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UNESCO : la Bretagne accède à une reconnaissance convoitée grâce aux pierres levées, gravées, de la Préhistoire

C’est une date historique et une première. Ni la communauté scientifique ni les passionnés d’archéologie n’ont attendu cette décision du 12 juillet 2025 pour reconnaitre aux mégalithes de Bretagne leur importance majeure à l’échelle planétaire. Mais il y a de quoi être fier suite à la décision prise puis officialisée aujourd’hui à 15h17 par l’UNESCO : le classement au titre du patrimoine mondial de l’Humanité des vestiges mégalithiques de Carnac et sa région.

Au moment où l’archéologie est prise pour cible et dépouillée en France comme d’autres secteurs liés à la Culture, cette annonce est plus qu’une bonne nouvelle après treize années de procédure depuis le dépôt de la candidature.

Vous pouvez identifier ce nouveau bien culturel sur la liste UNESCO sous l’intitulé « Mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan ». Pour les plus curieux, je recommande une série d’ouvrages de référence sortis en 2025. Ces livres ont été présentés le week-end dernier au festival Paysages, à Pontivy.

Espoir fondé de nouvelles dynamiques de coopération internationale

Voici en exclusivité la réaction de Cyrille Chaigneau, un des solides soutiens du festival Paysages. Outre l’intérêt pour l’Archéologie, je partage avec ce professionnel les valeurs de l’Education populaire.

La conférence d’ouverture du festival proposée par Cyrille a été un grand moment et permet de saluer d’autant plus les perspectives qu’ouvre à toute une filière professionnelle dans la Recherche en Sciences Humaines la reconnaissance de l’UNESCO.

« Comment les archéologues construisent-ils leurs discours ? », je vous souhaite d’avoir l’occasion de programmer cette thématique de conférence sur l’un de vos événements. C’est passionnant.

L’UNESCO vient d’inscrire les Mégalithes de Carnac et des Rives du Morbihan au titre de « Patrimoine Mondial de l’Humanité ». Nos architectures monumentales funéraires et symboliques de la Préhistoire récente ont enfin la reconnaissance internationale qu’elles méritent. Ce qui m’importe maintenant, c’est que cette inscription ne soit pas une fin en soi, qu’elle soit le début d’autre chose, le redémarrage d’une dynamique internationale de recherche archéologique, entre autre. Ces pierres ont tellement encore à nous apprendre, sur elles, sur les sociétés qui les ont créées, mais aussi sur nous. C’est le seul rôle social de l’Archéologie, de l’Histoire au sens large : nous offrir les outils du questionnement sur notre espace, notre temps…

aujourd’hui.

Cyrille Chaigneau, archéologue, médiateur scientifique, Carnac
Cyrille Chaigneau au festival Paysages #5, Pontivy
Cyrille Chaigneau, co-fondateur de l’association Les Vaisseaux de pierre à Carnac, a ouvert le festival « Paysages » accueilli à mon initiative dans les locaux de la Région Bretagne à Pontivy le 4 juillet 2025 – Crédit Françoise Ramel

Héritage d’exception : anciens et nouveaux savoirs bretons entrent au Panthéon du patrimoine

Ces mégalithes « constituent un témoignage exceptionnel de la sophistication technique et de l’habileté des communautés néolithiques qui leur ont permis d’extraire, de transporter et de manipuler des pierres monumentales et de la terre pour créer un espace symbolique complexe qui révèle une relation spécifique des populations à leur environnement », justifie l’UNESCO.

« C’est le premier site intégralement breton inscrit au patrimoine mondial, commente le journal Le Monde, la tour Vauban, dans le Finistère, faisant partie des 12 fortifications Vauban classées à travers la France, qui compte désormais 54 sites inscrits au Patrimoine mondial.« 

Triste sphère médiatique !

Le titre a été changé sur la page. L’original témoigne de la dégradation du niveau journalistique, sans doute sous l’effet de la chaleur et du Tour de France, en tout cas pas en raison du bien-fondé d’une décision concernant un bien culturel de cette importance !

« Les Bretons ont une nouvelle raison de frimer avec l’inscription de ce site à l’UNESCO » pouvait-on lire cet après-midi sur le site du Huffingtonpost, où seule l’information AFP était reprise.

Bienvenue dans le monde des bisounours des cavernes 2.0, alias « je ne pense pas donc j’écris n’importe quoi, je suis même payée pour ça ! ».

A la frime et aux articles creux, je préfère de loin les explications scientifiques de Stefan Maeder, archéologue allemand, sur les liens possibles entre observation du firmament et signes gravés du néolithique. Si vous demandez à Stefan quelle est la qualité qu’il préfère, il vous répondra sans hésiter l’humilité, une posture que lui ont enseigné plusieurs années à travailler au Japon.

« J’ai une pensée très particulière pour Yves Coppens, ami et compagnon de route de l’Unesco, qui m’en avait parlé aux premiers jours de mon mandat. Il aurait été très fier et heureux comme le sont aujourd’hui tous ceux qui ont porté cette inscription complexe. C’est un engagement à protéger, transmettre et aussi étudier car, à travers le monde, les mégalithes recèlent encore bien des mystères. Ces dolmens et menhirs, témoignage de l’histoire longue, donnent une profondeur exceptionnelle à la région. »

Audray Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, 12 juillet 2025
Périmètre concerné par le classement au patrimoine mondial. Il faut agir pour que cette reconnaissance UNESCO renforce les autres sites mégalithiques et leur place dans les politiques publiques en tant que bien culturel, pas manne économique pour le tourisme

Des festivaliers réunis à Pontivy pour parler Mégalithes et pierres gravées

Parmi les médias bretons qui ont relayé l’actualité de cette inscription UNESCO dès l’annonce faite depuis Paris, l’Agence Bretagne Presse avait pris les devants en venant rencontrer à Pontivy des passionnés de Préhistoire présents la semaine dernière au festival Paysages : Jacky Meslin, Mickaël Gendry, Stefan Maeder.

https://abp.bzh/-les-megalithes-de-carnac-et-du-morbihan-entrent-au-patrimoi-71819

Je mesure ma chance d’organiser à titre bénévole ce festival breton qui n’a jamais mieux porté son nom qu’aujourd’hui, « Paysages ». J’aime contribuer à faire en sorte que le public accède au savoir scientifique autrement que par le moyen de livres ou de revues spécialisées. Et que dire de la possibilité de faire se rencontrer des intervenants cités dans différents ouvrages sans s’être jamais croisés !

Cet espace de rencontres citoyennes ne prétend pas suppléer une expertise de type universitaire, académique, qui de toute façon n’arrive pas jusqu’à nous en zone rurale. Le festival offre l’opportunité de developper un intérêt, une curiosité, sans autre prétention que d’accueillir et partager, faciliter l’initiative et la prise de parole d’habitants, faire connaitre des nouveaux contenus.

Voici le témoignage de Stefan Maeder, archéologue allemand, dont il s’agit de la première participation.

La presqu’ile armoricaine imprime sa marque dans l’espace depuis des millénaires

Pour ces chercheurs passionnants, hommes et femmes, j’appréhende à sa juste valeur l’enjeu de l’éclairage apporté par l’UNESCO sur l’apport inestimable d’un bien culturel dont nous ignorons la dimension universelle, voire cosmique, telle qu’elle était pensée et partagée.

La civilisation qui a érigé ces monuments, dolmens, menhirs, allées couvertes, et développé à différentes échelles l’art symbolique, n’a laissé ni langage, ni mode d’emploi accessibles à nos cerveaux « modernes ».

Travail scientifique de Bettina Schulz Paulsson

Grâce aux techniques de datation et à un travail de synthèse proposé en 2019 par une chercheuse de l’Université de Göteborg, nous savons comment ces penseurs et penseuses d’un monde très différent du nôtre ont essaimé leurs savoirs à partir d’un territoire que nous appelons Bretagne.

Voici un article de Bettina Schulz-Paulsson

Ou pour vos oreilles, en anglais, un podcast accessible.

Bretagne, archéologie et valeurs UNESCO à partager

Pour Mondoblog, j’ai demandé à Ardiouma Sirima, président de la Fédération Française des Clubs UNESCO de partager avec nous une réaction de militant culturel et d’éducateur basé dans la région rennaise.

« Pour nous, actrices et acteurs engagés dans la promotion de la Culture de la Paix, l’inscription des Mégalithes au patrimoine mondial de l’UNESCO constitue une étape décisive. La FFCU fête ses 70 ans en 2026, soit sept décennies consacrées à sensibiliser jeunes et moins jeunes à l’importance de valoriser le patrimoine matériel et immatériel comme levier essentiel de partage et de coopération entre les peuples. Notre approche éducative repose sur le principe suivant lequel la Bretagne est présente dans le monde de manière positive. De nombreuses expériences de rencontres interculturelles en attestent. De même, le monde est présent en Bretagne, positivement. La Bretagne est hospitalière. Elle nourrit depuis des temps immémoriaux l’éclosion et l’ancrage dans la durée de trésors merveilleux. Sachons reconnaître, valoriser, transmettre ces magnifiques atouts aux générations actuelles et futures. »

Ardiouma Sirima, président de la FFCU, 12 juillet 2025
Fouilles archéologiques en cours sur un site dont je suis propriétaire en Bretagne, victoire citoyenne. Je développe à titre bénévole l’accueil de jeunes chercheurs et chercheuses en zone rurale depuis 2009.
Crédit Jean-Claude Chaunac, invité d’honneur du festival Paysages #5
Forteresse Motten Morvan, 7 juillet 2025

Si vous projetez de venir en Bretagne lors d’un prochain séjour culturel, je vous recommande un outil formidable mis sur pied par mon ami Jérôme Nédélec et les Editions Kronos : l’Historicarte de Bretagne.

Patricia, festivalière « Paysages » avec le prototype de l’Historicarte dans les locaux de la Région à Pontivy Crédit Françoise Ramel


Pontivy, première date bretonne pour Queen Rima grâce à Mondoblog et RFI

Dernière ligne droite. L’association Timilin, moudre nos idées ensemble, s’apprête à accueillir en Bretagne chercheurs, habitants, artistes venus de tous horizons à l’occasion de la 5è édition du festival « Paysages ». La ville-escale 2025 de cet événement citoyen international est Pontivy, cité à l’architecture médiévale et napoléonienne située au cœur d’un vaste territoire rural. Pontivyenne, j’ai rejoint le réseau Mondoblog suite au concours 2014. Je n’imaginais pas que mes différentes actions bénévoles en faveur du continent africain, de ses cultures, de ses langues, de ses artistes m’amèneraient un jour à programmer sur la scène du Palais des Congrès une star du dancehall à peine arrivée en France grâce au Prix Découvertes RFI : Queen Rima.

Retrouvailles joyeuses au New Morning

Après huit longues années sans pouvoir nous retrouver, je me suis rendue à Paris cette semaine pour assister au concert de Queen Rima organisé par RFI au New Morning, salle mythique. Je ne l’avais pas vue sur scène depuis le concert organisé par Sahel Hip Hop Festival à Agadez en avril 2018 dans le cadre d’une caravane culturelle pour la Paix partie de Niamey.

La salle est bondée. Pas mal d’artistes et de journalistes ont répondu présent, ainsi que le directeur du Fonds de Développement culturel de Guinée. Queen Rima est dans son élément. Elle est faite pour la scène et cette communion avec le public. Je connais son répertoire, j’en suis fan. Mais écouter un titre, apprécier la qualité artistique d’un clip, cela n’a rien à voir avec le spectacle vibrant d’une foule heureuse qui reprend en chœur tous les textes de l’artiste. Je ne vois que des sourires, je ne vois que du respect pour la jeune femme splendide qui exprime en live son amour de la musique, sa volonté d’être une artiste à part entière, prête à conquérir la planète avec ses mots de soussou et son énergie puissante.

Queen Rima est entourée des musiciens qui l’accompagnent quand elle se produit en Guinée. Je suis ravie pour ces artistes et mon amie de Conakry. Les conditions sont réunies pour que la fête soit la plus belle et la plus généreuse possible. Il n’y a aucun doute possible sur les qualités artistiques et humaines qui ont retenu l’attention du jury du Prix Découvertes RFI et incité plus de 20 000 votants à choisir Queen Rima parmi dix finalistes talentueux.

Signe d’une vraie complicité entre femmes battantes, entre artistes, Angélique Kidjo, marraine du Prix RFI 2025, a quitté son studio d’enregistrement pour venir saluer Queen Rima pendant les balances et lui renouveler toute sa confiance.

Autre forme de complicité, je vous invite à vous amuser avec cette petite captation d’un moment complètement spontané et improvisé au petit-déjeuner avec Queen Rima … et Sékou, percussionniste qui me fait vraiment rire.

Je ne sais pas si ça vous parle, mais je suis touchée en revoyant ces images par le plaisir réel et sans fard que nous partageons comme deux vieilles copines.

Queen Rima à l’affiche à Pontivy avec une dizaine d’artistes

Pour fêter dignement en Bretagne la victoire de Queen Rima, je me suis rapprochée d’un tout nouveau restaurant à Pontivy, le Nimba, créé par un jeune de Conakry. Ousmane a 24 ans. C’est un fan de longue date de Queen Rima. Lors de notre première rencontre voilà plusieurs mois, il est resté bouche bée quand je lui ai annoncé que j’allais faire venir la reine du dancehall à Pontivy. Pour tout dire, j’y croyais à peine moi-même, mais j’ai fait mon maximum et samedi 5 juillet, Queen Rima sera bien là avec nous. Joie et émotion !

Vieux Mac Faye n’a pas eu son visa au mépris de l’énergie bénévole mobilisée depuis des mois et des multiples coopérations engagées pour réussir à la fois un festival de 4 jours en zone rurale et une belle soirée festive dédiée aux cultures africaines

Partageront la scène avec Queen Rima et Ahmed, le musicien qui l’accompagne pour ses prochaines dates, un trio de jeune rappeurs rennais d’origine ivoirienne, ainsi qu’un groupe d’artistes chevronnés sénégalais réunis pour l’occasion par deux de mes amis, Alassane Wade et Cheikh. Autre rencontre improbable avec des pros de la scène, copains de Youssou N’Dour, Ismaelo, Vieux Mac Faye, mais c’est une autre histoire.

Grâce à l’esprit fédérateur et novateur du festival « Paysages », Queen Rima va croiser à Pontivy poètes, cinéastes, photographes, chercheurs, responsables d’associations investies dans la coopération internationale. Dans un laps de temps trop court pour partager d’autres ressources, c’est le mieux que je puisse faire. Je chéris cette belle preuve d’amitié et de confiance que nous nous offrons mutuellement : la toute première date bretonne de sa nouvelle carrière internationale.

