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Les somptueux trésors du Niger en 3D

Et si on commençait par le début ? Le début d’une idée, d’une envie ? D’un rêve peut-être ? Ou de la fin d’un cauchemar hanté par des scènes de violences et de haine ? Hanté par la peur de plus en plus tangible que l’horizon se rétrécit alors même que nos technologies les plus performantes portaient dans l’esprit de certains de leurs concepteurs l’idée d’un monde meilleur ?

Et si on imaginait simplement le début d’une relation ? Entre deux inconnus, deux continents.

Vous, le ou la sédentaire, et lui, le nomade ?

Rien de plus simple, si vous prenez d’abord le temps de lire ce billet et d’être à l’écoute de ce chant du désert porté par le vent à travers nos connexions numériques.

Merci énormément de pouvoir donner un coup de pouce dans mon projet combien important pour la sauvegarde, la valorisation de nos patrimoines culturels, archéologiques, et paléontologiques du Niger.

Cette exposition des sites et culture à travers le multimédia sera un précurseur pour stimuler, sensibiliser, les populations sur la nécessité de promouvoir notre riche patrimoine, mais aussi assurer la transmission pour les générations futures. C’est un pilier pour la cohésion sociale, l’unité autour d’un intérêt commun, l’identité des peuples. Et aux yeux du monde, c’est donner la chance d’avoir accès aussi aux patrimoines majestueux et à l’information. Mohamed Alhassane

Le désert en héritage

Mohamed Alhassane est un jeune chercheur de 34 ans, récemment diplômé d’un Master obtenu au Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Il vit dans la région d’Agadez après des études à Niamey qui l’ont conduit à se spécialiser en géologie, à enrichir ses connaissances et sa pratique du terrain en archéologie et paléontologie au contact de chercheurs étrangers.

C’est son environnement désertique et montagneux qui l’a amené à s’intéresser très tôt à la géologie. La compagnie d’un oncle, Ibrahima Abambacho, guide caravanier et fin connaisseur de sites à protéger, l’a poussé à prendre sa part dans la transmission d’un savoir hérité de sa culture nomade. Aujourd’hui, Mohamed prend la relève avec toute l’énergie et la force de conviction que lui confèrent sa mobilité internationale, son réseau, sa vision de l’engagement.

« J’ai grandi au désert avec cette conscience que notre patrimoine est un bien précieux, qu’il mérite tous nos égards, d’autant qu’il s’agit le plus souvent de sites fragiles, très éloignés des grands centres urbains. Le Niger est un grand pays, avec des accès parfois difficiles entre les différentes sous-régions. Les moyens pour y promouvoir la culture, le patrimoine, reste un vaste chantier sur lequel je veux pouvoir apporter mes compétences et celles des personnes qui m’accordent leur confiance. » Mohamed Alhassane

Collecter les fonds nécessaires au projet

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce jeune chercheur a de la suite dans les idées, comme en témoigne l’ambitieux projet qui nous a permis d’entrer en contact avec lui grâce au réalisateur du documentaire « Une oasis d’espoir », Nicolas Van Ingen.

Avec Marco Medici, Claude Garnier et Federico Ferrari, Nicolas fait partie de l’équipe d’experts qu’a su réunir Mohamed Alhassane pour mener à bien son expédition au Niger outillé de technologies, de méthodes de valorisation, qui sont le socle de la future exposition multimédia virtuelle « Les somptueux trésors du Niger en 3 D », que ce jeune chercheur Kel Tamasheq entend faire découvrir au monde d’ici 2021.

Il lui faut d’abord réussir d’ici quelques jours le pari d’une collecte de fonds qu’il a lancé sur le site Ulule, première vitrine internationale de cette ambition soutenue déjà par de nombreux partenaires institutionnels au Niger, comme à l’étranger.

Plan B vous invite vivement à vous intéresser à cette présentation du projet « Les trésors du Niger en 3 D » bien détaillée sur le site Ulule et à faire connaître cette initiative autour de vous.

Et si tu pouvais faire une thèse ?

Son Master désormais en poche, Mohamed Alhassane aimerait bien s’engager dans un doctorat. Il y travaille en multipliant les contacts, notamment à Paris où il séjourne actuellement avant de rentrer chez lui.

