Sarah, Enora, Jeannette, Sandrine, Josiane, Annaïg, Lucie, Lidwine

Article : Sarah, Enora, Jeannette, Sandrine, Josiane, Annaïg, Lucie, Lidwine
Crédit: Eric Legret
7 mars 2022

Sarah, Enora, Jeannette, Sandrine, Josiane, Annaïg, Lucie, Lidwine

Toutes ont ce quelque chose en plus qui me touche, m’interpelle. Ce n’est peut-être rien d’autre qu’une bonne dose de courage. Ces femmes sont belles, fortes sans nier leur sensibilité, bien au contraire. J’ose espérer que cela s’entend. Sarah, Enora, Jeannette, Sandrine, Josianne, Annaïg, Lucie et Lidwine ne se connaissent pas. Elles sont les huit premières invitées de « Femmes de caractères » en 2022.

La 9ème n’est autre qu’une amie de coeur, reine du dancefloor dans sa capitale africaine, Conakry, en Guinée. Une artiste urbaine de 25 ans rencontrée grâce à Plan B et au festival Sahel Hip Hop en avril 2018 au Niger. Queen Rima et moi étions en enregistrement ce matin pour marquer la journée du mardi 8 mars par nos différences d’âge, de culture, de couleur, de références, et surtout de style.

Qui prétend que cette différence n’est pas le premier levain d’une étonnante complicité que rien ne vient nourrir sinon le vécu d’une brève mais intense rencontre et la conviction que nous pouvons nous apporter du bonheur mutuellement, même à distance ?

Mars, le mois des femmes

Le 1 mars, Ludwine Dakouri témoignait de son parcours de jeune ivoirienne, étudiante en master à Rouen. J’apprenais pendant notre échange enregistré que son sujet de mémoire porte sur la place des artistes africaines dans le développement des filières musicales. Je me sens tout de suite proche de Lidwine dont je ne sais rien. Je découvre surtout une très belle histoire familiale.

Là-bas, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, un papa écoute entouré de sa famille. L’âme et la jovialité de deux grands-mères disparues planent sur les ondes. L’amour d’une mère est palpable. Je pourrais dire que c’est parce que mon invitée est africaine. Mais non, d’autres invitées, Elisa de Angélis, Gene Quéré, Lorène Bihorel, devenue mère il y a peu, ont préféré évoquer ce lien qui les a construites plutôt que choisir une autre figure inspirante.

J’aime penser que je comprends mieux des espaces infimes de ce qui nous est offert par d’autres cultures, d’autres communautés, à travers ces témoignages collectés aux quatre vents, en accédant à ces espaces intimes où m’invitent à entrer des inconnues, loin des discours convenus.

Queen Rima a tourné ce clip au Niger au retour d’Agadez. L’artiste a choisi cette chanson Game over pour Femmes de caractères.
Son nouvel EP Température sera dévoilé le 13 mars, les fans s’impatientent et lui réclament un album !

Surprise et encouragée par l’aplomb de Lidwine, j’ai eu envie de solliciter Queen Rima à Conakry pour lui proposer d’être la voix du 8 mars dans Femmes de caractères. Je m’autorise à choisir une égérie, une vraie star dans son pays, pour fêter à ma manière une journée internationale tristement indispensable pour dire et redire que rien n’est jamais acquis pour les droits des femmes.

Sortir des schémas de domination

Nous perdons inutilement un temps et une énergie précieuse à cause de cette ineptie qu’est l’inégalité de traitement entre des hommes et des femmes « libres » dans des Etats démocratiques, que ces pays soient riches ou pauvres, de veilles démocraties ou de fragiles constructions à consolider en misant sur l’éducation, la culture, l’émancipation, la coopération et la protection de ressources vitales pour nos économies locales.

Si Vladimir Poutine envahit l’Ukraine au mépris de toutes les mises en garde, s’il attise les tensions au risque d’une guerre mondiale, ce n’est pas seulement parce que ça le démange depuis très. longtemps ou parce cette grande voisine est un magot trop tentant. C’est aussi parce qui l’idée même de liberté l’insupporte, parce qu’elle ne sert évidemment ni ses intérêts, ni sa conception du pouvoir.

Il n’est pas interdit de faire un parallèle concernant d’autres rapports ancestraux de domination, d’empêchement, qui n’ont pas toujours conditionné les rapports hommes-femmes dans nos sociétés.

Sortir des visions simplistes

Le mardi 8 mars en Guinée, il y aura quelques oreilles branchées sur une petite radio associative bretonne, comme c’était le cas à Abidjan cette semaine. C’est ma façon de conjurer l’angoisse et le drame humain au premier plan sur nos écrans.