Devant son hôtel à Paris, Queen rima annonce le concert de Pontivy

Merci Mondoblog, merci RFI

Si le rêve est enfin devenu réalité pour Queen Rima, c’est à force de travail et de persévérance. La reconnaissance tarde parfois à venir, mais quand la lumière se pose sur votre chemin, elle démultiplie vos capacités, elle décuple la motivation qui vous avait déjà conduite jusque là.

Dans une moindre mesure, c’est aussi vrai pour moi qui ne suis ni artiste ni professionnelle du spectacle vivant. Mondoblog a été et restera cette lumière éclairant mon parcours personnel. En publiant sur Plan B, j’ai affiné le sens que je donne à mes engagements bénévoles. Ouverte à la découverte, au gré des rencontres et des voyages, j’ai su enrichir mes convictions profondes, celles qui m’aident à croire que l’Humanité peut mieux faire, doit mieux faire.

J’ai la prétention de croire que mes actes et mes choix peuvent accompagner des dynamiques, soutenir la prise d’initiative, chez moi comme à des milliers de kilomètres de la Bretagne. Je fais ce que je peux pour ne pas être une simple spectatrice apeurée, clouée sur place par l’impuissance et la désolation d’un monde en décomposition. Endoctrinée, ballottée, infantilisée, invisibilisée, indifférenciée. Je me reconnais une forme de puissance, un espace de liberté, une singularité, ça vaut ce que ça vaut, mais c’est déjà beaucoup.

Je ne sais pas comment je vais repenser mes envies d’écriture et de partage après l’arrêt de Mondoblog. Je sais seulement que si l’aventure prend fin sous cette forme au grand regret de la plus grande communauté au monde de blogueurs et blogueuses francophones, il me faudra puiser dans toutes mes ressources et les liens d’amitiés tissés grâce à Plan B pour continuer à voir plus loin que la Bretagne, à voir et recevoir plus grand que moi.

Le repas africain et le concert interculturel du samedi 5 juillet 2025 que j’organise au Palais des Congrès dans le cadre du festival « Paysages » est une sorte de point d’orgue dans ma propre mise en récit d’une Afrique positive et créative. Cette posture volontaire qui vise à ré-ouvrir des possibles, à oser l’impossible, m’a enthousiasmée dès mes premiers échanges avec le réseau Mondoblog.

Je ne pouvais pas rêver mieux que la venue de Queen Rima à Pontivy et ce lien direct avec France Médias Mondes grâce au Prix Découvertes RFI pour ressentir l’effet génial de cet enthousiasme, dix ans plus tard.


Rencontres coopératives pour une paix durable : des valeurs aux actes citoyens

Samedi 14 décembre 2024, une rencontre nationale à Rennes m’a redonné le sourire dans un contexte un peu glauque malgré l’approche des fêtes de fin d’année. A l’initiative de la Fédération Française des Clubs UNESCO présidée par Ardiouma Sirima, j’ai pu croiser des militant.e.s de l’Education à la Paix, des expert.e.s d’instances internationales créées au sortir de la 2ème guerre mondiale pour mettre en pratique l’égale dignité des peuples et un engagement universel « Plus jamais ça ! ». En 2026, la FFCU fêtera son 70ème anniversaire dans un contexte de conflits et de montée des propos haineux qui renforce son utilité sociale. L’Europe que nous pouvions penser à l’abri malgré l’intervention de pays membres dans des luttes armées loin de nos frontières est aujourd’hui directement menacée.

Parler de paix n’est plus tendance !

Le propos (éduquer à la Paix) peut paraître marginal tant le climat ambiant est belliqueux. L’élection récente de Donald Trump, un bien mauvais signal pour le dialogue, les droits des femmes, la démocratie, ne pousse pas non plus à l’optimisme. J’ai d’autant plus envie de réaffirmer avec d’autres acteurs et actrices de la coopération et de la solidarité internationale que nous ne lâcherons rien sur le terrain de l’Humanisme et de l’Ecologie.

Plus les populismes en tout genre gagnent du terrain, remportent l’adhésion d’une plus large audience, plus il devient difficile de se faire entendre dans le brouhaha, les invectives, les manipulations idéologiques. C’est en soi une manière d’exercer un rapport de domination qui l’emporte sur tout autre considération, doublée le plus souvent d’une vision décomplexée de l’outrance.

Voici une émission de France Culture qui décrypte le contexte très particulier dans lequel les nouvelles générations créent leurs repères et cultivent leur rapport au monde.

La première édition nationale des Rencontres coopératives pour une paix durable s’inscrit dans une volonté de fédérer, de partager nos expériences, de trouver des pistes de solution face à l’adversité. Elle émane de la volonté d’un collectif d’associations. Ces structures citoyennes ont le souci du dialogue interculturel, de la mise en œuvre programmée des objectifs de développement durable, du respect du droit international.

Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous

Nations UNIES Objectif de Développement Durable 16 : Paix et Justice

Parmi les propositions faites lors des échanges à Rennes, je retiens celle de la présidente de la Maison de l’Afrique à Nantes, Mariam Sao : créer un annuaire pour mieux promouvoir la valeur et la portée de nos initiatives citoyennes, favoriser l’interconnaissance et l’échange de bonnes pratiques.

Souvenir d’une intervention conjointe à l’invitation de la diaspora africaine avec Abdou Diome, référent régional de la FFCU et coordinateur d’un projet coopératif impliquant plusieurs lycées bretons dans des partenariats au Sénégal

Un socle : le partenariat

Chacune de ces associations a ses propres réseaux, ses modes d’action et de réflexion, ses terrains et sujets de prédilection. Je les cite sans exception car chacune apporte une contribution spécifique par sa mobilisation et ses savoirs. Je souligne au passage la participation exemplaire de la diaspora africaine.

Fédération Française des Clubs UNESCO, Mata Niger, Timilin, Echange Solidarité Partage France-Sénégal, InterPlus Value, ABADAS, Collectif Ubuntu, COSIM Bretagne, Diaspo Afrik, Forum Afrique Monde, Maison Internationale de Rennes, Maison de l’Afrique à Nantes, Mouvement de la Paix, SITALA, Union des Burkinabés du Grand Ouest de la France, Cacao pour la Paix

J’apprécie de voir dans la salle des jeunes, des femmes et une grande diversité de profils réunis par une nécessité : ne pas se regarder le nombril ou, à l’inverse, ne pas se regarder dans le blanc des yeux.

La rencontre n’échappe pas aux besoins des unes et des autres d’attirer l’attention sur tel ou tel conflit, notamment une jeune congolaise qui questionne des intervenants sur ce qu’elle appelle les guerres oubliées, en évoquant les drames passés sous silence par la communauté internationale dans la région des Grands lacs.

Pour en savoir plus sur l’actualité de négociations et d’espoirs qui restent dans l’impasse, voici un article publié le 17 décembre par RFI. Conflit dans l’est de la RDC: après l’annulation du sommet de Luanda, Kinshasa prend la communauté internationale à témoin

Des chercheurs engagés pour la Paix

Parmi les invités qui s’expriment, je m’intéresse à Anicet Liliou. Il est le créateur de l’Institut de Recherche pour la Paix au Sahel. Le site de cette association précise la mission que ce sont donnés les chercheurs de la diaspora à l’initiative du projet lancé en 2022 : « contribuer au développement d’une culture de la paix à travers une meilleure compréhension des enjeux sécuritaires et des pratiques en matière de protection des droits humains et du droit international humanitaire ». Vaste programme !

L’approche d’Anicet Liliou est nourrie de sa culture de jeune sahélien. Elle développe une analyse bien différente de ce que donnent à voir certains médias français, distants et critiques vis-à-vis des pouvoirs militaires en place au Mali, au Niger, au Burkina Faso. Ces trois pays dont les Etats ont tourné le dos à la France, avec un effet domino depuis la crise des relations entre Paris et Bamako, n’ont pas implosé. « Pourquoi ? » interroge le jeune chercheur dans son exposé qu’il conclut en proposant cette lecture. « La paix vient de l’intérieur ».

Minusma et CEDEAO sont dans un bateau. Minusma et CEDEAO tombent à l’eau, qui pourrait donc sauver le Sahel du chaos ? La lutte ciblée contre les groupes armés qui sèment le trouble et la terreur, créent à dessein les conditions d’instabilité favorables aux trafics en tout genre, fait aussi peser toutes sortes de menaces sur les populations. Peut-être que seul ces populations, mêmes démunies, peuvent démontrer qu’elles sont en capacité de réussir, là où la communauté internationale a échoué à plusieurs reprises.

Cela n’est pas sans poser problème et un réel embarras dans le paysage géopolitique comme l’atteste un article publié le 16 décembre. AES signifie Alliance des Etats du Sahel, une décision actée il y a plus d’un an de façon unilatérale par les gouvernements des trois pays concernés. La fiche wikipedia vient d’être mise à jour.

Cédéao: six mois de plus après le retrait des pays de l’AES, pour faire quoi?

Rompre avec les ressorts et logiques de domination

Temps fort des rencontres, la proposition de Gwennyn Tanguy autour d’une conférence gesticulée intitulée « Comment ne pas se laisser détruire ? » a marqué les esprits. Elle a permis à chaque participant de prendre en considération d’autres manières de poser le débat, de réfléchir à sa propre posture et au schéma de pensée qui sous-tend nos engagements, nos convictions.

Le parti pris d’interroger simultanément lors d’une des deux tables rondes la question des droits humains et celle qui nous renvoie aux enjeux de préservation des écosystèmes naturels est un marqueur intéressant. Nous pouvons intégrer plus facilement l’ampleur du défi sans chercher à nous cacher derrière le petit doigt ou trouver des circonstances atténuantes à nos paradoxes, à nos peurs.

Rendez-vous à Bordeaux en décembre 2025

La Fédération Française des Clubs UNESCO a déjà officialisé les dates des prochaines rencontres nationales. Elles auront lieu à Bordeaux les 11, 12, 13, 14 décembre. Une visio organisée en mai avec différents membres de ce réseau national m’a permis d’identifier notre interlocutrice sur place … une bretonne !

D’ici décembre, une décision prise à Paris dans les locaux de France Médias Monde sera rentrée en vigueur : la fin de l’aventure Mondoblog-RFI. J’y vois le signe de vents contraires. L’annonce brutale de la fermeture de cette plateforme numérique francophone alimentée bénévolement depuis quinze ans par une multitude de lauréats et lauréates du concours Mondoblog est à mes yeux un contresens historique.

Il faudrait au contraire renforcer le consensus et les synergies quant à l’importance et l’urgence d’accompagner, de façon professionnelle mais non formatée, la création de contenus qui intègrent les enjeux d’éducation à la Paix. A l’ère du numérique et de l’impact avéré des réseaux sociaux sur le devenir de nos démocraties, c’est un préalable pour construire, en partant d’initiatives citoyennes, un futur désirable et vivable, dans le respect de la diversité.

24 mai, Québec, déclaration commune de Ministres de la Culture pour défendre la diversité culturelle et linguistique

Un document institutionnel ouvre la voie à un changement historique sur un volet stratégique, la découvrabilité des contenus. Il engage l’ambition partagée des Etats signataires par la voix des Ministres de la Culture de l’espace francophone réunis à Québec lors d’une conférence internationale. Voici la déclaration adoptée le 24 mai 2025 et le communiqué de presse.

Mon incompréhension n’en est que plus grande. Mondoblog n’a pas attendu cette déclaration pour faire œuvre utile.

Agir et coopérer selon sa propre échelle

Pour finir cet article sur une note plus positive, voici un exemple concret pour passer des discours aux actes en matière de coopération et d’éducation à la Paix en s’appuyant sur le bénévolat et le partage de savoir. Il s’agit d’une initiative internationale, coopérative, citoyenne. Ce festival nomade dans la campagne bretonne n’existerait pas sous cette forme sans l’expérience personnelle et les réseaux que j’ai développés en contribuant pendant dix ans à Mondoblog.

En 2014, mon échelle d’action se limitait au territoire d’une élue locale investie dans la Culture, invitée à témoigner par l’Observatoire national des politiques culturelles dans différentes régions françaises. Mais j’avais déjà pour cadre de référence l’Agenda 21 Culture et le réseau mondial des Cités et Gouvernements Unis locaux (CGLU).

Paysages #5, bienvenue à Pontivy – Festival Paysages, rencontres poétiques de Motten Morvan

La Fédération Française des Clubs UNESCO est partenaire de l’événement, ainsi que The Festival Academy, le festival Bideew au Sénégal et Les prochaines éditions au Québec.

Le festival Paysages représente la France dans un dispositif de mobilité mondiale de promoteurs culturels qui nous a permis d’accueillir en Bretagne en 2023 Mané Touré, productrice culturelle à Dakar, créatrice du festival Bideew en zone rurale

C’est avec une grande joie et le sentiment de faire œuvre utile que j’accueillerai début juillet à Pontivy Queen Rima, Prix Découvertes RFI 2025, Vieux Mac Faye, grand guitariste sénégalais basé à Dakar, Watson Charles, poète haïtien lauréat 2025 du Prix du premier recueil de nouvelles décerné par la Société des Gens de Lettres, Stève-Wilifrid Mouguengui, poète et éditeur originaire du Gabon et, je l’espère fortement, mon amie Mané Touré.

Témoignage de Mané Touré sur son expérience du festival Paysages #3

L’Afrique sera également représentée cette année à l’occasion d’un forum virtuel participatif en français que j’organise pendant le festival Paysages en partenariat avec Les prochaines éditions, à destination des jeunes chercheuses et chercheurs.


De Chérie coco à Chocolat de Queen Rima, on est à Anoumabo pour le show

Chérie coco, ça ne vous rappelle rien ? Le tube de Magic system co-écrit avec Soprano a inondé les radios en 2011. Ce titre extrait de l’album Toutè kalé s’est placé illico sur la première marche du podium dans les discothèques. Discothèque ! Existe-t-il un autre nom à part boîte de nuit pour décrire les ambiances select ou survoltées de corps en sueur sous les boules à facettes ? Tant d’expressions se sont imposées depuis l’incroyable époque du disco. On pourrait penser que ce soit le cas pour les lieux de rencontre associés à l’idée de fête, de jeunesse, mais aussi aux logiques de consommation de masse qui caractérisent si bien l’industrie musicale et sa capacité d’adaptation, de mode en mode. A moins que ce ne soit cette industrie elle-même qui en définisse les codes. Rap’thèque peut-être ? De Chérie coco à Chocolat, deux titres qui font danser, la scène africaine distille chaleur, joie et optimisme, et bien plus encore. Nous avons besoin de cette créativité dans les sociétés « occidentales » qui se calfeutrent d’autant plus que les discours servis en boucle par les médias donnent envie de rester couché ! Or la France a perdu 70% de ses discothèques depuis l’âge d’or des années 80, dont 30% depuis la Covid-19.