« Il me sera difficile de trouver un encadrant et financement au Niger. Mais il peut avoir une coopération en Bretagne, en France qui aimerait soutenir un étudiant touareg! J’ai eu la chance d’obtenir mon Master et j’espère avoir saisir une chance pour continuer sur une thèse. Mon projet d’expo suscite un grand intérêt, qui témoigne de la capacité que nous avons tous, en France et surtout au Niger, de faire un projet aussi important pour des zones désertiques. Ca fait chaud au cœur !!! » Alhassane Mohamed

Il est particulièrement difficile de trouver les soutiens nécessaires pour mettre sur les rails un projet de thèse, quand il ne s’agit pas de conforter les moyens en recherche-développement du secteur industriel. Ce l’est sans doute encore plus pour un jeune chercheur qui réside et travaille à l’étranger, dans une région en tension de surcroît, considérée comme Zone rouge par l’Etat français.

Pourtant c’est bien là, au cœur du Sahara, qu’il faut semer l’espoir, sans fléchir, et s’atteler à la tâche culturelle, éducative, scientifique, si nous voulons ouvrir la voie à d’autres belles vocations comme celle de Mohamed Ahlassane.

Soutenir ce projet et s’y intéresser, c’est enfin faire la démonstration que le savoir que nous voulons transmettre aux générations actuelles et futures relève bien d’une responsabilité partagée, qui n’a que faire des frontières et des guerres.

« Les somptueux trésors du Niger en 3 D », en voilà une bonne idée cadeau à ajouter à votre liste de Noël, non ?

https://fr.ulule.com/tresors-niger-3d/

D’ici là, soyez sûrs que Mohamed Ahlassane saura vous rendre au centuple l’aide, même minime, que vous lui aurez accordée, soit pour la collecte de fond, soit pour son projet de doctorat.

B comme bonus

Les membres de l’équipe de Mohamed Alhassane

Marco Medici est architecte, expert en modélisation 3D à l’université de Ferrara (Italie)

Federico Ferrari est architecte université de Ferrara

Claude Garnier, cinéaste, réalisatrice des films (France)

Nicolas Van INGEN, Photographe, réalisateur des documentaires (France)


Femmes ici et ailleurs, naissance d’un blog

Quand tu es mondoblogueuse, que tu t’intéresses aux droits des femmes, en France mais aussi partout sur le globe, tu trouves presque naturellement ce que tu cherches, à savoir des rencontres marquantes, des supports pertinents pour les partager.

A Dakar, en décembre 2015, invitée par le réseau Mondoblog-RFI, j’avais été vraiment surprise par la minorité que nous représentions, nous, les mondoblogueuses de cette sélection.

Photo souvenir de Dakar, décembre 2015, lors de la formation Mondoblog-RFI

Nous étions 13. Cela nous a rapprochées. Pour saluer ces femmes, ces militantes éparpillées sur la planète, de Washington au Sri Lanka, en passant par N’Djamena et Berlin, j’ai publié un article sur Plan B qui est le résultat et l’illustration de ce que peut apporter le travail en réseau.

Ce billet, je l’ai publié avec l’aide de ma fille, Lucine, alors âgée de 20 ans, parce que c’est aussi cela être femme.

Femmes, je vous aime

Un simple coup de fil

Trois ans plus tard, en 2019, une amie de longue date impliquée et reconnue professionnellement dans le combat de l’égalité Femmes-Hommes me contacte. Isabelle Gueguen est originaire de Plussulien, petite commune du Centre-Bretagne. Nous avions organisé au sein d’un même collectif d’associations de jeunes une rencontre internationale en zone rurale, il y a 30 ans. Depuis, Isabelle a suivi mes pérégrinations comme j’ai suivi les siennes, de loin. 

Elle qui était originaire du monde rural a fait sa vie en ville, d’où elle a tissé des liens précieux pour faire avancer la cause des femmes, notamment dans la sphère économique. Moi qui ne connaissais personne à mon arrivée en Centre-Bretagne, j’ai fait le choix de m’enraciner dans cette région en voie de désertification, d’y créer une famille, d’y travailler, avant de m’engager en tant qu’élue locale en 2008.

Isabelle m’appelle donc un jour pour me parler du Club Femmes ici et ailleurs.

Je découvre l’existence de ce magazine du Club FIA, qu’Isabelle souhaite me voir rejoindre et développer avec d’autres femmes en Bretagne. Je n’ai pas besoin d’arguments superflus, je vois déjà tout l’intérêt d’apprendre de ces femmes inspirantes, dont les récits font la ligne éditoriale de la revue papier, portée par une petite équipe salariée basée à Lyon. 