C’est aussi une manière de prendre à contrepied les visions simplistes, clivantes, méprisantes, qui menacent encore et toujours les droits des femmes, formatent nos comportements, nos jugements. Queen Rima remplit des stades à Conakry. Ce n’est pas son audience qui m’intéresse, ni le buzz lié à la sortie annoncée de son nouvel EP « Température ».

Cette jeune artiste m’a touchée à Niamey et à Agadez par son engagement, sa présence scénique, sa personnalité. Ce qu’elle accomplit en exprimant son talent est à mes yeux un symbole d’espoir pour toute une génération, même si cet espoir utilise les codes d’une féminité exacerbée, provocatrice, quand ce que j’aime chez Queen Rima, comme chez ma fille, c’est sa beauté au naturel.

Je ne peux que vous inviter à vous brancher sur Radio Bro Gwened ou Radio Breizh mardi 8 mars à 12h et à 18h (heure de Pontivy) pour entendre le témoignage de cette jeune femme émancipée qui ouvre la voie à tant d’autres. Soit 11h ou 17h, heure de Conakry !

Cap sur les prochains 50 podcasts ?

Il y a deux ans déjà, je publiais un billet intitulé « 8 mars, 8 podcasts » pour la Journée internationale des Droits des femmes. J’avais décidé d’arrêter l’émission avant l’été. Idem en 2021. Après quelques confinements, j’avais dit : cette fois j’arrête. Résultat ? Femmes de caractères a passé le cap des 50 portraits mis en ligne sur Radio Breizh le 22 02 2022. En temps de paix !

Je vous propose de découvrir à travers six podcasts (bientôt huit) la diversité des parcours, des centres d’intérêt de celles qui s’invitent dans mon émission, peu importe leur âge, leur origine, leur motivation à prendre ce risque, à tout simplement me faire confiance, se faire confiance. Pour écouter le podcast de votre choix, cliquez sur le nom de l’invitée.

En bonus, vous pouvez aussi découvrir l’épisode dédié aux femmes de ma toute première série radiophonique enregistrée pendant le Festival Longueur d’ondes à Brest, fin janvier.

Sarah, Enora, Jeannette, Sandrine, Josiane, Annaïg

A vous de choisir et de faire voyager ces témoignages de femmes, de vous intéresser à d’autres initiatives prises ici et là pour que la lutte pour les droits humains et l’égalité femme-homme devienne un jour obsolète. Ce n’est pas demain la veille, puisque des logiques de destruction irresponsables héritées du XXè siècle viennent de s’imposer à la table des non-négociations réarmant de fait la haine, la violence, le défiance et … le chaos !

Sarah Schein

Sarah Schein est une énigme pour qui voudrait la décrypter avec les codes d’un monde contemporain, furtif, fuyant, pressé, oppressant, bruyant, superficiel, troublé, troublant, par certains côtés, inhumain et complètement déconnant. À 19 ans, Sarah Schein porte en elle une assurance et une clarté dans la façon de s’exprimer qui laissent perplexe. 
Non que le propos fasse douter de sa sincérité, de sa profondeur. 
Sarah Schein est juste ailleurs. Ou plus précisément, elle est juste et ailleurs. 

Sarah Schein
Crédit photo Claire Pérez

Enora de Parscau

Enora de Parscau n’a pas toujours été chanteuse professionnelle et elle aurait pu passer à côté de ce qui fait son quotidien aujourd’hui. Ultrasensible, cette grande artiste bretonnante a su trouver les ressorts pour s’affranchir des chemins tout tracés et saisir l’opportunité de riches collaborations artistiques. 
Enora de Parscau nous associe à un voyage intérieur qui nous fait traverser les frontières de l’espace et du temps, de l’enfance bercée par des chants traditionnels aux chants du monde. 

Enora de Parscau et Yolaine Delamaire forment le duo Dame Angèle
Crédit photo Françoise Ramel

Jeannette Badouel

Jeannette Badouel est ivoirienne mais aussi rennaise, ou faut-il la considérer comme une bretonne faisant partie des 13 femmes maires de Côte d’Ivoire ?  
La réduire à cette double culture serait lui faire injure, même si cela dit déjà beaucoup de celle qui a choisi de quitter sa vie confortable pour consacrer son temps à un village rural à plus de 600 kilomètres de la capitale, non loin des frontières du Mali et du Burkina Faso, dont on sait les difficultés. Au fil de la discussion se révèle une personnalité qui semble ne s’être construite sur aucun modèle existant et dont la seule préoccupation serait l’efficacité d’un engagement et la force du collectif. 