Chérie Coco au temps des mauvais garçons

Les mots « club », « dancing » ouvrent nos imaginaires à d’autres répertoires, à d’autres époques, du jazz aux danses de salon. A chacune de ces époques, depuis la déferlante du blues, la musique africaine a généré sa part de flux et de vente planétaire. En janvier 2011, avant la sortie de Chérie Coco, Magic System fait déjà un carton avec Ambiance à l’africaine.

Il y a longtemps que la jeune génération a oublié jusqu’à l’existence de bals clandestins pendant la deuxième guerre mondiale, l’arrestation des accordéonistes et autres joueurs d’orchestre, jusqu’au fin fond de la campagne bretonne. Le collé-serré de ce moment tragique de l’Histoire s’appelle java et sent le souffre pour les pudibonds. Les danses américaines renouvellent le vocabulaire et le rapport à la modernité.

Nous sommes encore bien loin du phénomène Magic System, mais très près d’une certaine exposition universelle à Paris, sur lesquels les scientifiques se penchent finalement depuis peu de temps. Faire le show, au sens du buzz médiatique et de la logique lucrative, c’est ça !

Photo d’archive choquante avec notre regard du XXIè siècle. Il y a 100 ans les zoos humains faisaient un tabac. Ils ne concernaient sans doute qu’une partie de la population française alors à 80 % rurale. L’idéologie qu’ils véhiculent a imprimé durablement les mentalités.

« Les danses à la mode, tango, fox-trot, rumba, charleston, black-bottom, swing… se diffusent sur tout le territoire ; on danse encore la valse, la java et le paso-doble, mais de moins en moins les danses régionales. Lieu de rencontre amoureuse, lieu d’une possible émancipation des jeunes filles, lieu où la raison du corps prévaut, le bal est pour certains synonyme de débauche. Néanmoins aucun pouvoir n’a jamais réellement interdit la danse. La situation qui s’ouvre en 1939 est inédite. »

Joel Drogland, 4 décembre 2021, article sur l’ouvrage collectif « Vous n’irez plus danser ! »
Janvier 2011, ce tube fait danser toute la France, même dans les plus petites villes. Chérie Coco sort dans la foulée le 21 mars 2011 avec un succès aussi fulgurant. Le clip comptabilise plus de 25 millions de vues. On y retrouve Kamini, et Soprano co-auteur du texte.

Anoumabo : carrefour mondial des musiques africaines grâce à Magic System

Anoumabo est un important quartier d’Abidjan. Alif Traoré, alias Asalfo, leader du groupe Magic System, est natif de ce village. Il y a créé en 2008 un festival qui est une des plus grandes références du continent : le festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua). Il en est toujours le commissaire général.

La 17è édition s’est déroulée du 15 au 20 avril dans une grande ferveur. Angélique Kidjo, marraine de l’événement, a pu y rencontrer Queen Rima, lauréate du Prix Découvertes RFI, au lendemain de la prestation saluée de l’icône du dance hall à l’Institut culturel français de Côte d’Ivoire. La Guinée dont est originaire Queen Rima est le pays mis à l’honneur en 2025 au FEMUA.

Angélique Kidjo, également marraine du Prix Découvertes RFI 2025 aime rappeler l’importance pour les musiques africaines de se faire une part de marché, ce n’est pas qu’une question d’économie pour faire fructifier le potentiel de création et faire reconnaitre par les Etats la nécessité d’un statut de l’artiste. C’est un enjeu de reconnaissance culturelle, de mobilité et de visibilité.

« Le rêve que j’avais en partant que la musique de ce continent soit partout et que tout le monde la consomme est en train de se réaliser. Au moment où je vous parle, il n’y a pas de musique dans le monde qui n’ait pas d’empreinte africaine. »

Angélique Kidjo, 20/04/25, FEMUA, Anoumabo, abidjan (voir la video) TV5 Monde Afrique
Marraine du FEMUA 2017, Angélique Kidjo annonçait le 18 février 2025 le nom de l’heureuse lauréate du Prix Découvertes RFI au monde francophone, une de ses fans les plus ferventes : Queen Rima. Cette photo marque le début d’une longue aventure internationale pour la jeune artiste guinéenne qui ne s’est encore jamais produite en dehors du continent africain.

Chérie coco au temps de Queen Rima, changer les codes

Vladimir Cagnolari, co-producteur de la célèbre émission L’Afrique enchantée diffusée sur France Inter et auteur du podcast Afrofuturismes est présent bien sûr. Ce n’est pas un hasard si commence à Abidjan le voyage en cinq épisodes qu’il nous propose sur RFI, radio publique dont il est directeur-adjoint en charge de la musique depuis juillet 2024. Le concept ? Nous sommes en 2019, mais le narrateur nous invite à nous projeter en 2069. Cela me rappelle au passage l’invitation que j’avais faite aux lauréats Mondoblog à Dakar en décembre 2015 : fais moi rêver !

#Afrofuturismes 1/5 : Les super-pouvoirs de l’imagination – Afrofuturismes

Ce que les prospectivistes appellent les germes de changement est très visible en Afrique, témoigne Souleymane Bachir Diagne dans le premier épisode de la série. Il ne faut pas tomber dans un optimisme délirant, précise-t-il, mais nul ne peut nier que le continent fourmille d’exemples inspirants. La jeunesse démontre chaque jour sa capacité à créer, à développer des solutions à partir de ses propres ressources et visions des enjeux du monde contemporain.

Les nouvelles générations vivent un moment historique, car elles sont capables de s’approprier à la fois une histoire trop longtemps passée sous silence et des perspectives d’avenir à inventer sur d’autres critères que les vieux modèles qui ont perduré malgré les indépendances.

Le FEMUA est là pour le souligner. L’apport spécifique de toute une économie culturelle à la marche du monde, à l’évolution de nos pratiques et de nos représentations, vient du continent africain et de sa diaspora. Cette évolution du regard intervient dans une période troublée où les marges de sortie de crise semblent se rétrécir en Europe et aux USA. Car rien dans l’actualité, et surtout pas la parole des dirigeants occidentaux, ne peut plus illusionner le reste de la planète sur la base de valeurs humanistes, tant celles-ci sont mises à mal et semble avoir perdu tout crédit.

Si Chérie Coco et Ambiance à l’Africaine ont été des tubes et des valeurs sûres pour l’industrie musicale, ces morceaux portent la marque d’un passé récent où l’affirmation de points de vue africains, construits sur d’autres imaginaires, d’autres mises en récit, n’a pas encore fait chanceler les idéologies dominantes forgées et instaurées pendant plusieurs siècles par les anciens empires coloniaux. En 2011, une étude dont les résultats seraient très différents en 2025, permettait au journaux de titrer « La paix dans le monde a légèrement progressé ».

 « C’est dommage que dans un club branché, on entende Magic System et pas d’autres groupes africains. » Asalfo, citation dans un article RFI, avril 2011, intitulé « La méthode Magic System »

Le clip de Chérie Coco reprend des clichés très présents dans l’industrie musicale, encore aujourd’hui, alors que les femmes ont pris une autre place dans l’espace public. Même s’il s’agit d’humour et de légèreté, de faire la fête, cela conforte l’idéologie dominante.

Il faudrait prendre le temps de décrypter le langage de l’image et s’intéresser aux représentations qu’elle véhicule. Il y a vraiment matière. Si j’aime Queen Rima et ses propositions, c’est parce qu’elle est parfaite dans son rôle d’artiste raccord avec son époque. La voir évoluer au fil des années offrira des clés de lecture d’un monde et de rapports de domination en train de changer profondément. C’est la raison pour laquelle je lui ai proposé en février de ne pas attendre pour archiver dans un film documentaire ce qui lui semble important d’exprimer aujourd’hui en tant que femme, en tant qu’africaine.

Il n’est pas si fréquent de pouvoir suivre les premiers pas d’une jeune artiste ayant créé son label indépendant à Conakry, Ouria Music, et qui n’a encore jamais mis les pieds en Europe. Queen Rima recevra le trophée du Prix Découvertes RFI dans sa ville natale le 31 mai 2025 avant de s’envoler pour Escale Bantoo à Yaoundé, un festival qui promeut chaque année une dizaine de femmes artistes.

Je suis ravie d’avoir rendu possible en 2024 la programmation de Queen Rima dans ce bel événement de juin prochain dirigé par une femme. Vous pouvez entendre le directeur artistique de ce festival, Tony Mafé, et des témoignages dans cette courte vidéo.

Pour un salon dont l’ambition est de contribuer efficacement au changement, il est important de pouvoir bénéficier de l’exceptionnelle visibilité du Prix Découvertes RFI, alors même que la tournée africaine de Queen Rima organisée par RFI n’a pas encore commencé, en dehors du concert à l’Institut culturel français d’Abidjan le 15 avril.

Comme l’est le FEMUA, où elle a été prise d’assaut par les médias, cette nouvelle expérience sera très instructive pour mon amie de Conakry. Si Queen Rima a déjà un solide bagage et de quoi vivre sur ses acquis, ce serait mal la connaître de croire qu’elle peut laisser passer une occasion d’agir et de s’engager.

Son tempérament et sa force de travail donnent à cette cette jeune femme étonnante le statut d’ambassadrice des droits des femmes, sans avoir à se justifier ni risquer de tomber dans le piège des discours sans réelle profondeur.

Queen Rima ne peut pas servir de faire valoir. Chérie coco a pris le pouvoir !

Contrairement au clip de Magic System, le clip Chocolat est réjouissant du seul fait que les femmes y occupent le terrain. Je ne les voie pas comme des objets de désir. Elles incarnent leur propre désir, leur propre puissance. La figure masculine principale dans la vidéo renvoie à la beauté, la séduction, la complicité avec beaucoup de douceur. La subtilité va jusqu’à l’assoir dans un fauteuil, où le danseur pourrait incarner magnifiquement le rôle du mâle dominant. Mais cà, c’était avant !

« Le Femua a confirmé une fois de plus sa place de carrefour essentiel des cultures africaines, où la drill d’Himra et le dancehall made in Guinea de Queen Rima se sont rencontrés pour dessiner l’avenir musical du continent. »

Marine Jeannin, RFI, voir l’article

B comme Bonus

Queen Rima : la voix libre de la Guinée enflamme la scène de l’Institut français d’Abidjan – Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat

Himra, 30 000 spectateurs, concert de clôture du FEMUA, dimanche 21 avril 2025


Prix Découvertes RFI : Queen Rima est l’icône d’une révolution culturelle

Mardi 18 février, Angélique Kidjo, présidente de jury du prestigieux Prix Découvertes RFI, a révélé le nom de la lauréate 2025. Vague d’émotion à Conakry, liesse générale en Guinée, tsunami de joie dans mon salon en Bretagne. Queen Rima l’a fait ! Le rêve inaccessible se réalise. Enfin ! Cette reconnaissance mondiale assortie d’une aide de 10 000 euros et d’une visibilité incomparable est un graal pour l’artiste de musique urbaine la plus primée de son pays. La victoire tant espérée depuis une première sélection en finale en 2022 va changer sa vie d’artiste. RFI propulse la chanteuse de 27 ans sous les projecteurs à une tout autre échelle que celle du continent africain, où Queen Rima remplit déjà les stades à elle toute seule.

Son style inimitable allié à la volonté de toujours se surpasser font d’elle une athlète de haut niveau prête à donner le meilleur sur toutes les scènes où elle sera invitée. Queen Rima a un mental d’acier et la souplesse d’une danseuse de dancehall. Elle a le flow d’une guerrière et le charme affirmé d’une femme en phase avec son époque, libre, indépendante, audacieuse, une héroïne africaine des temps modernes, jusqu’au bout des ongles.

Françoise Ramel

Queen Rima, une étoile est née (a star is born)

En préambule, je partage cet instant live, car comme le dit si bien Lady Gaga, ce n’est pas de victoire dont il s’agit, mais du travail qui permet d’y arriver, de la capacité d’une artiste à ne jamais renoncer. Il s’agit de la force intérieure qui la pousse à poursuivre son rêve quoiqu’il lui en coûte.

Ce billet Plan B n’est pas le premier que je consacre à Queen Rima. Il y est question de succès bien sûr et des formidables perspectives qu’offre l’espoir justement récompensé. J’y partage ce qui fait selon moi de Queen Rima une lauréate hors du commun, une artiste à part. Intelligente, indépendante, créative, combative, elle est portée par un engagement et des convictions. Elle a su digérer les déceptions, faire preuve de patience pour atteindre son but. Elle aborde sa carrière depuis mardi comme si tout commençait … maintenant !

Magnifique moment où l’émotion prend le pas sur les apparences et les postures superficielles dont les américains, maîtres incontestés du star-system et du making money, sont si friands. Nous leur devons dès les années 30 le concept de show-byz qui dit bien ce qu’il veut dire. Le continent africain est à l’aube du développement de son industrie musicale, même s’il a fourni de très grands noms à la scène mondiale, dont Angélique Kidjo. Les artistes y sont plutôt confrontés au lacking money (absence d’argent) et au système D.

Créatrice, performeuse, elle a tout d’une grande

Pour entrer dans l’univers de Queen Rima, quoi de mieux qu’un medley assorti de commentaires que vous ne trouverez nulle part ailleurs dans les médias.

D’abord vous voyez le décor ? D’accord, la scène improvisée pour l’occasion tient plus de la chambre d’université que d’un plateau dédié à la performance. Je ne déforme pas la réalité en parlant de « lacking money ». Queen Rima transcende pourtant ce lieu impersonnel par sa seule présence et ses choix simples. Elle crève l’écran !

Session live medley de Queen Rima pour la finale du Prix Découvertes RFI 2025- Création tenue : Queen Rima

Sa tenue vous surprend ? Suite à l’annonce du résultat, j’ai vu passer mardi la première critique sur les réseaux. « La lauréate ne porte pas l’habit traditionnel, elle ne mérite pas ce prix. » J’étais scotchée de voir que la première réaction sur la page Facebook de RFI Musique porte sur ce type de critère. Une compétition musicale internationale avec un tel niveau d’exigence n’est ni l’élection Miss Continent, ni un concours de beauté aux couleurs de chaque pays représenté.