Femmes ici et ailleurs, c’est aussi un vaste réseau de bénévoles, sensibles comme moi aux vertus du dialogue interculturel, à l’engagement au sein de sociétés de plus en plus fragilisées par des violences, physiques, morales, économiques, culturelles, de toute nature. Il ne m’en faut pas plus pour saisir l’opportunité de rejoindre cette communauté agissante.

Je m’abonne pour 60 € à la revue dont j’adhère d’emblée aux valeurs, réitérant ainsi la démarche qui m’a conduite à rejoindre Mondoblog-RFI, puis Unidivers et Music in Africa. Encouragée par les retours de mes lecteurs, lectrices, sur ces différentes plateformes, je propose rapidement après lecture du magazine de pouvoir échanger en direct avec son créateur, Pierre-Yves Ginet, via les contacts d’Isabelle à Lyon.

Mi-octobre 2019, le hasard fait bien les choses, le réseau met en ligne son blog Femmes ici et ailleurs. Je vous le recommande fortement, si vous voulez élargir vos horizons et trouver des ressources dans ces parcours militants de femmes qui osent.

Quoi, un blog ? J’en suis !

Je ne pouvais pas rêver mieux que ce blog pour parler d’un film, que dis-je, du film, qui va marquer pour moi cette année 2019 : A girl from Mogadishu, et partager ma rencontre avec une jeune somalienne devenue citoyenne irlandaise, Ifrah Ahmed. Je dois cette découverte au directeur du Festival du film britannique de Dinard, à l’initiative de l’avant-première en France de cette fiction inspirée de faits réels.

Extrait de vidéo mise en ligne par l’Union européenne

Chanceuse comme je suis, je n’ai pas été seulement bouleversée par l’incroyable histoire de cette héroïne des temps modernes, ballotée par la vie, victimisée, souillée, avant d’en prendre les rênes. J’ai été transportée, littéralement, par ma rencontre avec la réalisatrice du film, irlandaise elle aussi, et sacrément volontaire pour se lancer dans pareille affaire. Cinq ans d’investissement, ce n’est pas rien. Cette femme inspirante et déterminée s’appelle Mary McGuckian.

Mary réside dans le sud de la France. Ces dernières semaines l’ont amenée à voyager aux USA, où A girl from Mogadishu rencontre un très vif succès.  Outre le récit inspiré de faits réels porté à l’écran, le casting y est certainement pour beaucoup. Avec Aja Naomi King dans le rôle-titre et Barkhad Abdi, révélé par Capitaine Philips, originaire de Mogadishu comme Ifrah Ahmed, la réalisatrice sait pouvoir compter sur deux atouts majeurs : leur notoriété grandissante, leur talent époustouflant. 

Sur le tapis rouge du festival de Dinard, Mary McGuckian et Ifrah Ahmed, rayonnantes – Crédit photo Jéremy Melloul

Voilà comment un film sur lequel vous trouverez très peu d’information en français se retrouve à la Une du tout nouveau blog du Club Femmes ici et ailleurs lors de son lancement, à ma plus grande joie. Lire le billet

Pour assurer à cette poignante histoire de femme une place au panthéon des films qui peuvent changer le monde par la seule force du regard posé sur des pratiques barbares héritées de sociétés privant les femmes de leur intégrité, de leur liberté, à vous de faire votre part du travail. Allez voir A girl from Mogadishu, quand il sortira officiellement au printemps 2020, et mieux encore, encouragez des salles et des festivals à le programmer en avant-première d’ici-là, près de chez vous.

En avant-première à Nairobi

Du 12 au 14 novembre, les Nations Unies organisent à Nairobi un grand sommet. Il y a vingt-cinq ans, 179 gouvernements adoptaient un programme d’action pour garantir la santé, ainsi que les droits des femmes et des filles. La question posée ? Que sont devenues les promesses ?

Programmé dans cet événement international, A girl from Mogadishu va bénéficier du rayonnement que ce film mérite et conforter les avancées acquises par toutes celles et tous ceux qui militent contre l’excision.

B comme Bonus

Site web de A girl from Mogadishu

Voici deux autres articles publiés dès mon retour du festival de Dinard


Vanessa Kanga, fondatrice du festival Afropolitain : « Nous créons des ponts entre les continents »

Vanessa Kanga est la fondatrice du festival Afropolitain nomade. A l’occasion de la sixième édition, à laquelle Mondoblog participe, elle a accepté de répondre à mes questions. Entretien. 