La fierté de Jeannette Badouel repose sur des réussites et des valeurs, une vision, un projet.  Son témoignage aide à concevoir comment le parcours singulier d’une femme dont l’histoire relie deux continents peut illustrer les importantes mutations à l’oeuvre dans ce siècle. 

Crédit photo Françoise Ramel

Sandrine Bihorel

Ex-élève des Beaux Arts de Rennes, l’artiste plasticienne partage dans cette émission les choix, les postures assumées qui lui ont permis de tracer un chemin très personnel. Dans ce rapport intime à l’acte de création, souvent solitaire, elle parvient à concilier valeurs, aspirations, inspirations, sans trahir son exigence, son indépendance.
Feutrière, elle nous apprend ce qui fait l’originalité de cette pratique artisanale ancestrale, le secret d’un matériau qui vit, se transforme entre ses doigts. Ses créations sont exposées dans le monde entier. Elle veut que ses œuvres soient légères et transportables. Sa recherche vise à faire appel le moins possible à des interventions mécaniques, comme si elle rêvait d’un monde cousu main, patiemment, amoureusement, humblement.

Crédit photo Lorène Bihorel

Josiane Cueff

Josiane Cueff vit à Brest, la ville qui l’a vue grandir. Elle a consacré sa vie professionnelle à défendre des valeurs humanistes, inspirée notamment par la pensée d’Edouard Glissant qu’elle a eu la chance de rencontrer. Elle ignorait alors qu’une affectation l’amènerait à assister à son enterrement, à peine arrivée sur un nouveau poste dans les Caraïbes.
L’ouverture à l’autre, le dialogue interculturel, ont été pour Josianne Cueff un tremplin pour découvrir le monde, notamment l’Amérique latine, où elle a exercé en tant qu’attachée culturelle. C’est une histoire d’engagement. S’y mêlent comme toujours ou presque, croyances, utopies, et principes de réalité.

Crédit photo Françoise Ramel

Annaïg Ramel

La place essentielle du chant dans sa vie interroge sa condition de femme, de mère, désireuse de consacrer du temps à la création, à des projets qui impliquent des collaborations avec d’autres artistes. 
Annaïg Ramel partage son cheminement personnel entre attachement à l’authenticité du chant traditionnel, à l’écriture, à la recherche de sa propre expression, contemporaine. 
L’intériorité, l’écoute de soi qu’a su développer cette artiste bretonne sont un socle solide pour assumer des choix, apprendre à respecter son rythme, se détacher des pressions diverses liées au besoin légitime de reconnaissance et de validation. 
Il est question ici d’une inspiration blottie au plus profond de l’intime, de persévérance, de courage, qui auraient pu ne jamais se dire et trouver place dans un processus de création.

Crédit photo Annaïg Ramel

Lucie Thill, 50ème invitée de Femmes de caractères !

Merci à Lucie Thill, paysanne bio dans une petite commune bretonne de la région de Pontivy, mère de quatre enfants, d’avoir été la 50ème invitée de l’émission Femmes de caractères. Elle le dit elle-même dans la vidéo, un très bon moment. Depuis, cette émission l’a aidée à trouver un logement plus proche de sa ferme, alors qu’elle n’ y croyait plus vraiment – Crédit vidéo, Françoise Ramel

Lidwine Dakouri

Lidwine Dakouri est ivoirienne. Avant de reprendre des études de Master en France, elle a voyage dans plusieurs pays africains. Au Niger, elle prend conscience en fréquentant des structures culturelles qu’elle veut faire son chemin professionnel dans ce secteur et contribuer à outiller les artistes, notamment les femmes. Elle est étudiante à Rouen et s’implique dans des projets de coopération. 

Parmi ces projets qui l’intéressent, Lidwine a souhaité suite à l’émission apporter sa contribution à un projet porté par des femmes de différents horizons et sept artistes à Villejean, un quartier multiculturel de Rennes : « Etre et renaître »

Lidwine Dakouri -Crédit Lidwine

B comme Bonus

30′ pour entendre les voix de femmes croisées à Brest grâce à Longueur d’ondes, passionnant

Abadenn A-du pe pas : Longueur d’ondes : Femmes sur les ondes (radiobreizh.bzh)

Pour entendre le 1er épisode de cette série consacré à ce festival incontournable

Abadenn A-du pe pas : Longueur d’ondes : L’esprit d’un festival unique en France ! (radiobreizh.bzh)

En savoir + sur le projet créé en 2022 à Rennes grâce à l’émission Femmes de caractères

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