J’aime le choix de Queen Rima, même si j’ai été surprise moi aussi. Il traduit la liberté de l’artiste, la façon dont elle ne copie personne. Elle joue du métissage entre héritage culturel et ses propres références contemporaines. Elle invente le secret de son charme fou, sans chercher à l’exprimer de façon trop évidente ou trop attendue.

Ni robe, ni pagne, ni pantalon, ni short, ni paillettes

Si l’ensemble lui donne l’allure d’une écolière bien sage, un rien taquine et coquette dans le choix des accessoires, la salopette renvoie au code du vêtement unisexe, à l’habit de chantier (à Mario Kart si vous préférez et à sa version féminine, qui renvoie aux clichés ultrasexistes classiques sur internet).

Cette salopette trouée aux genoux – un détail qui n’en est pas un -, Queen Rima l’a customisé, anglicisme auquel je choisis ici de préférer costumisé. Le mot n’existe pas dans la langue française, je ne vois pas pourquoi, il sonne bien. Le vêtement créé par l’artiste arbore un symbole national, le lépi.

Appelé communément pagne indigo et originaire de la région de moyenne Guinée, le lépi est un tissu emblématique de la Guinée Conakry. Pagne représentant l’ethnie Peul par excellence, il est porté lors de mariages, cérémonies et autres grandes occasions.

On peut le dire, tenter pour la troisième fois de décrocher le Prix Découvertes RFI, c’est une grande occasion ! En salopette, fallait quand même oser !

Queen Rima est une guerrière

Queen Rima aime le détail, les symboles, les références. Celles dont je n’ai jamais entendu parler de préférence ! Je vais combler illico mes lacunes. Le film dont elle me parle, The Woman king, est en accès sur Netflix depuis quelques jours.

Je m’interroge sur le choix de la ceinture sur sa tenue. J’ai bien compris que l’allusion n’est pas celle de la sacoche banane que certains rappeurs portent comme un objet de luxe sur leur jogging. Je doute que ce soit une manière chic, made in Conakry, de porter des outils de bricolage en guise de kit de survie. Que viendrait donc faire Mario Kart dans l’histoire, oui encore lui ! Un nécessaire à maquillage peut-être alors ?

A aucun moment l’idée de la femme guerrière ne m’a traversé l’esprit. Tout simplement parce que je ne suis pas africaine. Je ne porte pas sur mes épaules le poids que portent les femmes du continent noir, simplement parce qu’elles sont nées femmes. Je ne porte pas le poids d’une domination coloniale dont les traductions contemporaines restent très visibles dans les pratiques, les schémas de pensée, les paysages, jusqu’à nos mobilités.

L’écart que la vision du progrès héritée de cette idéologie ne cesse de creuser de façon sordide, immorale, entre les peuples les plus riches et les peuples les plus pauvres, montre que nous ne sommes pas sortis d’affaire.

Alors oui, je peux comprendre le combat, tel qu’il résonne dans l’imaginaire de Queen Rima, mais aussi tel qu’elle le vit de façon très concrète pour accéder à son rêve, chez elle, dans son pays. Je comprends sa fierté de ramener le Prix Découvertes RFI en Guinée-Conakry.

En 2022, avec son titre Boss Up, Queen Rima bouscule les codes et passe ses messages dans un clip à l’esthétique léchée signé Idyllique. Son audace et le succès du morceau lui ouvrent les portes de la finale du Prix Découvertes RFI quelques mois plus tard. Depuis mardi, le nombre de vues est monté en flèche. 60 000 vues, cela peut paraître insignifiant. Nous verrons les chiffres dans un an, après tournée.

Une formidable marraine

Sa splendide victoire, Queen Rima la doit avant tout au vote du public qui l’a placée en pole position. Le jury présidé par Angélique Kidjo s’est rangé à cet avis en saluant le talent des neuf autres finalistes. Quelle chance inouïe pour mon amie de Conakry d’avoir pour marraine l’artiste qui a remporté aux Grammy Awards 2022, et pour la quatrième fois depuis 2015 s’il vous plaît, le prix du meilleur album de Musique du monde pour « Mother Nature ». S’ajoute à la liste le premier Grammy Awards remporté en 2007 à l’âge de 47 ans.

Cette force intérieure exprimée par une femme pour promouvoir la richesse de la création africaine au plus haut niveau trace le chemin pour toute une génération. Angélique Kidjo ouvre des horizons qui trop souvent semblent s’éloigner au fur et à mesure qu’une artiste en émergence semble pouvoir accéder à une nouvelle visibilité internationale, sans dévier de ce qui nourrit son art, sa singularité, son identité.

« Je viens de voir passer devant ma fenêtre le visage du dieu de l’Amour et de la tendresse. Ne soyons pas inquiets maintenant. Pensons… L’amour de notre mère terre si nous lui donnons suffisamment, elle nous emportera loin ». Cette traduction des paroles de « Agolo » est parfaite pour traduire l’émotion de Queen Rima, celle de ses proches, de ses fans, et bien sûr la mienne, mardi matin.

Les mots d’Angélique Kidjo

La nuit précédent l’annonce des résultats, j’écrivais à Queen Rima : « tu as fait ton possible comme toujours. Tu as déjà surmonté deux déceptions. Je sais que c’est difficile de toucher le sommet et de voir la victoire t’échapper. Tu peux être fière d’avoir pour marraine Angélique Kidjo cette année. C’est une très grande dame. J’espère qu’elle aura perçu ta grande humanité au-delà de tes choix artistiques. Je te souhaite une très belle journée demain, quelle que soit la décision du jury. Je croise les doigts pour que tu sois l’heureuse lauréate 2025 ! »

Un des titres préférés de Queen Rima, « Agolo« 

« La lauréate cette année sera Queen Rima, parce que sa détermination m’a vraiment touchée, ça faisait la troisième fois qu’elle se présentait, c’est-à-dire que vraiment, elle en veut, et j’ai aimé sa prestation aussi. J’ai aimé le fait que, en tant que jeune femme, elle fasse du dancehall. C’est une artiste qui a une volonté, une détermination pour avoir une carrière. Si on lui donne la chance d’avoir une carrière et qu’on l’entoure bien, elle peut avoir une longue carrière. Elle peut nous étonner. Elle peut faire beaucoup de choses avec sa voix. C’est pour ça que, à l’unanimité, avec les voix du public, on a voté pour Queen Rima.« 

Angelique Kidjo, Présidente du jury et Marraine du Prix Découvertes RFI 2025

La reine de Conakry attendue en Europe depuis 2024

Avec cette belle distinction, l’Europe est à portée de vol. Queen Rima aurait dû s’y produire l’an dernier grâce au festival FIGAS à Blois. Sa candidature avait été retenue par un jury international. Si j’ai fait le déplacement dans cette ville royale du Val de Loire, c’était uniquement dans l’espoir de revoir ma reine sur scène.

Espoir déçu. Bloquée dans l’attente d’un visa, Queen Rima a été privée d’une rare opportunité de se voir ensuite programmée au Canada et ailleurs, grâce à ce festival de référence dont j’ai vraiment apprécié l’esprit et la convivialité.

Je vous invite d’ailleurs à faire un tour sur la plateforme Arte Radio pour y découvrir la Saison 3 de Blablabost, série de podcasts dédiée au FIGAS.

Queen Rima attendue au Gabon
Novembre 2024, Queen Rima prête au décollage pour le Gabon. Crédit : Queen Rima

« Mama Angélique Kidjo est mon idole depuis longtemps. J’ai oublié ma souffrance de 2022 et de 2023. Tout ça s’est envolé au moment d’entendre Angélique Kidjo prononcer mon nom. Je remercie que le temps ait permis que cela arrive, et de cette façon. Je me vois en elle. En m’inspirant de cette immense artiste, en suivant ses précieux conseils sur mes choix, je vais beaucoup apprendre. Je la remercie infiniment, ainsi que le public et les membres du jury pour ce moment incroyable, tant espéré, qui marque un tournant historique dans ma carrière musicale.« 

Queen Rima, « Couleurs tropicales », au micro de Claudy Siar, 18/02/2025

Une aventure folle, voir le rêve d’une vie se réaliser

Sa première sélection en finale remonte à fin 2022. A l’heure de l’annonce du résultat, je frémis devant mon ordi jusqu’à la dernière minute avec l’espoir fou que les portes s’ouvrent en grand pour Queen Rima. Le 8 mars de cette même année, Queen Rima était l’invitée de Femmes de caractères. La sortie de son EP « Température » offrait une belle occasion de publier dans la foulée un article sur Music in Africa, un autre sur Plan B. Avec son titre choc « Boss up », au clip particulièrement soigné et novateur, je suis alors persuadée que Queen Rima a toutes ses chances dans une compétition internationale de ce niveau.

Crédit Françoise Ramel
19/11/2022, fébrile devant mon écran, j’espère que l’artiste qui passera à l’antenne sera Queen Rima. Je suis heureuse pour Black AD, 18 ans, Bamako. J’archive en direct ce moment historique, seule dans mon salon en pensant à la profonde déception de mon amie Queen Rima, à Conakry.

Mais le prix revient à Black AD pour son titre « Mali ». Elle n’a que 18 ans. Qu’importe, l’espoir, l’espoir toujours, Queen Rima est à nouveau finaliste en 2023. Scénario identique, cette fois le Prix Découvertes RFI couronne Jessy B, rappeuse congolaise. Ce n’est ni par désintérêt, ni par superstition, je n’ai jamais regardé d’autres directs du Prix Découvertes RFI. J’ai même été carrément surprise quand j’ai su que Queen Rima participait à la finale pour la 3ème fois consécutive. Où trouve-t-elle donc une telle force pour prendre le risque d’être à nouveau déçue ?

Queen Rima incarne le changement

Plan B comme Music in Africa n’ont pas attendu la consécration du Prix Découvertes RFI pour apporter à la jeune guinéenne une audience et une reconnaissance à la hauteur de son engagement remarquable. Queen Rima se bat pour sa musique comme une sportive se prépare chaque jour pour des Jeux Olympiques ou une course du Vendée Globe.

Salut amical au passage à l’extraordinaire Violette d’Orange et à toute son équipe ! Autre icône d’une révolution culturelle entrée à 23 ans dans la grande Histoire de France.

En attribuant la première et unique place à Queen Rima, le Prix Découvertes RFI fait entrer cette jeune artiste dans la grande Histoire de la Guinée-Conakry. C’est énorme, mais c’est plus encore. Queen Rima accède au statut de symbole pour l’Afrique toute entière, en portant avec talent, générosité, audace, l’étendard des femmes, du changement, de nouvelles relations entre les genres, mais aussi entre les générations, sans oublier l’étendard de la diversité, des langues africaines.

A mes yeux, elle est vraiment l’icône d’une révolution culturelle, dont nous avons toutes besoin. Comment vivre son identité de femme africaine, d’artiste africaine, si on ne commence pas par chanter et danser sa propre culture en y puisant ce qu’elle a de plus riche, de plus original à offrir au monde ?

Le génie artistique de Queen Rima se démarque des codes, des modes, tout en faisant bouger tout un continent sur des rythmes enflammés. Combien de fois ai-je rêvé de me téléporter à Conakry pour vivre cette fièvre du samedi soir, sentir l’effervescence de cette jeunesse, sa soif de réussite ?

J’ai toujours su que sa voix la conduirait loin

La voix, le talent sont la part essentielle de l’équation. Mais l’acharnement, la persévérance, l’audience sont la vraie clé du succès. Queen Rima a pour elle un don inné pour la scène, le dialogue avec le public. Cela fait des années qu’elle remplit des stades en Afrique sans jamais pouvoir s’exprimer sur d’autres continents.

Cette magnifique artiste est d’une incroyable résistance face à l’adversité, aux déceptions dont il faut se remettre rapidement pour continuer à créer. Créer du son bien sûr et du très bon son, avec les moyens du bord. Créer ses propres opportunités professionnelles est un défi tout aussi crucial à relever. Car il faut bien en marge du métier d’artiste trouver des solutions pour gagner sa vie avant de pouvoir espérer vivre de sa musique.

Depuis mardi, Queen Rima n’a plus une minute à elle. Elle court d’interview en interview. Ce n’est que le début de l’engouement pour cette jeune guinéenne propulsée au premier plan. Dans un passé pas si lointain, des artistes qui ont marqué de leur empreinte la grande histoire de la musique sont passés par là : Tiken Jah Fakoly, Rokia Traoré, Amadou &Mariam, Didier Awadi, pour ne citer que ces lauréats du Prix Découvertes RFI.

Queen Rima
La lauréate est prête à se produire devant les nouveaux publics qui vont la découvrir en 2025 grâce à RFI – Crédit Queen Rima

Une énergie qui soulève des montagnes

Autrice, compositrice, interprète, Queen Rima a pour elle l’expérience et l’amour de la scène. Elle travaille à la sortie de son premier album, chantier lancé dans un studio à Bamako en 2022, avec l’appui de son manager de l’époque Lamine Zoti.

De très nombreux prix lui ont déjà apporté reconnaissance et visibilité. Sacrée meilleure artiste féminine de dancehall en 2017 au festival Simandou, à Zerekorébre en Guinée, Queen Rima décroche au Niger en avril 2018 le Prix de Meilleure artiste féminine au Festival Sahel Hip Hop, puis en 2019, celui de la meilleure prestation scénique à Dakar, au Festival Yakaar, dédié aux musiques urbaines.

Depuis mardi, les messages de félicitation arrivent de partout

En 2023, Queen Rima remporte le Féminia d’Or qui récompense l’entreprenariat féminin en Guinée et en Afrique de l’Ouest. C’est à Ouagadougou à Afrobeat en mai 2024 que sa percée exemplaire sur la scène musicale africaine rallie public et experts à sa cause, dans un même élan. Elle rentre à Conakry avec le Marley d’Or Espoir sous les acclamations de la foule. J’aurais aimé vous montrer ces images incroyables, pleines de vie et d’amour.

En 2025, le sacre suprême auréole enfin son destin grâce à RFI et braque les projecteurs sur la filière musicale guinéenne. Mission accomplie !

Grâce à mes contacts, Queen Rima était à l’affiche d’un festival dédié aux Voix des femmes mis sur pied par des professionnels reconnus. En novembre, elle était à l’affiche du SICA au Gabon. Ces rendez-vous ont apporté une nouvelle visibilité à l’artiste de l’année récompensée par le Marley d’Or Espoir à Ouagadougou.