Vanessa Kanga – Photo officielle

Vous présentez Afropolitain comme un festival citoyen. Pourquoi ?

Afropolitain met en avant des artistes de la scène musicale et promeut des artistes visuels, mais nous mettons aussi des espaces de discussion et de création à disposition. Le festival est gratuit, accessible à tous. Ce qui nous intéresse à travers cette manifestation et la façon de l’installer dans le paysage de façon nomade dans les capitales africaines, c’est ce que les anglo-saxons appellent l’empowerment, à la fois des artistes et des populations. Nous abordons notamment la question de la mobilité des artistes, la place des femmes et d’autres enjeux forts pour la défense des droits culturels.

Vous vous appuyez sur de nombreux partenariats, publics et privés. Comment avez-vous réussi ce pari de faire reconnaître la portée d’un festival nomade en quelques années ?

C’est d’abord par la force de nos convictions et grâce à la façon dont nous avons construit ce concept d’événement culturel international itinérant. Cela n’a pas été facile, bien sûr, car cela donne l’impression que nous repartons à l’aventure chaque année. C’est pourquoi nous anticipons chaque édition deux ans à l’avance, avec des partenaires solides dans la capitale retenue, un label de musique, une agence de communication, des structures bien implantées au fait des messages que nous voulons faire passer. Nous nous sommes aussi appuyés sur la francophonie et un vaste réseau qui ne cesse de grandir. A chaque édition, nous gagnons en notoriété et nos partenaires sont désormais convaincus de l’impact positif d’Afropolitain. Nous sommes de vrais acteurs du changement. Nous créons des ponts entre les continents. Nous captons aussi de nouveaux publics et cela renforce la capacité d’engagement de chaque artiste, de chaque créateur, qu’il soit musicien, plasticien, blogueur.

Vous êtes vous-même artiste, africaine. Vous vivez au Québec. Est-ce un atout pour porter un tel projet sur le continent avec un autre regard, avec une expérience nourrie au contact de différentes cultures ?

Pour rencontrer la création africaine, en sentir toute la richesse et l’intelligence, c’est en Afrique qu’il faut aller. Or la scène africaine est parfois mieux défendue hors du continent par des acteurs culturels occidentaux. C’est un paradoxe.  Nous faisons la démonstration, en tant que jeunes africains de la diaspora, que les capitales africaines ont une place à occuper dans les tournées mondiales, qu’il est possible d’y organiser de beaux événements. Si je suis au Canada depuis 2001, c’est par un pur hasard de la vie. Pour moi, c’est juste une position géographique qui me permet de me déplacer plus facilement. C’est vrai que cela permet aussi de cultiver une vision hybride, sur la manière de percevoir des enjeux, de développer une sensibilité et des savoir-faire.

Afropolitain est un vrai tremplin pour une large majorité des artistes que vous programmez depuis 2012. Un mot sur ce qui fait la force de cette scène africaine émergente malgré les obstacles ?

La première de toutes ces forces en mouvement, c’est l’extraordinaire créativité qui se développe en Afrique et cette conscience que ces cultures nourricières que sont nos traditions, nos réalités, nos imaginaires, doivent s’exporter à travers le monde. Ces jeunes artistes qui aspirent à l’international ne rêvent pas leur avenir, ils et elles y travaillent chaque jour, avec beaucoup de talent, d’exigence et d’abnégation. Chacun, chacune se sent investi-e d’un rôle qui dépasse de loin le seul cadre de la scène pour agir à tous les niveaux de ce qui compte pour faire société.

B comme bonus

https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/vanessa-kanga-jappartiens-cette-afrique-jeune-dynamique-et-fiere

Page FB du festival


Mondoblog aux premières loges du festival Afropolitain

Composite et cosmopolite, le Festival nomade Afropolitain est un rendez-vous incontournable dans le paysage des festivals d’art citoyens. Il prend naissance au Québec et fait le tour des capitales d’Afrique. Chaque année, il réussit le pari de créer des affinités, de susciter des projets pluridisciplinaires inédits et de rassembler les grands noms de la scène internationale, régionale et locale, devant un public jeune et dynamique. En 2019, à Abidjan, le réseau Mondoblog se joint à la fête. 

