La campagne est terminée. Ni soulagement, ni emballement, juste un goût d’amertume entre les lignes, la menace n’est pas levée. La menace de voir le pays sombrer, soit dans le chaos, soit dans l’inertie, sans pouvoir se cacher plus longtemps derrière l’excuse de la crise et de la menace djihadiste. Demain, une seule certitude : nous ne savons rien de ce qui va se jouer dans les mois, voire dans les semaines qui viennent.

Je me souviens des banderoles géantes « Hollande démission » lors de la manifestation des Bonnets rouges à Quimper. C’était au début du quinquennat qui s’achève demain soir. Je me souviens d’un candidat « Moi président » à peine installé dans ses plus hautes fonctions qui fait déjà figure de perdant. Il est vrai que nous n’avions pas encore eu le temps d’oublier que sans le scandale DSK, François Hollande n’aurait probablement jamais eu à récupérer les voix des déçus du Sarkozysme.

En 2007, la Bretagne avait voté massivement pour Ségolène Royale. Dix ans plus tard, la Bretagne fait encore figure d’exception quand au 1er tour de ces Présidentielles, les électeurs de la péninsule armoricaine se refusent à donner à Marine Le Pen un chèque en blanc pour accéder au dernier tremplin vers le pouvoir, contrairement au reste des régions françaises dans leur quasi majorité.

Demain, les Bretons voteront Emmanuel Macron, ou s’abstiendront. Sans doute s’en trouvera t’il quelques-uns, des milliers tout de même, pour apporter leur voix inconditionnelle à Marine, aussi calamiteuse qu’ait pu être sa prestation lors du débat de l’entre-deux tours.

Quelle archive affligeante pour notre histoire démocratique, mais si révélatrice aussi de la façon dont à force de céder du terrain à la société du spectacle, la vulgarité la plus criante finit par se croire légitime à hurler sa toute-puissance et à piétiner de son arrogance la notion même de responsabilité publique.

Demain, la France ne choisira pas d’inféoder son destin au rire fanatique et outrancier de celle qui prétend parler au nom du peuple. Ce n’est ni mathématique, ni métaphysique. Il n’y aura pas de « french Trumpmania ». Il n’y aura pas de nouvelle onde de choc en Europe, comme celle provoqué par le Brexit. Nous n’en sommes pas (encore) là.

Nous sommes pourtant déjà propulsés avec cette campagne inédite et ses conséquences dans ce qui pourrait ressembler à une autre forme d’onde de choc, plus maligne et donc tout aussi pernicieuse et préjudiciable : l’indifférence avec laquelle nous avons acté collectivement la présence au 2ème tour de la candidate du Front national, relookée en républicaine affichant sans complexe le plus beau de ses sarcasmes, la plus osée de ses manipulations – « La France apaisée ».

Débat Le Pen/Macron, une archive hors du sens commun : dans nos mémoires, yeux médusés, oreilles scandalisées, électorat bien malmené, bien mal considéré, vive la République, vive la France !

Au nom du peuple/La France apaisée

Est-ce ses slogans qui ont piégé la fille de Jean-Marie le Pen, mieux qu’un miroir déformant, au point d’aborder le grand débat de mercredi dernier avec pour seule stratégie le pari de la bêtise plutôt que celui de l’intelligence ? Est-ce pour frapper fort les esprits d’aujourd’hui, qu’il vaut mieux frapper tout court qu’en appeler à la capacité d’analyse et de libre-arbitre de l’électeur ?

Bien sûr, demain soir, notre nouveau président s’appellera Emmanuel Macron, car ce serait vraiment à désespérer de tout, si la France décidait le dimanche 7 mai 2017, par la voix des urnes, de brader ce qui nous reste de bon sens à la logique d’un parti qui méprise les règles de la vie démocratique, à commencer par la liberté de la presse et l’exigence de transparence sur l’usage de financements publics.

Demain, j’en prends pour cinq ans, et j’aimerais que ce nouveau quinquennat nous réconcilie avec nous-mêmes, avec l’idée que nous nous faisons d’une démocratie capable de rompre avec les ruelles en cul-de-sac de la Vème République, avec l’idée que nous nous faisons d’un Etat et de ses obligations, avec l’idée que nous nous faisons des urgences, même si nous ne sommes pas d’accord sur les solutions à mettre en œuvre.

 

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