Bientôt le premier album

Parmi les vidéos postées par Queen Rima sur les réseaux, en voici une que j’aime tout particulièrement. On y découvre le flow de l’artiste, son humour, son sens des punchlines. Il fallait penser à faire rimer « je vise le disque d’Or », « tu crois que je dors », « j’ai pas commencé encore » avec … alligator ! Le message derrière les jeux de mot est très clair.

« Vous pouvez critiquer, dire ce que vous voulez. Moi je sais où je vais, vous n’avez encore rien vu ! »

J’aime aussi cette photo reçue de Bamako quand Queen Rima commençait à y enregistrer son premier album. C’était en septembre 2022. Grâce au Prix Découvertes RFI, ce projet qui comprend une douzaine de titres va désormais voir le jour et contribuer au succès planétaire de la musique guinéenne. Un objectif que la jeune créatrice n’a jamais perdu de vue.

En studio à Bamako, septembre 2022
En studio à Bamako, l’aventure du premier album commence. A gauche de la future lauréate Prix Découvertes RFI, son manager de l’époque, Lamine Zoti, à sa droite, un photographe de Tombouctou à qui j’avais demandé de bien vouloir se rendre sur place. Mohamed Aguissa fait partie de l’équipe du Festival au Désert. Crédit : Queen Rima

L’histoire s’écrira comme elle a commencé, avec le public

Je suis certaine de ne pas me tromper sur le potentiel de cette star internationale, et ce depuis notre rencontre au Niger en avril 2018. Je sais qu’elle n’a pas fini de nous surprendre et de tout déchirer (si cette expression est encore utilisée !). Plus qu’une artiste promise à un bel avenir, ce qui me touche, c’est d’avoir trouvé en Queen Rima une belle âme sœur.

Son style inimitable allié à la volonté de toujours se surpasser fait d’elle une athlète de haut niveau prête à donner le meilleur sur toutes les scènes où elle sera invitée. Queen Rima a un mental d’acier et la souplesse d’une danseuse de dancehall. Elle a le flow d’une guerrière et le charme affirmé d’une femme en phase avec son époque, libre, indépendante, audacieuse, une héroïne africaine des temps modernes, jusqu’au bout des ongles.

Et pourquoi pas à l’Olympia ?

Avec l’appui de RFI, vous avez toutes les chances de croiser Queen Rima dans l’année, sur les ondes, dans les festivals, ou dans le réseau des instituts culturels français. Comme moi, vous allez l’adorer.

Je fais un vœu pour clore cette semaine de bonheur. Je souhaite que Queen Rima puisse venir voir sa marraine sur scène à Paris. Angélique Kidjo, l’artiste africaine aux seize albums, est programmée le 26 septembre dans une salle mythique. L’Olympia a accueilli les plus grands de Edith Piaf aux Rolling Stones, des monuments de la chanson française à tous les grands artistes de jazz qui nous ont appris que l’Afrique est le berceau de la création musicale comme elle est le berceau de l’Humanité.

Pour écouter Angélique Kidjo parler de musique, de Culture, de l’Afrique, des artistes, d’avenir et de changement, c’est .

B comme bonus avec Lamine Zoti, Conakry

« Queen Rima a su terminer le combat que j’avais commencé, et c’est une immense fierté de voir son travail enfin récompensé. Elle a tenté sa chance pour le prix RFI à trois reprises, et en 2022, lorsque j’étais à ses côtés en tant que manager, nous avions espéré décrocher cette distinction, mais malheureusement, cela n’avait pas abouti. Aujourd’hui, en 2025, après tant d’efforts et de persévérance, elle est enfin lauréate de ce prestigieux prix. C’est une belle revanche sur le destin et la preuve que la détermination porte toujours ses fruits.

Dès le début, j’ai cru en son potentiel et en sa capacité à briser les barrières pour s’imposer sur la scène musicale. Son authenticité, son charisme et son engagement artistique lui ont permis de créer une identité unique qui résonne bien au-delà des frontières guinéennes. En tant qu’ex-manager, j’ai été témoin de sa détermination sans faille et de son désir constant de se surpasser. Elle n’a jamais reculé devant les défis et a toujours cherché à évoluer, à apprendre et à perfectionner son art. Son travail acharné, combiné à son talent naturel, lui a permis d’atteindre ce niveau de reconnaissance internationale.

Aujourd’hui, Queen Rima rejoint le cercle prestigieux de ses aînés Soul Bang’s, Sia Tolno et le regretté Papa Mory Kanté, qui ont marqué l’histoire en remportant ce prix avant elle. C’est une immense fierté pour la Guinée et une opportunité exceptionnelle pour elle d’élever encore plus haut sa carrière. Avec sa nouvelle équipe managériale, ce succès doit être un tremplin vers de nouveaux défis et de plus grandes ambitions.

Il lui faudra encore plus de courage et de détermination, comme elle l’a toujours montré, pour faire rayonner son talent sur la scène internationale. Ce trophée est bien plus qu’une simple récompense : c’est la concrétisation d’un rêve, le fruit d’années de travail, et la preuve que le destin finit toujours par sourire à ceux qui ne lâchent rien. »

Lamine Zoti
Cliché pris sur le vif, instant volé pour des regards qui respirent la confiance. Lamine Zoti est alors le jeune manager de Queen Rima, toujours disponible, à l’écoute, discret, efficace. J’ai toujours pu compter sur lui depuis cette rencontre. Merci Lamine ! Merci Agadez !
Crédit : Françoise Ramel – Caravane culturelle pour la Paix – Sahel Hip Hop #4 – Avril 2018


J’ai dansé sous la pluie au Sahara

Des pluies exceptionnelles se sont déversées courant septembre au Sahara, le plus grand désert du monde. Effet du dérèglement climatique ? Providence ou gratification de nature divine pour les croyants ? Simple loi physique ?

Dans la langue des nomades, le tamasheq, le mot « Tadalat » traduit à la fois « espoir » et « pâturage ». Un des proverbes les plus connus de ce peuple éclaté entre différents pays depuis la colonisation est aman iman, « l’eau c’est la vie ». Le retour actuel de la végétation dans le désert est un phénomène historique qui n’échappe ni aux observateurs, ni aux scientifiques. Des images satellites publiées récemment par la NASA et le programme européen Copernicus permettent de nous familiariser avec ces nouveaux paysages du Sahara.

Sahara vert, un rêve devenu réalité

Le terme de « réchauffement climatique » ne reflète pas l’une des réalités les plus problématiques de la hausse de températures : une forte perturbation du cycle de l’eau. Quand l’air est plus chaud, il peut contenir plus d’eau sous forme de vapeur. Je suis arrivée à M’hamid el Ghizlane le 13 septembre pour vivre l’expérience de ce phénomène, en parler avec les habitants et pouvoir témoigner.

Ce qui m’a frappée en premier lieu est un plaisir inattendu au Sahara pour la bretonne que je suis, habituée au crachin, aux nuages, aux orages. J’adore sentir la terre lavée par les averses. Là, dans cette oasis en danger, où j’aime à revenir depuis dix ans, j’ai senti pour la première fois au Maroc le parfum envoûtant d’une terre gorgée d’eau. Saviez-vous que cette odeur si particulière a un nom ? Le pétrichor.

Le lac Iriki, à sec depuis 50 ans, retrouve son écosystème de zone humide

J’aurai vraiment aimé prendre la piste pour me rendre au Lac Iriki dont j’entends parler comme d’un conte de fée depuis mon premier séjour à M’hamid el Ghizlane en 2014. En rapporter quelques clichés, un reportage radio, mais surtout sentir cette présence, cette vie renaissante, dans le paysage, aurait été une expérience inoubliable.

Je me réjouis de savoir que les chercheurs et chercheuses ont avec ce lac en plein désert un objet d’étude incontestable :

Cet événement environnemental rare est d’une grande importance scientifique.

Campus Maroc TV

Je les invite à venir partager leurs connaissances à l’occasion d’une future édition du festival nomade en zone rurale « Paysages », que j’organise en Bretagne chaque année début juillet.

J’espère que nous aurons bientôt des nouvelles de l’Université Ibn Tofail à Kenitra pour en savoir plus. En prime quelques images sublimes trouvées sur les moteurs de recherche. Merci à cette équipe !

Parmi les titres de presse que j’ai pu attraper au vol ces dernières semaines, en voici un qui mérite d’être dans ce billet. Il en dit beaucoup plus que ces quelques mots. Merci à l’auteur, Ahmed Zoubaïr, pour cet article publié le 11 septembre : « Pluies torrentielles dans le sud-est : Ce Maroc oublié, sauf du ciel… »

Ceci n’est pas une vue du Lac Iriki, mais c’est tout de même mieux qu’un mirage ou un conte de fée. Je suis à quelques kilomètres de M’hamid el Ghizlane, je m’émerveille avant d’aller rencontrer un couple d’autruches sauvages un peu plus loin. Crédit : Françoise Ramel, septembre 2024

« Les gens n’ont jamais vu ça »

La pluie au désert, si rare, est toujours une bénédiction et un motif d’espoir. Mais les flots déchainés génèrent aussi leur lot de drames. Comme à Tata, dans la vallée du Drâa au Maroc, où un car emporté par les courants a fait plus d’une dizaine de morts. Les secours sont encore à la recherche de disparus. Un peu partout, les coulées de terre et de boue offrent un spectacle de désolation. Des villages plus éloignés dans les reliefs montagneux ont été pris au piège.

Le record de précipitations a été atteint dans la région de Zagora, où il est tombé en deux jours plus de 200 millimètresLes précipitations enregistrées représentent environ la moitié des précipitations annuelles normales dans certaines régions concernées. Dans plusieurs zones, elles ont même dépassé les moyennes annuelles habituelles, ce qui souligne le caractère exceptionnel de l’événement

Le Monde, 10 septembre 2024, Alexandre AUBLANC

Des fonds d’urgence sont déjà mobilisés. À titre d’exemple, mardi 24 septembre, l’Union Européenne a accordé une aide exceptionnelle de 5,4 millions d’euros aux pays sahéliens touchés par les inondations – dont 1,35 million pour le Niger – afin de « fournir une aide immédiate et de répondre aux besoins les plus urgents ».

Que d’eau, que d’eau dans l’oued !

A M’hamid el Ghizlane, dans l’oued d’habitude à sec, le Drâa charrie palmiers arrachés, bouteilles de gaz, frigos… Crédit : Stéphanie Ackland (avec son accord)

Ce que j’ai vu de mes propres yeux dans la vallée du Drâa est le reflet fidèle de ce que j’ai pu capter de façon tromboscopique et superficielle d’autres réalités au Sahara à travers les réseaux sociaux et les médias internationaux. Voici un article du Monde sur l’effet des inondations sur le patrimoine d’Agadez au Niger :

Au Niger, les joyaux de la cité historique d’Agadez menacés par les inondations

Les fortes pluies engendrées par le changement climatique fragilisent les monuments emblématiques de la ville, inscrite en 2013 au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Le Monde, 26 septembre 2024

Combien de conférences sur le climat faudra-t-il encore applaudir après la COP 29 de novembre 2024 à Bakou pour prendre la mesure de la débâcle ? Opter pour des stratégies capables d’enrayer le phénomène, ou au moins d’en limiter les dégâts, ne semble pas encore dépasser le stade des déclarations d’intention.

Sans pluie pour les remplir, les barrages sont-ils encore utiles ?

Quand les discours s’accompagnent de décisions courageuses et coûteuses, comme au Royaume du Maroc, ils suscitent aussi des questionnements. C’est bien normal face à la complexité et à l’ampleur des enjeux. Je vous invite vivement à regarder le reportage vidéo de Laureline Savoye, journaliste française, dont je salue l’initiative.

La sècheresse est devenu la normalité. Je pense qu’il y a un Plan B à inventer. Cette discussion sur un Plan B, je ne la vois pas à l’agenda politique. On est encore sur des logiques du passé.

Taher Sraïri, agronome, Maroc

Maroc : pourquoi les 20 nouveaux barrages ne sauveront pas le pays de la sécheresse (lemonde.fr)

D’une COP à l’autre, alors on danse ?

Tous les continents sont frappés par des catastrophes naturelles de grande ampleur. Dans la course contre la montre engagée face à la montée inexorable des températures à l’échelle planétaire, nous n’avons pas la moindre chance de sortir d’une forme de léthargie confortable, dans laquelle nos modes de production et de consommation nous transforment en complices d’un écocide, à marche forcée.

Comme au spectacle, à M’hamid el Ghizlane, vallée du Drâa – Crédit Françoise Ramel, septembre 2024

Les choix récents d’un président d’un petit pays du G8, la France, au coude à coude avec l’extrême-droite, montre bien combien l’écologie est le cadet de ses soucis, malgré les promesses actées à la COP de Paris, censée marquer un tournant historique. La dernière COP organisée à Dubaï a aussi été présentée comme une avancée sans précédent dans les médias.

Une possible révolution pour enfin prendre la mesure de l’urgence à l’échelle mondiale ? Le spectacle délirant que nous ont offert les chefs d’État dans leur déplacement à Dubaï acte au contraire que le changement n’est ni pour aujourd’hui, ni pour demain. Idem si l’on repense à la Coupe du monde de football organisée en 2022 au Qatar, même si le recours à la compensation carbone voudrait nous faire croire à la « neutralité Carbone » de cet événement sportif. Footaise !

L’humanité a un choix : coopérer ou périr

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, devant 100 chefs d’État (venus en jets privés), à la COP 27 de novembre 2022

Il est déjà bien trop tard pour une révolution. En temps de paix et de croissance, les États et nous citoyens sommes restés sourds aux alertes des scientifiques. Voilà plus de cinq décennies. Il faudrait trouver une porte de sortie, en dissociant au préalable le coût écologique des économies polluantes, prédatrices, et la manière de vivre de la grande majorité des humains encore animés par des liens étroits avec leur environnement naturel. Mais les guerres se multiplient, les appétits s’aiguisent, renforçant les tensions sur les ressources, sur les populations.

Au cœur de l’oasis de M’hamid el Ghizlane coule le Drâa, plus long fleuve du Maroc, qui a déjà emporté plusieurs ponts sur son passage dans le passé. Le débit et le volume d’eau sont encore plus impressionnants que lors des inondations de novembre 2014. Cette fois le pont a tenu, même si l’eau l’a submergé à certains moments. Crédit Françoise Ramel, septembre 2024

Alors je danse sous la pluie, au Sahara, dans cette vallée du Drâa que j’aime tant. Et je laisse le mot de la fin au sublime duo Stromae / Jamel Debbouze que vous avez déjà certainement vu.