La 6ème édition du festival Afropolitain se déroule cette année à Abidjan, du 25 au 29 juin. L’équipe Mondoblog y a un stand et une dizaine de Mondoblogueurs couvre l’événement. Une rencontre très attendue, qui n’aurait pas eu lieu sans quelques bonnes volontés.

 

Des bénévoles du festival Afropolitain – ©Festival Afropolitain

 

Cap sur Abidjan : pourquoi Mondoblog participe ?

Revenons un peu sur l’origine de cette participation.

Avril 2018, nous sommes à Niamey où se passe la première édition du Forum Mondoblog Afrique au cœur du festival Sahel Hip Hop et Musiques du monde dans la belle salle Canal Olympia de la Blue Zone. L’idée est lancée de favoriser la rencontre entre artistes, médias et blogueurs, sur fond d’une vraie réflexion partagée pour soutenir la culture, le métissage, le dialogue au service de la paix et de l’émancipation.

Juin 2019, un an plus tard, l’idée a germé et porte ses premiers fruits. L’une des chevilles ouvrières de cette rencontre est la fondatrice du festival Afropolitain, Vanessa Kanga. Cette artiste, basée au Canada, a saisi au bond la proposition d’organiser une rencontre de Mondoblogueurs au cœur de la manifestation.

A Paris, le message est entendu. Camille Deloche, journaliste à RFI et responsable de Mondoblog, rejoint l’aventure. C’était la garantie supplémentaire que nous pouvions espérer créer un événement fort. 

Mondoblog et Afropolitain partagent déjà cette même volonté de créer du lien et du sens au sein d’une vaste communauté francophone, fière de sa créativité, riche de sa diversité.

A lire aussi : l’interview de Vanessa Kanga

Kajeem pour Network Africa en 2010 – ©CJ

Que voir, que faire au festival ?

Gardez un œil sur les réseaux sociaux des Mondoblogueurs. Vous pourrez sûrement y apercevoir l’artiste reggae Kajeem, invité d’honneur de cette sixième édition du festival. Il y aura aussi l’Ivoirienne Jahelle Bonee, Sage Soldat venu du Niger ou encore Mariusca du Congo.

En plus des concerts et des spectacles, le festival offre des ateliers et des conférences avec des thèmes d’actualité. Cette année, il y aura entre autres une conférence sur la place des femmes dans l’art et la culture, et une autre sur les origines du Hip Hop en Afrique. 

Retrouvez le programme complet ici.

Bienvenue au village numérique

Mondoblog, partenaire d'Afropolitain
Le programme du village numérique – ©Festival Afropolitain

Alors que commence l’événement, l’effervescence redouble pour que tout soit prêt. Vanessa Kanga vient d’arriver à Abidjan, Camille la rejoindra sous peu. L’excitation monte chez les Mondoblogueurs et Mondoblogueuses, sans lesquels tout cela ne serait encore qu’une simple invitation à rêver cette rencontre et à remettre au lendemain ce que nous pouvons faire aujourd’hui.

Il faut les remercier. Cela fait du beau monde déjà pour participer aux animations du village numérique, en partenariat avec TV5 Monde, et pour couvrir tous les temps forts d’Afropolitain. Mondoblog est dans la place.

Ce qui est sûr à cette heure c’est que nous sommes tous contents de nous retrouver, que la bonne humeur sera au rendez-vous, et que nous partagerons ces bons moments avec tout Mondoblog grâce aux réseaux sociaux. Il y aura donc des rires, des photos, et bien plus encore à découvrir, à partager !

Joignez vous à la fête en laissant vos commentaires sur les billets qui seront publiés, en interagissant sur les réseaux sociaux et venez nous rencontrer sur le stand Mondoblog !

B comme bonus

https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/vanessa-kanga-jappartiens-cette-afrique-jeune-dynamique-et-fiere

Page FB du festival

Merci à Elisabeth LALIE, Jean-Paul SORO, Aly COULIBALY, Aubin KRAH, Odilon DOUNDEMBI, Jean-Christ N’Guessan KOFFI, Karidja TRAORE, Stella ATTIOGBE, Mariam SANOGO, Magloire ZORO, Luc KOUADE, Yacouba SANGARE, Stéphane Agnini TANO, Jean-Claude KOUADIO, Ruben BONI, Jean-François AMAN, Mathyas KOUADIO, Raissa YAO, Georges KOUAMÉ, Richard Konan KOUASSI, Mamadou KONE, ainsi qu’à vous toutes et tous qui soutenez par votre curiosité ces créateurs de blog.

