant pas la même grammaire musicale, les musiciens se réapproprient les patrimoines culturels au nom d’une tradition orale vivante et engagent une conversation dans une langue commune à tous : celle de la poésie, langage universel d’une humanité célébrée.

L'ensemble Esharêh à l'Opéra de Lille en 2014
L’ensemble Esharêh à l’Opéra de Lille, le 28 mai 2014

Pourquoi choisir de vous parler de ces musiciens bretons plutôt que d’autres ? La Bretagne ne manque ni de talents ni d’artistes reconnus à l’international. Sans doute parce que ma rencontre avec des musiciens du désert m’a donné l’envie de m’intéresser tout particulièrement à des univers artistiques qui invitent au voyage  à la rencontre, et qu’il est temps d’inviter d’autres ambiances sonores à bord de Plan B.

Sans doute aussi parce que le public breton n’a pas encore eu cette chance de voir Esharêh sur scène. Si les nombreux projets du groupe se confirment, nous serons peut-être un long moment à suivre leur trace de par le vaste monde avant de pouvoir les entendre ici, sur leurs terres d’origine.

Esharêh donne pourtant à entendre la richesse d’une belle langue de Bretagne, celle de mes grands-parents, le gallo. Plus guère parlé, même dans les coins les plus reculés de la ruralité armoricaine, le gallo est sacrément chanté par des voix qui ont su redonner toute sa noblesse à un répertoire populaire, un héritage qui serait tombé dans l’oubli sans leur génie, sans cette force qu’a la scène bretonne d’aujourd’hui de porter aux nues dans un même élan tradition et création.

« J’ai tant filé dans mon jeune temps »

C’est pour me nourrir de l’engagement de ces artistes de Bretagne et d’ailleurs, maillons essentiels d’une transmission entre les générations qui ne se fait plus ni par l’école ni par la famille, que j’ai forgé ma passion et mon sens critique en matière de musiques traditionnelles, sans savoir qu’un jour j’aurai la chance de monter mon propre métier à tisser… du lien. Si grâce à eux j’aime chanter en breton, en gallo pour mon plaisir et celui des oreilles qui m’écoutent, j’ai conscience que ce plaisir n’a de sens que si ailleurs un-e musicien-ne professionnel-le peut se consacrer sereinement à son travail pour jouer le rôle majeur qui est le sien.

https://www.youtube.com/watch?v=jF7fYVLuLGg&list=PLb9WLu6sdN4tNd5E1WMy2nvP5k5uH-Dft

« J’ai tant filé dans mon jeune temps »,  c’est le premier titre de l’album Les raisins, dont la sortie internationale a eu lieu le 20 avril dernier à l’occasion de la ré-édition du disque désormais distribué par Plaza Mayor Ltd, une boîte basée à Londres et Hong-Kong. C’est à cette condition semble-t-il que des musiciens qui choisissent des chemins peu coutumiers peuvent espérer voir leur travail récompensé par une audience digne de ce nom.

Car pour sortir du sérail de quelques festivals qui ont su de suite repérer la nacre unique de cette perle de culture qu’est la musique d’Esharêh, force est de constater que la chose n‘est pas aisée, surtout dans un contexte politico-budgéto-réfractaire particulièrement inquiétant pour les artistes,  les organisateurs et les publics que nous sommes.

Au nom de la crise, vive le pratico-pratique et le démago-démagogique, hop la culture au frigidaire et on débranche le frigo, bravo ! Ca promet de sentir mauvais tout ça !

Alors je veux citer ici les festivals qui ont déjà programmé Esharêh depuis la création du groupe en 2012 et saluer notamment, Patrick Dréhan (Tourcoing Jazz Festival et Festival de la Côte d’Opale), le programmateur qui a offert sa chance à ces artistes bretons, puis les a accompagnés dans la production de ce tout 1er album, aujourd’hui ré-édité pour une diffusion internationale.

« J’ai flashé sur ce groupe pour des raisons aussi bien artistiques qu’humaines. J’aime beaucoup Julien Lahaye, un de ses leaders, d’origine desvroises, dont le parcours est formidable. Le festival a financé toute la partie Studio de l’enregistrement ».  Patrick Dréhan

Je veux saluer aussi Jacky Canton-Lamousse, initiateur du Festival La croisée des chemins qui vient de vivre de grands moments avec l’accueil de la Caravane culturelle pour la Paix ces jours derniers (lire la rubrique Brèves du bicouac). C’est là, au pied du Mont-Blanc, grâce à Jacky, que ma route à croisé celle d’Esharêh. Malgré la présence à l’affiche d’artistes incontournables comme Titi Robin qui commençait alors son périple avec sa nouvelle création Taziri, Esharêh a été et reste à mes yeux la révélation de cette édition 2014.

Matthias Labbé : tablas, mridangam, Julien Lahaye : tombak, dâf, zang-e-saringôshti et voix, Julien Debove : quinton et voix, Simon Dégremont : chant, Kamal Lmimouni : oud et voix

Esharêh est à l’affiche du festival des Suds cet été, un concert qui fait suite à une belle expérience de tournée en Inde au printemps dernier, grâce à l’appui du réseau des instituts culturels français. Le groupe, en trio ou en quintet selon les contraintes des programmateurs, poursuit sa formidable aventure artistique plein Sud justement : au Maroc où ils espèrent décrocher un projet de résidence et quelques dates de concerts en avril 2016.

En Bretagne, j’espère bien que ce groupe finira par capter l’attention d’autres passeurs de culture. Qui sait aujourd’hui que le gallo, cette langue régionale qui peine encore à exister dans le paysage culturel breton s’écoute sur les ondes internationales de la Lithuanie à la Chine, en passant par le Mexique, grâce au répertoire d’Esharêh ?

« A l’origine des découvertes, il y a toujours un Eldorado, une route des Indes, une pierre philosophale, une question trop grande, un mythe dont seuls les illuminés osent parer sans sourire » Roland Omnès

Mais pour reprendre l’image du tisserand qui a marqué l’économie d’un autre temps en Bretagne, quand les toiles de lin servaient à coudre les chemises de Christophe Colomb, celles de ses équipages, pour l’heure, c’est au Pérou, en Argentine et au Chili que les contacts sont pris pour finaliser la future tournée d’Esharêh. Bref, la route des Indes, l’Eldorado…et puis quoi encore ?

Quelle question ! La Bertagne pardi !

Le premier album du groupe aujourd'hui distribué à l'international
Le premier album du groupe aujourd’hui distribué à l’international

B comme Bonus

http://www.eshareh.fr/

https://www.facebook.com/ensembleeshareh?fref=ts

http://www.lavoixdunord.fr/region/boulogne-sur-mer-le-premier-disque-du-groupe-eshareh-est-ia31b49030n2200803

http://www.suds-arles.com/ils-sont-venus.html

Souvenir de la Croisée des Chemins avec Titi et Mehdi

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