Excuse-moi de te déranger, tu serais pas en train de faire de la merde ?

Toute similitude avec des décisions de chefs d’État à l’heure de l’urgence climatique est pure coïncidence !

À l’instant, où je publie ces lignes, il pleut à nouveau. Joie ! Je retourne danser sous la pluie.

Quelque part au Sahara, près de la palmeraie de M’hamid el Ghizlane, face à l’horizon, l’intensité du moment me donne envie de me reconnecter au cosmos et de m’éloigner à tout jamais de la rumeur des hommes en guerre contre eux-mêmes – Crédit : Françoise Ramel, septembre 2024


La Cimade réagit à la nomination de Michel Barnier à Matignon

L’heure est grave. Les Jeux Olympiques n’étaient qu’une fête, une très belle fête au service de la performance et de la paix. Si l’événement mondial a soulevé l’enthousiasme, fait rêver les plus passionnés de compétition sportive, rappelé l’importance de l’art et de la création lors des différentes cérémonies, il a aussi occulté dans les médias combien la France va mal et s’enlise dans l’impasse. Commenter des commentaires sur l’actualité politique de mon pays, je pourrais faire, mais à quoi bon.

Il suffit de saluer d’un sourire crispé l’aboutissement d’un long processus de dialogue de sourds soldé par un profond déni démocratique. Il suffit d’espérer que l’Histoire de France traduira le plus justement possible ce dramatique et incompréhensible jeu de dupes orchestré par Emmanuel Macron depuis le soir du 9 juin 2024, sans tergiverser sur les conséquences d’une dissolution de l’Assemblée nationale.

Alain Goutal, dessinateur breton, traduit avec justesse et talent le caractère sidérant de cette période historique – Crédit Alain Goutal

Une nomination qui ne résout rien

Laisser croire aux électeurs du Rassemblement National que leur chef de file pouvait prétendre au siège de Premier Ministre est une erreur tactique, dont le Président français est directement comptable et seul responsable. Il s’en est fallu de peu. N’oublions pas avec quel aplomb, avec quelle condescendance, Marine Le Pen entendait remettre la France sur ses rails et briguer la Présidence.

Démagogie, encore et toujours ? L’assurance d’avoir brisé le plafond de verre lui offre la légitimité de nous servir n’importe quelle soupe, pour peu que la verve et le verbe entretiennent la flamme des discours haineux, favorisent les amalgames en tout genre, tout en caressant le bon peuple français dans le sens du poil.

Crédit Niko / Liban Doualé
Crédit Niko / Liban Douale, projet de BD Qalbi Jab dont je suis à l’initiative dans le cadre de la Saison Africa 2020

L’heure est grave

Je ne peux pas non plus considérer que se taire est une option, alors je choisis de relayer sur Plan B l’expression d’une ONG qui œuvre pour la solidarité et le respect du droit international : la Cimade.

Le communiqué a été publié aujourd’hui, au lendemain de la passation de responsabilité entre Gabriel Attal, Premier Ministre démissionnaire depuis début juillet, et Michel Barnier, sorti des cartons comme on sort un lapin du chapeau.

En Mai 1968, ce politicien de carrière avait 17 ans. Ni lui, ni ses amis Jeunes Gaullistes, dont il était le porte-parole en Savoie, ne sont les héritiers de la réussite de ce mouvement historique porté par la société civile et les forces de gauche ayant inscrit dans les mémoires le basculement d’une société rétrograde vers l’espoir de nouvelles libertés à défendre contre le conservatisme. Un changement d’époque.

La nomination de Michel Barnier dans un moment de l’Histoire mondiale où nous devrions avec d’autant plus de force et de courage réussir à basculer dans une autre civilisation est un signe lourd de sens.

Hôtel Matignon, Paris, 5 septembre, 60 jours après le 7 juillet, malgré la majorité des suffrages attribuée à l’Union de la Gauche, Emmanuel Macron mandate un LR pour former le gouvernement, parti le moins représenté à l’Assemblée nationale – Crédit Stéphane de Sakutin / POOL / AFP)

Nomination du premier Ministre : face à l’incompréhension et l’effarement, l’urgence d’un changement profond d’orientation politique sur les questions migratoires

Les élections législatives anticipées, qui ont failli consacrer l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ont été l’occasion d’une mobilisation massive de la société civile, de millions de citoyennes et de citoyens, pour défendre nos principes républicains, éviter le basculement vers l’abîme démocratique qu’aurait entraînée une victoire du RN et de ses soutiens. 

Au lendemain de cette séquence apparaissait une nécessité : tracer un chemin alternatif pour combattre véritablement l’extrême droite et ses idées dans la durée, avec la conscience de l’ampleur du défi restant à accomplir. Et permettre de faire renaître l’espoir d’une autre société, construite sur la solidarité, l’accueil, la garantie de l’égalité entre toutes et tous. 

Dès lors, un impératif s’annonçait : tourner le dos à des politiques qui, tout en prétendant combattre l’extrême Droite, ne conduisent en réalité qu’à la renforcer, en reprenant ses mots, ses théories, ses propositions ; la promulgation de la loi asile et immigration en janvier 2024, revendiquée comme victoire idéologique par le RN, en étant l’une des illustrations les plus emblématiques. 

De ce point de vue, la nomination au poste de premier Ministre de monsieur Michel Barnier, qui  laisse craindre la perpétuation d’une surenchère de stigmatisation et d’atteinte aux droits des personnes migrantes, que la droite et l’extrême droite réclament déjà, ne peut susciter qu’incompréhension et effarement ; ses positions exprimées sur les questions migratoires, les propositions de démantèlement de l’Aide Médicale d’Etat, de remise en cause des engagements constitutionnels et internationaux de la France, s’étant avérées particulièrement outrancières et répressives. 

Alors que ne cessent de progresser les idées de haine et de rejet de l’autre, alors que de nouveaux naufrages dramatiques dans la Manche et la Méditerranée sont venus montrer encore une fois le caractère inefficace et mortifère de politiques migratoires construites selon les seules boussoles de la fermeture et de la répression, nous voulons solennellement dire au premier Ministre et à son futur gouvernement l’urgence absolue, pour les personnes migrantes, pour l’ensemble de notre société, pour l’avenir de  notre démocratie et pour nos principes républicains, d’un changement profond d’orientation politique et idéologique sur les questions migratoires.  

Et en appeler à toutes et tous, citoyennes et citoyens, acteurs sociaux, associatifs… pour que ce message soit plus que jamais incarné, relayé et défendu ; pour faire de l’accueil et de la solidarité, du respect des droits et de la dignité des personnes, le socle commun de notre société. 

Communiqué de la Cimade, 6 septembre 2024

Exemple de beau projet monté en 2021 à Bruxelles par des artistes et des citoyens, auquel j’ai pu faire participer plusieurs créateurs, dont Niko, auteur de BD à Pontivy, co-auteur de « Qalbi jab » (cœur fendu) avec Liban Doualé, jeune demandeur d’asile ayant obtenu le statut de réfugié en décembre 2020, après trois années de procédure.

Archive presse 2021


Hey Yallah, le spot de Christine cartonne au Maroc

Hey Yallah
Christine derrière son comptoir chic et sobre, à Tamraght, dans la baie d’Agadir – Crédit Françoise Ramel

Ouvert, branché, international, un lieu génial quoi !

Si vous êtes allée au Maroc, vous savez certainement que les cafés ne sont pas un lieu où il est vraiment plaisant de se poser, pas tant parce que les hommes y occupent le terrain, souvent quasi exclusivement, mais parce que, pour ma part, la présence omniprésente du foot sur les écrans m’insupporte.

J’ai mis du temps à comprendre que Hey Yallah était un lieu où il était possible de s’assoir pour discuter, prendre un verre, au calme, tant l’ambiance contraste avec ce que j’avais croisé sur ma route jusqu’alors. Je passais devant tous les jours, pensant qu’il s’agissait peut-être d’un institut de beauté pour touristes ou marocaines argentées. J’étais suffisamment intriguée pour pousser la porte de cet étrange havre de paix et en savoir plus.

Laissez moi vous parler de cette découverte inattendue.

Christine a quitté le Canada pour le Maroc

A Vancouver, Christine a travaillé pendant neuf ans dans un coffee shop et avait pour projet d’ouvrir son propre lieu. Elle voulait créer son activité en 2020. Le confinement et la fermeture des frontières compromettent ses plans. C’est finalement début 2023 qu’elle ouvre Hey Yallah à Tamraght, en reprenant le concept des grandes chaines de type Starbucks, en indépendante. Le succès est immédiatement au rendez-vous.

Elle aime le mode de vie au Maroc, simple, calme. Rien à voir avec le rythme trépidant de Vancouver ! La jeune femme d’origine chinoise a choisi de s’installer dans une commune touristique en pleine croissance. Christine se plaît dans cette ambiance multi-culturelle. Son café est désormais une référence dans la région. Chaque dimanche, un marché de créatrices favorise de nouvelles rencontres. En anglais, en arabe, en français. La musique techno gérée par un DJ invite à la danse et au lâcher prise, dans une ambiance jeune, décontractée, joyeuse.

Bel exemple de décontraction, de liberté, qui contraste avec le cliché du chef d’entreprise pressé, stressé. Nous sommes au Maroc, bienvenue à Hey Yallah, chez Christine Crédit Françoise Ramel

Selma, marocaine, 20 ans, témoigne

Sur ce marché, je croise Selma. Elle habite à Agadir, où elle a étudié le commerce international. Elle vient d’ouvrir son entreprise de bijoux et se lance dans le e-commerce. C’est la toute première fois qu’elle expose ses créations. Avoir confiance en soi, se préparer à l’échec, être créatif, trouver de nouveaux concepts, voilà comment elle répond à ma question sur les clés de la réussite. Je partage ici l’enregistrement de notre échange spontané. Selma représente cette génération de jeunes marocaines dont le regard est tourné vers l’avenir, un avenir construit par des femmes.

Selma Hey Yallah
Crédit Françoise Ramel

Quand un bijou raconte une histoire, c’est beau.

Selma, 20 ans, créatrice de bijoux, Agadir

Ce jour-là, j’ai pu rencontrer plein de femmes différentes, m’intéresser à leur histoire. Elles étaient marocaines, canadiennes, résidentes au Maroc ou de passage, peu importe. Toutes avaient quelque chose à partager dans l’instant. La veille, un atelier de création de bijoux regroupait d’autres femmes autour d’une américaine.

Privilégier l’essentiel à l’accessoire

Même s’il est question de bijoux ici, je sens bien que toutes ces femmes ont fait un choix. Celui de ne pas passer à côté de ce qui leur semble essentiel pour être elles-mêmes, qu’elles aient 20 ans ou déjà un peu bourlingué de par le monde (pour celles qui ne sont pas bloquées par les démarches de visa ou l’argent). Leur disponibilité, leur joie de vivre, leur sérénité n’est pas de l’insouciance ou de l’indifférence aux affaires du monde.

Parmi ces femmes croisées à Hey Yallah, j’ai rencontré une touriste canadienne en vadrouille avec sa fille pendant trois semaines à la découverte du Royaume du Maroc. Quel moment d’échange dans l’ambiance chaleureuse créée par Christine.

Joanie Landrie est juriste spécialisée. Elle a appelé sa fille Athéna. Le voyage est une part importante dans leur relation. Elles sont parties cette année à Bali, où l’avocate prévoit de se lancer dans l’écriture d’un premier livre. Pour pouvoir assumer un tel choix de vie, Joanie a créé son propre cabinet. Voici son portrait dans l’illustre magazine économique américain, Forbes. L’article date du 20 mai 2024.

ATHENA AVOCAT, Votre Référence en Droit du Sport et de l’Immigration au Canada (forbes.fr)

Hey Yallah, j’y retournerai

C’est aussi cela l’esprit de Hey Yallah. Des vies que tout sépare s’y croisent au gré du hasard, comme si les étoiles avaient le pouvoir de nous guider vers ce lieu magique, à l’écart des routes bruyantes du bord de mer. L’endroit est minuscule, il jouxte un pressing non loin de la mosquée et du souk hebdomadaire. Presque naturellement, la vitrine de Christine se fond dans le décor sans clinquant d’une commune rurale marocaine, prise d’assaut par des surfers du monde entier. Une fois la porte passée, c’est comme si le monde entier était à votre portée, en plus de l’excellent café ou jus de fruits frais, préparée par la maîtresse des lieux.

C’est sûr, si je retourne à Tamraght, ce sera pour venir me poser à Hey Yallah, pas pour savoir comment l’accueil de la coupe de monde de football 2030 au Maroc, en lien avec l’Espagne et le Portugal, rend déjà tout un pays fébrile.

Amazingh ! avec Tarwa N-Tiniri

D’ailleurs, j’ai manqué une belle occasion de retourner dans la magnifique baie d’Agadir en ce début de mois d’août. Mes amis de Ouarzazate, le groupe Tarwa N-Tiniri, jouent le 6 août à Taghazout bay, ça va être un super moment dans un cadre paradisiaque. Je vous laisse aller voir le programme avec un choix de têtes d’affiche qui en dit long sur les moyens mobilisés pour que le nom du festival Amazingh marque vraiment les esprits. Et il s’agit d’une première édition !

« Le nom du festival « Amazingh » vient d’une combinaison inspirée de « Amazigh » et « Amazing ». Cette fusion reflète un équilibre entre le patrimoine culturel de la région et l’expérience extraordinaire que le festival promet d’offrir« , indique l’organisateur Seven PM dans un communiqué.

Ce soir, 2 août 2024, c’est Gims, qui ouvre le bal. Il faut dire que le chanteur congolais est chez lui au Maroc, comme le confirme cet article du magazine Tel quel.

Voir le programme du festival Amazingh

Retour en image

Je suis moins sensible à tout ce qui brille, si ce n’est le scintillement naturel de l’océan et les étincelles dans les yeux de gens heureux, qu’à l’authenticité de vraies rencontres comme celles que j’ai vécues à Tamraght l’été dernier, loin de tout raffut médiatique, surtout loin du ciel gris persistant, là où je n’ai pas pu me résoudre à passer les vacances : ma Bretagne.