 


Ouarzazate-Nantes-Mellionnec, du nouveau pour Tarwa N-Tiniri

Le blues de Ouarzazate à l’honneur ce week-end avec Tarwa N-Tiniri, une première en France !

Tarwa N-Tiniri doit son ascension à la scène et aux festivals marocains. Prix Révélation du carrefour international Visa for Music à Rabat en 2018, le groupe arrive en France ce week-end avec une forte détermination à poursuivre cette belle aventure artistique en se faisant connaître à l’international. Les six jeunes nomades de Tarwa N-Tiniri s’apprêtent à vivre deux concerts mémorables à la rencontre de nouveaux publics, loin du Sahara qui nourrit leur répertoire. La bienvenue, comme on dit au Maroc.

Vendredi 24 mai, le groupe de Ouarzazate est attendu sur l’Ile de Nantes dans le cadre du Printemps des Nefs, où il assure la première partie de Mokoomba, la formation la plus en vue du Zimbabwé. Le samedi 25, vous les trouverez au cœur de la Bretagne, à Mellionnec, où ils sont la tête d’affiche de la grande soirée des Rencontres régionales Permaculture et Transition organisées au Bois du Barde du 24 au 26 mai.

« Nos chansons captent, expriment, les différences sociales et la situation des peuples nomades dans le désert comme dans les régions montagneuses. Nous chantons dans notre langue, le berbère. Nous soignons la dimension poétique et symbolique de nos textes. Montrer au monde notre culture, partager la joie et cet esprit vivant de la fête que nous ont transmis les aînés malgré des conditions de vie difficile, voilà ce qui nous pousse à être musiciens et à aller au bout de nos convictions. »

Hamid, le chanteur de Tarwa N-Tiniri, rencontré avec les autres membres du groupe en décembre 2017, à Ouarzazate

Témoins d’une époque comme tout artiste en prise avec son temps, Youssef, Smail, Mohamed, Mokhtar, Moustapha et Hamid sont les ambassadeurs d’une nouvelle génération emportée par un courant mondial qui bouscule codes et repères, au risque de rendre irréversible un processus de déracinement, de perte de mémoire. Leur travail de collectage et de création s’inscrit dans une réelle urgence, ils en ont conscience.

Adulés à Ouarzazate, et désormais plus loin de chez eux jusqu’en Norvège, ils n’en perdent pas pour autant le sens de leur engagement depuis leur première scène en 2013. Leur présence au pied levé à Mellionnec, petit village du Centre-Bretagne, en dit long sur leur envie de parcourir des kilomètres, à l’inconnu, pour croiser d’autres cultures, d’autres bâtisseurs d’oasis.

Pour mieux s’immerger dans cette invitation au désert, et parce que Mellionnec est aussi la capitale bretonne du documentaire, vous pourrez profiter à 18h d’une projection du film de Nicolas Van Ingen et Jean-Baptiste Pouchain « Une oasis d’espoir », Grand Prix du Documentaire au Green Awards Festival de Deauville 2018, réalisé au sud de Ouarzazate dans la Vallée du Drâa et les dunes du Sahara.

Ce documentaire primé depuis dans d’autres festivals en France et au Maroc porte à l’écran un beau projet de permaculture au cœur des dunes, dans l’oasis d’Ergsmar. Tahar El-Ammari raconte dans un témoignage poignant comment l’idée lui est venue de sauver une oasis de l’abandon pour lutter contre le réchauffement climatique et agir là où sont ses racines d’éleveur nomade devenu maraîcher bio.
Concert à Nantes : 24 mai, 20h30, Les Machines de l’Ile, 20h30, gratuit
Concert à Mellionnec : 25 mai, 20h, organisation Voix du Sahara/Le Bois du Barde
Projection Une oasis d’espoir, 25 mai, 18h, Le Bois du Barde
Accès au site 5 euros

Site du groupe Tarwa N-Tiniri

En savoir +
https://dernierbaiser.mondoblog.org/2017/12/04/tarwa-n-tiniri-blues-chant-amazigh/
https://dernierbaiser.mondoblog.org/2019/01/12/uneoasisdespoir/


Mektoub, chanson triste pour Khalifa Balla, musicien nomade

30 avril 2019, Pontivy

Cher Khalifa,

Je ne t’écris plus, ni de chansons, ni de messages sur Facebook ou WhatsApp. Où t’écrire ? Et pour te dire quoi ? Sinon l’injustice qui nous prive de toi. Un an déjà !
J’ai publié sur mon blog, tu sais, quelques textes de chansons. Celle-ci je l’ai écrite pour toi, en mars 2016, à Chegaga, où tu gardais seul un campement désert. J’ignore d’où me sont venues ces paroles. Je ne me rappelle même pas les avoir écrites. Ou alors était-ce cette nuit de pleine lune quand la pluie m’a cueillie au matin ?
Oui, je m’en souviens maintenant, c’est d’ailleurs sans importance.