Souvenir d’un si beau dimanche à Tamraght, août 2023, avec Selma devant la vitrine de Hey Yallah – Crédit Françoise Ramel
Instant choisi de mon séjour à Tamraght, j’aime cette photo prise sur le vif, y compris parce qu’elle est floue. Elle est authentique. Jeunes footballeurs marocains croisés dans une cour – Crédit Françoise Ramel
Crépuscule, jeune marocaine en burka jouant au foot sur la plage à Tamraght. Mes yeux n’arrivent pas à se détacher de cette scène – Crédit Françoise Ramel
Extrait du film documentaire que j’ai pensé et co-réalisé au Sahara au printemps 2017 pour Télé Maroc « M’hamid el ghizlane » -Crédit Françoise Ramel
Sur la plage à Tamraght. L’économie touristique au Maroc est un miroir déformant des mondes qui séparent les riches et les pauvres, mais au final les décors eux s’offrent à tous. Crédit Françoise Ramel


« Paysages », hymne au savoir et à la culture entre deux tours d’élection à haut risque

Avez-vous entendu parler des Journées Européennes de l’Archéologie ? Elles ont eu lieu du 14 au 16 juin avec une grande diversité d’animations favorisant la rencontre entre archéologues, médiateurs et habitants. Ce rendez-vous annuel est une belle vitrine pour l’énergie bénévole que développe l’association TIMILIN en Bretagne.

Avec la création du festival « Paysages » depuis juin 2021 à Motten Morvan, site archéologique du 8ème siècle, les JEA offrent l’occasion idéale de susciter l’intérêt, de faire émerger des envies de coopération, d’informer le grand public. La programmation de ce festival régional s’invente chaque année dans une nouvelle commune rurale, comme un défi, à partir d’une page blanche. Timilin participe ainsi au rayonnement des JEA grâce aux médias qui suivent notre actualité en Centre Bretagne, en variant les plaisirs, les découvertes. Notre mobilisation originale autour de l’approche scientifique, artistique, citoyenne met en avant la capacité de chacun à produire du savoir. Chercheurs, habitants, artistes, poètes créent ensemble une collection d’instants présents à travers l’espace-temps. Libre à chacun de venir puiser dans cette mine d’information pour imaginer sa propre façon d’inviter la culture, d’inventer des possibles, dans son propre paysage.

Crédit Gaël Dupret
Mûr-de-Bretagne, lors de « Paysages, rencontres poétiques de Motten Morvan », avec Monsieur le Maire – Juillet 2023 – Crédit Gaël Dupret

Une 4ème édition « historique » du 3 au 7 juillet 2024

Pour les Journées Européennes de l’Archéologie 2023, nous étions aux allées couvertes de Coët-Correc à Mûr-de-Bretagne avec Céline Kergonnan, présidente du Musée de l’Archéologie de Plussulien. Visite passionnante pour lancer le festival. Déjà, comme un acte prémonitoire, l’attrait de la Préhistoire.

Nous étions plongés dans un environnement végétal, loin de tout, sur les hauteurs du lac de Guerlédan. Au milieu de ce vert, une trace imposante laissée par une civilisation, on en trouve partout en Bretagne, monuments de granit, vaisseaux de pierre arrivés jusqu’à nous avec leur part de mystère.
Les archéologues sont des détectives, des enquêteurs, nous dit dans une interview Anne Affagard, médiatrice au Musée de Carnac. Cyrille Chaigneau, un de ses collègues, nous a partagé ce talent et sa passion l’an dernier. Il avait choisi de nous parler de Saint-Cornély. C’était bien plus captivant que n’importe quelle série TV à gros budget. Un vrai bonheur !

Il n’y a rien de plus vivant, de plus vrai, de plus spontané qu’une rencontre où chacun se sent libre de partager, en dehors de toute commande institutionnelle, juste pour le plaisir d’être ensemble.

Françoise Ramel, présidente de TIMILIN, moudre nos idées ensemble
Paysages
Je n’imaginais pas que Mané prendrait le temps de s’intéresser à l’Histoire de Bretagne quand je lui ai mis ce magazine entre les mains, presque par hasard.

Mané Touré, productrice culturelle venue spécialement de Dakar pour s’inspirer du festival Paysages, peut en témoigner. Elle était littéralement subjuguée de découvrir avec Cyrille Chaigneau tout un pan d’une histoire très ancienne, que nous-mêmes bretons ignorons souvent. Quelques jours plus tard, je la voyais scotchée sur les pages d’un magazine dévorant un article sur les mégalithes. Je me demandais ce qui pouvait tant la fasciner, alors que nous étions en mode récupération en bord de mer, avant son départ. J’ai appris qu’elle était originaire de Kaoloack (nom qui sonne étrangement comme Carnac), que chez elle, il y avait un célèbre site mégalithique classé à l’UNESCO. Peu de sénégalais ont connaissance de ce patrimoine, de sa valeur pour la Science et la connaissance de l’Histoire de l’Humanité.

Avec le recul, je sais que j’aurais pu vivre trois semaines avec cette jeune femme étonnante et passer complètement à côté de cette information. Cela n’aurait changé ni le cours de l’Histoire, ni la marche du monde. Je pense pourtant qu’à ce moment précis une intuition s’est renforcée sans qu’il soit besoin de la traduire en mots, comme une évidence dans notre envie de ne pas en rester là au moment de se dire au revoir. Peut-être même une joie simple, sans arrière-pensée, enracinée dans la complicité de deux femmes de culture et d’âge différents, deux inconnues réunies par leurs utopies, par leur capacité à agir et à faire confiance. Sérendipité.

Je ne savais pas encore que je trouverai la motivation en 2024 pour que d’autres femmes s’invitent dans l’aventure du festival Paysages, comme Mané l’a fait avec beaucoup d’audace et d’engagement. Depuis notre rencontre, Mané a énormément voyagé, emportant avec elle un peu de Bretagne aux USA, au Canada, au Japon, au Maroc. Surtout, elle a invité une dizaine de jeunes bretons vivant en zone rurale à passer quinze jours au Sénégal dans le cadre d’un séjour solidaire. Le projet porté par ces jeunes en BTS Finance au lycée Joseph Loth de Pontivy sera au programme du festival Bideew, dont la première édition s’est déroulée en octobre 2023 à Téné Toubab et Ngaparou.

Claire Artemyz, invitée d’honneur de « Paysages #4 »

Un musée en France conserve la collection la plus remarquable au monde pour qui s’intéresse à la Préhistoire, aux Arts premiers, des fouilles réalisées dans les cavernes où s’abritaient nos ancêtres nomades aux projets de recherche qui étudient d’autres formes de campement. Il s’agit du Musée d’Archéologie Nationale, à Saint-Germain en Laye. Je n’y suis jamais allée.

Paysages
Claire Artemyz, invitée d’honneur du festival Paysages 2024 – Crédit Claire Artémyz

Le hasard des rencontres, la volonté de proposer au public breton de belles propositions m’ont conduite à solliciter Claire Artemyz, photographe à Paris. Elle connaît bien les collections de ce musée prestigieux. Elle y a travaillé à maintes reprises dans le cadre de résidences.
Avec l’appui de la conservatrice, Catherine Schwab, Claire Artemyz a créé au fil de sa démarche artistique une forme d’intimité, de complicité avec des objets de collection.

Elle a appris à dialoguer avec eux.

Dans l’émission Femmes de caractères, elle choisit le mot « connexion » pour évoquer ce lien sensible, par delà les siècles et l’inconnu.

Audioblog – Claire Artemyz dans Femmes de caractères (arteradio.com)

C’est ce que je ressens face aux clichés de Claire Artémyz, une étrange connexion avec des créations de main humaine sorties de la nuit des temps, animées par la lumière qui s’invite de manière très subtile dans chacune des photographies, mais aussi dans la façon dont l’artiste choisit de les montrer dans ses expositions.

Barbara Daeffler, céramiste passionnée par la Préhistoire, a découvert par hasard ce travail de création grâce à Timilin, au cœur de Saint-Brieuc, en amont des Journées Européennes de l’Archéologie.

Galerie d’Art Le Linteau rouge, Bretagne, Côtes-d’Armor – Journées européennes de l’archéologie (journees-archeologie.eu)

C’est une découverte très heureuse de connaître ce festival qui organise des rencontres entre l’Art et l’Archéologie. C’est assez rare.

BarbARa DAEFFLER, céramiste en Baie de Saint-Brieuc
Témoignage de Barbara Daeffler dans son atelier à Langueux le mercredi 26 juin pour Plan B et le festival Paysages

Un festival original à vocation internationale

Pour partager la richesse de contenu et la diversité mise en avant grâce au festival, je vous invite à feuilleter le programme, à découvrir les lieux qui accueillent nos temps de rencontre pendant cinq jours : conférences, concerts, après-midi dédié à la jeunesse et à l’international, projection de documentaire, jeu de rôle sur plateau, atelier de pratique artistique, exposition.

Vous constaterez rapidement deux caractéristiques de la proposition liées à ma vision de l’action culturelle. D’abord le nombre très important de femmes dans le programme, ensuite le fait que habitant ou chercheur, artiste professionnel ou amateur, chacun bénéficie de la même visibilité, de la même légitimité à partager un savoir.

Quand je commence à réfléchir au festival entre deux éditions, je me retrouve de manière quasi systématique avec une longue liste d’hommes. La différence, c’est que je veille au grain, il n’est pas question qu’il en soit autrement. Contrairement à d’autres événements, où je me surprends à relire deux fois le programme parce que le constat est choquant en 2024. « Ce n’est pas possible, où sont les femmes ? »

On pourrait dire la même chose à propos des jeunes, surtout en zone rurale. En France, les universités sont dans les métropoles, avec parfois des sites annexes dans certaines ville-préfectures. La Bretagne a ceci de particulier que toutes les préfectures sont situées sur la côte. Rennes, capitale administrative régionale en lieu et place de Nantes, capitale historique, est pour des raisons de modèle urbain et de transport en commun bien plus proche culturellement de Paris que de Quintin ou Pontivy.

Voilà pourquoi je crois à la pertinence d’un festival régional nomade comme « Paysages » en Centre-Bretagne et à sa vocation internationale. Nous sommes d’ailleurs le seul festival à représenter la France dans le réseau mondial The festival academy. Tant qu’il y aura des esprits ouverts, gourmands, curieux et généreux pour y croire avec moi, il y aura des perspectives de développement pour ce festival, comme pour les initiatives qui s’en inspirent.

J’ose le parti pris d’un résultat final qui émerge de lui-même, comme un phénomène naturel dans un éco-sytème de relations pré-existantes ou non. Cela laisse toute sa place à la spontanéité, à la liberté des habitants, artistes, chercheurs qui s’invitent dans « Paysages » plus que je ne les programme, au sens classique du terme.

Françoise Ramel, créatrice du festival Paysages

« Paysages », notre petite fabrique à liens

L’autre dimension qui j’espère transparaît dans ce programme, c’est la convivialité et la priorité donnée à l’interconnaissance. Car ce n’est pas seulement pour l’intérêt de l’événement en soi que je mouille la chemise. Bien sûr, la réussite dépend de sa qualité et du plaisir que j’ai depuis 2020 à relever le défi chaque année en quête de nouvelles rencontres, de nouveaux horizons.

Si je consacre un temps conséquent à cette organisation dont je veille à ce qu’elle soit la plus légère possible (ça demande aussi du temps de faire léger, il faut aimer s’adapter sans cesse), c’est aussi parce que je pense ce festival comme un substrat fertile sur lequel peuvent germer des envies de coopération, des idées de projet.

Je ne pense pas très utile d’inventer des formes, si c’est pour les garder juste pour ce que nous sommes capables de produire, et les reproduire à l’identique quand ça marche. Il me semble plus urgent de développer des liens et des espaces qui permettent aux idées, aux ressources, aux personnes de voyager, de féconder d’autres territoires, d’apprendre au contact d’autres connaissances, que ces territoires soient des lieux géographiques ou des espaces d’invention.

Nous avons tous et toutes des gênes de néandertaliens

L’analogie s’arrête là, mais quelque part, ma posture est celle d’une chasseuse-cueilleuse qui connaît parfaitement son environnement, même dans une forêt qui lui est étrangère. Si je pensais comme une sédentaire – avec ces corollaires, confort, sécurité, cadrage et obtention préalable d’un financement public -, je ne pourrais pas produire cette forme si particulière de rencontre.

L’improvisation est un art magnifique. La conception de tiers-lieux comme les définit Gilles Clément en évoquant le paysage est une philosophie. J’ose le parti pris d’un résultat final qui émerge de lui-même, comme un phénomène naturel dans un éco-sytème de relations pré-existantes ou non. Cela laisse toute sa place à la spontanéité, à la liberté des habitants, artistes, chercheurs qui s’invitent dans « Paysages » plus que je ne les programme, au sens classique du terme.

Je me suis juste autorisée à dédier la dernière journée du festival à la Préhistoire, parce qu’on me demande trop souvent à propos de ce rendez-vous volontairement éclectique : c’est quoi le thème ? Et moi de penser en mon for intérieur. « Pourquoi il faudrait forcément un thème pour que les gens deviennent juste plus curieux et ouverts à la surprise, à la rencontre ? »

A propos de légèreté, d’adaptation, d’inconfort, d’inconnu pour rester créative et audacieuse, vous faites comment vous quand un Président de la République décide le 9 juin que tout le pays doit se conformer à sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale, parce que le résultat d’une élection à un tour – qui n’a rien à voir avec le contexte politique franco-français au passage – lui donne l’occasion de mettre tout le monde dans l’embarras, y compris son propre camp ?

Je me demande s’il lui reste encore des gênes de Néandertalien à ce jeune Président français. Il ne semble pas mettre l’intérêt du groupe et la survie de l’espèce avant tout autre préoccupation. Mais passons … L’essentiel est que la science progresse pendant que nous perdons un temps précieux. Avez-vous vu l’excellent documentaire « Les derniers secrets de l’Humanité » et son making off ? Exceptionnel !

« Les derniers secrets de l’humanité », le doc événement 20 ans après l’Odyssée de l’espèce – Sciences et Avenir

Paysages
Dans ce docu-fiction de 90 minutes, Jacques Malaterre nous plonge au cœur d’une nature préhistorique chinoise insoupçonnée et peuplée d’animaux géants qui n’ont existé que sur ce continent. Crédit Les derniers secrets de l’Humanité

Je rêve d’un festival qui nous (re)connecte

Figurez-vous que la Maison des Jeunes et de la Culture se transforme en bureau de vote à Quintin ! Damned ! Mais la chance est avec moi. J’ai trouvé encore mieux comme espace pour nous accueillir le week-end du 2ème tour des Législatives. C’est aussi cela voyager léger, en confiance, et faire que les aléas deviennent des atouts dans votre conception d’un événement.

Sérendipité ! C’est Monsieur Duquesne, proviseur du lycée public Jean Monnet à Quintin qui m’a appris ce mot, il y a moins de deux semaines, en m’ouvrant grand les portes de l’établissement. Je ne l’avais jamais rencontré auparavant.

Grâce à la mise à disposition de locaux bien équipés, où 180 élèves se forment aux techniques du bâtiment, je peux enfin tester ce qui me pousse à développer ce festival atypique en explorant des zones rurales, en allant à la rencontre d’habitants. La version 2.0 de « Paysages ».

L’ambition numérique liée à mon expérience de Mondoblog et au modèle à suivre dans un autre registre qu’est le Festival de Géopolitique de Grenoble n’est pas antinomique avec celle qui me fait choisir des bourgs ruraux pour cadre de ce projet nomade, participatif et solidaire, ancré à une réalité locale.

Je veux me persuader que la culture de l’accueil, à la mode de Bretagne, est encore bien vivante, quoique menacée par des styles de vie et des schémas de valeurs qui n’ont plus rien à voir avec l’entraide, l’ouverture à l’autre, la transmission des savoirs. Nos liens ne sont plus imprégnés de l’histoire des lieux, de leur identité propre.

Je veux faire connaître la Bretagne et ses paysages, sauvages, habités, réels, légendaires, autrement que ce que j’en vois dans les brochures touristiques en papier glacé financées par nos impôts ou via les discours marketing des sites marchands d’hébergements privés.

Le marketing territorial et autres cultes modernes du storytelling consomment et assèchent nos espaces cérébraux, nos imaginaires, aussi sûrement qu’une armada de tractopelles la forêt amazonienne. Ces engins monstrueux portent le doux nom d’abatteuses. Vous noterez au passage l’usage non tendencieux du féminin dans la langue française.

Pour Timilin, le dimanche 7 juillet 2024 restera un jour historique, pour de bonnes raisons, celles qui font que nous garderons un excellent souvenir de la 4ème édition de « Paysages, rencontres poétiques de Motten Morvan ». Vous aussi, j’espère, si vous nous suivez à distance ou si vous choisissez de soutenir cette initiative citoyenne d’une autre façon.

Jour historique dédié au partage de savoir, à la culture, à la poésie, à l’émotion que suscitent en nous les traces d’une humanité différente, quelque soit le nouveau visage de la France du XXIè siècle à la sortie du scrutin pour lequel en moins de trois semaines il aura fallu être plus efficace (ou moins regardant à la dépense, à la compromission) pour survivre dans le paysage politique français.

Quand je vous dis que nous ne sommes peut-être pas sortis d’une autre forme de préhistoire … moderne !

Racloir en cristal de roche néandertalien Crédit : Claire Artémyz, collection du Musée d’Archéologie Nationale

Pour vous intéresser au festival Paysages, vous pouvez aussi découvrir cet audioblog sur la plateforme Arte Radio et nous contacter via le site du festival.

J’adresse toutes ma reconnaissance aux habitants, chercheurs, artistes, d’ici et d’ailleurs, qui par leur confiance et leur soutien sont l’âme de ces rencontres régionales nomades.

Paysages Crédit Johanne Giquel
Photographies de Johanne Gicquel, présente au festival Paysages en 2021 et 2023, lauréate de plusieurs prix de poésie, auteure partie à la rencontre des travailleuses et travailleurs de la terre. Portraits à découvrir dans deux ouvrages : Paysâmes et Paysômes


Césars 2024, il sera une fois la révolution

Je n’avais pas spécialement prévu de passer la soirée en compagnie des héros et héroïnes conviées à la remise des Césars vendredi 23 février, par écran interposé sur Canal +. Je ne suis pas mécontente de l’avoir fait. En clair, car je ne suis pas abonnée à la célèbre chaîne, je dirais même que je m’en serais voulue d’avoir manqué cette cérémonie culte, historique à plus d’un titre. L’envie d’en archiver le souvenir sur Plan B le prouve. J’ai donc choisi dix « instants » qui selon moi marque l’événement autant – voire plus – que le palmarès largement relayé par les médias. A noter quand même, pour la toute première fois dans l’histoire des Césars, les cinq actrices nominées pour la catégorie de la Meilleure actrice l’étaient pour des films réalisés par des femmes. Comment envoyer un meilleur signal aux jeunes générations, chez nous et dans le monde ?

Mieux comprendre ce qui s’est joué en direct devant des millions de spectateurs, le gratin de la presse et la toute nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati, il faudrait rallumer dans les mémoires le scandale suscité par ce même rendez-vous télévisé, il y a seulement quelques années. Je passe. Je ne sais pas pourquoi la Cérémonie a perdu une partie de son nom d’origine. Toujours est-il que si nous ne sommes pas encore complètement sortie de la nuit, la promesse de l’aube n’a jamais été plus belle que vendredi soir.

Le film de genre « Il était une fois la révolution » dure 2h19. La cérémonie des Césars a sans doute duré plus de 3 heures. Combien de décennies précèdent cette révolution au sein du cinéma français pour que les projecteurs s’allument enfin sur des prédateurs récompensés à grand coup de statuettes ? Pour que dans cette lumière, des femmes osent dénoncer l’omerta sur leurs crimes et les dégâts irréparables dont ces hommes encensés par leur profession et le public sont responsables ?

En 2019, l’émission C à vous donne la parole à une journaliste de Médiapart qui a enquêté. En 2020, Adèle Haenel quitte la cérémonie des Césars au moment de l’attribution du César de meilleur réalisateur à Roman Polanski. En 2024, Judith Godrèche montre le chemin parcouru, celui qui reste à faire, les yeux dans les yeux, sans se mentir.

« La nuit des Césars a pour objectif de réunir le cinéma et la télévision et pour ambition d’offrir au public français une soirée équivalente à celle des Oscars aux États-Unis. »

Pierre TcheRNIA, 1976

Pour l’émotion et pour ce qui fit l’étoffe, le grain, la couleur d’une époque, je vous invite à aller consulter le site de l’INA pour voir comment Jean Gabin incarnait à sa manière le monde du cinéma au moment d’ouvrir la page d’une grande histoire, celle des Césars.

Où il est question en 1976 d’un ordinateur, mais pas de la façon dont les femmes en 2024 auront enfin toute liberté pour occuper le devant de la scène et affirmer leurs droits lors de la 49ème cérémonie des Césars Crédit INA

1. Et le César du meilleur costume est attribué à Ariane Daurat

Ariane Daurat, encore sous le choc après avoir obtenu le César du meilleur costume pour une proposition contemporaine et non pour un film d’époque

1er instant pépite de ma sélection, car cette remise de la statuette est la première qui revient au film Le règne animal. Cette fiction a rencontré un vrai succès d’estime dans les salles et a raflé un paquet de Césars tout au long de la soirée, meilleur son, meilleure photo, meilleure musique originale, meilleurs effets visuels, sans décrocher le Graal cependant.

Le prix de la réalisation, le prix du meilleur film, reviennent tous deux à Justine Triet pour « Anatomie d’une chute », déjà récompensée par la Palme d’Or à Cannes. Son film était initialement pensé pour réaliser une série. Du génie des producteurs !

Cette 1ère pépite, je la choisis aussi et surtout, parce qu’elle récompense une femme et son équipe, son talent artistique et son travail au service d’un projet cinématographique. Au moment de prendre la parole devant le parterre, Ariane Daurat est tellement submergée d’émotion qu’elle ne peut prononcer un seul mot, sinon merci.

Discours « coup de poing » à Cannes de Justine Triet le 27 mai 2023, soirée de clôture

Entre discours maîtrisé de Judith Godrèche et triomphe mérité de Justine Triet, la 49e cérémonie des césars a récompensé réalisatrices, scénaristes et actrices dans une ambiance feutrée, un peu en dessous de l’intensité du moment.

Journal Libération

2. Et le César de la révélation masculine est attribué à Raphaël Quenard

Symbole d’une génération qui n’entend pas s’excuser de ne pas laisser passer son tour, Raphaël Quenard est génial d’incongruité, de justesse et d’attachement à ce qui fait qu’il est lui, qu’il peut se sentir libre : ses racines, l’amour des siens et de la terre.

Commenter ce moment de vrai show TV à la mode Quenard, jeune comédien ultra-sollicité que j’ai repéré pour ma part non pas au cinéma mais à l’occasion des Q d’Or de l’émission Quotidien, est une gageure et en soi totalement inutile. Il suffit de se régaler en partageant son bonheur.

Je voudrais juste ajouter à ces images de direct que le cinéma, peu importe le pays qui soutient cette si belle industrie culturelle, a besoin de jeunes pousses dont les référentiels n’ont rien à voir avec ceux des générations qui les ont précédées. Raphaël Quenard comme d’autres artistes nés à la fin du XXè siècle ou au début du XXIè sont sans doute notre meilleure chance de trouver la façon de ne pas exploser en vol faute de savoir créer de nouveaux repères communs, une forme d’amour et de puissance universelle, plus forte que toutes les aberrations et les profits scandaleux d’une minorité prédatrice qui décide de notre mort et de celle de l’Humanité.

3. Et le 7ème Art créa Marion Cotillard : César d’honneur à Christopher Nolan

Entrée magistrale de Marion Cotillard sur « Chandelier » de Sia. Ce qu’elle nous partage va au-delà des apparences. Respect !

La grand-mère de Marion Cotillard, originaire de Laurenan, avait choisi de passer sa retraite en centre-Bretagne. Elle est décédée à Plémet à 102 ans, en 2011. Par pur chauvinisme mal placé, j’aurais pu choisir comme 1ère pépite ce moment très touchant de la soirée, où une actrice française célèbre courtisée par Hollywood rend hommage à un réalisateur à qui nous devons tant de succès mondiaux. Ce serait oublier que Marion Cotillard a atteint un tel niveau dans sa carrière d’actrice internationale que la magie opère ailleurs, à l’essence même de ce qui fait qu’une femme peut incarner à l’écran tant de destins, tant de mystère, tant de grâce, sans jamais s’enfermer dans l’image dont elle devient l’instrument dans les mains d’un réalisateur, d’une réalisatrice.

Quand l’actrice s’adresse à Christopher Nolan, c’est sans emphase, ni flatterie. Marion Cotillard incarne à ce moment là un parler vrai, un vécu. Surtout elle nous invite à crever l’écran pour nous intéresser au personnage Nolan, à ce qui dans son approche du 7ème Art et sa manière de vivre en fait un réalisateur rare. Avec tact et talant, elle rend aussi hommage à celle à qui le cinéaste anglo-américain doit sa réussite, son épouse, sa productrice, Emma Thomas, assise près de lui au premier rang.

4. Quand Jamel Debbouze encense son amie, Agnès Jaoui, figure à part du cinéma français

5. Quand la Bretagne s’invite dans le César du film court d’animation avec Eté 96, tourné à Carantec puis redessiné

6. Quand Sofiane Pamart fait courir ses doigts sur le clavier, seul en scène, l’envie d’amour tout court

SPLENDIDE !

7. Quand Justine Triet nous dit son amour et son admiration pour Sophie Fillières décédée en 2023

Il y a des absences qui pèsent lourd au moment de récolter les fruits d’une belle moisson de prix.

Les Films Pelléas / 
Les Films de Pierre via Wikicommons

8. Parole de monteur « Attention au connard que vous invitez à venir jouer avec vous »

Merci à Laurent Sénéchal, récompensé par le César du Meilleur montage pour « Anatomie d’une chute ». A la tribune, il nous offre un moment vrai. 38 semaines de montage, du jamais vu, mais avec Justine Triet à la barre, il ne faut plus s’étonner du culot. Les producteurs peuvent se féliciter de lui avoir facilité le chemin, ça paie ! Prochaine étape : les Oscars. A signaler au passage que la co-production du film est assurée par la télévision de service public.

C’est un métier d’adaptation, on est des raconteurs d’histoire, des accoucheurs qui accompagnent le cinéaste.

Laurent Senechal

9. Quand face à la chape de plomb, Judith Godrèche ose avec aplomb, les droits des femmes s’imposent

10. Quand la meilleure actrice du cinéma français est allemande et n’en revient pas de décrocher le César

Anatomie d’une chute sur Canal + diffusé le mardi 27 février

Pour les abonnés de la chaîne privée, le film vedette de la soirée des Césars 2024 est déjà disponible sur Mycanal. Après sa diffusion mardi prochain, un documentaire comblera l’attente des plus passionnés, voire des sceptiques, qui veulent en savoir plus sur le destin incroyable de cette fiction aux allures de polar qui représentera le cinéma français aux Oscars la nuit du 10 au 11 mars, avec cinq nominations des plus prestigieuses.

Comme un clin d’œil de l’Histoire du cinéma mondial, Justine Triet est la seule cinéaste à concourir pour l’Oscar de la meilleure réalisation. Chapeau Justine !

Justine Triet, réalisatrice d’Anatomie d’une chute et Sandar Hüller l’actrice principale – Raph_PH via Wikicommons

Être la deuxième femme de l’histoire des César à obtenir ce prix en 49 ans, ce n’est pas rien. C’est un peu flippant et génial à la fois. Cela donne de l’espoir pour la suite.

Justine Triet

Lecture publique d' »Anatomie d’une chute » de Justine Triet à Los Angeles, avant les Oscars le 10 mars

Pour conclure ce panorama, je vous invite à vous intéresser aux réactions dans le petit village savoyard qui sert de décor au récit, Villarambert.

« Je voulais une lumière froide, crue, des extérieurs puissants qui contrastent avec les intérieurs. Et les courbes de la montagne en fond, où on n’arrête pas de monter et de descendre pour essayer de comprendre cette chute »

Justine Triet

Si vous avez aimé lire ce billet, vous aimeriez peut-être celui que j’ai consacré à un autre paysage, à une autre lumière, grâce au film « Déserts » de Faouzi Bensaïdi, que je n’ai malheureusement toujours pas vu, ou il y a 10 ans bientôt à Pino, l’acteur phare du film de Abderrahmane Sissako, Timbuktu.

Quelques mois plus tard, ce grand film tourné en Mauritanie remportait 7 Césars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie, meilleur montage, meilleur son, meilleure musique originale, meilleur scénario original.

Justine Triet, quant à elle, pourrait bien nous surprendre encore avec le tiercé gagnant : Palme d’or, six Césars et l’Oscar si convoité du meilleur réalisateur attribué à une femme.