Chegaga, avant la pluie – Crédit photo Françoise Ramel

Cette chanson sans mélodie existe et elle résonne étrangement à mon oreille aujourd’hui.

Je la partage ici pour ce qu’elle exprime de tristesse, alors que j’ignorais que j’aurai à l’éprouver un jour, tous les jours, en pensant à toi, loin de Chegaga.

Khalifa Balla, musicien du Sahara
Crédit photo Rosanna Garreffa

Il y a un an, sous le choc de la nouvelle, j’ai su trouver les mots je crois, les voilà envolés avec toi comme des compagnons de voyage. J’ai tout le temps à présent pour le silence, cette fleur du désert que j’arrose consciencieusement pour me convier en ta présence.
Je suis heureuse de t’avoir tout dit quand cela était encore possible. J’ose croire que tu m’as entendue. Je chéris toutes ces ambiances complices qui ont scellé notre amitié et je voudrais encore te dire combien ta compagnie m’est précieuse.

Je garde en moi chaque instant où grâce à toi je me suis sentie si vivante, si paisible, si confiante.

Au festival des nomades, mars 2015, chez lui, Khalifa jubile et chante dans le public Crédit photo Françoise Ramel

MEKTOUB

Moi jeune nomade, je me perds dans la lune
Pour oublier le chagrin que tu laisses derrière toi
J’ai quitté le village pour retrouver le sable des dunes
Je parle aux étoiles, mes amies
Mon esprit voyage avec les nuages
Il te suivrait n’importe où pour te plaire
L’oued se remplit de mes larmes
Le vent chante ton nom
Presque malgré moi mon pas danse en silence
Je cherche dans la lumière du soir qui s’en va vers le jour
Ton sourire, la beauté de tes yeux,
La vérité d’un amour puissant
Mon cœur en tremble encore
Mes lèvres sont en feu du désir de nos baisers
Ma gorge est sèche de s’être trop serrée
Moi jeune nomade, je me demande
Où porte ton regard dans cette ville immense
Qui t’arrache au désert, qui t’arrache à moi

Cette machine où les rêves se vendent

Quand ici mon rêve n’a pas de prix
Il s’appelle liberté et je ne sais
Quel mauvais esprit préfère m’en priver
Plutôt que me laisser veiller sur le désert
comme sur mon troupeau, loin de tout,
surtout loin de la folie des hommes
Ton pas danse au milieu de cette folie
Pas de vent pour chanter mon nom
Pas de soif pour serrer ta gorge
Pas de silence pour prendre ton envol
Et faire exploser ton cœur sous la force du désir

J’ignorais que l’amour perdait ses ailes
Même l’amour le plus sincère, le plus profond
Quand la vie décide de séparer ceux qui s’aiment.

Crédit photo Françoise Ramel

Khalifa, ta voix n’est pas souvenir, elle nous accompagne

Les apparitions à l’écran de Khalifa Balla sont rares. Ces images tournées en mars 2017 par Laila Lahlou pour Télé Maroc sont les seules où il s’exprime sur la musique et sa culture.

Khalifa, à partir de 38′, avec Brahim et Mohamed, Auberge La Palmeraie, documentaire « M’hamid el Ghizlane », mars 2017

مدينة وذاكرة يشد الرحال إلى "محاميد الغزلان" آخر واحة في وادي درعة (بث مباشر)

Publiée par Télé Maroc sur Jeudi 19 octobre 2017

 

B comme Bonus

Khalifa et Mohamed de retour au village, l’Europe dans les bagages

Noël, c’est pas toujours dimanche.

Le Sahara inaccessible ? Heureusement non !

 


L’insolente poésie du fer à béton à l’oeuvre avec Francis Beninca

Mettre en scène l’indolence légère du fer à béton, c’est l’intention surprenante du travail artistique dont je veux vous parler dans ce nouveau billet sur Plan B.

Francis Beninca est un artiste dont vous ne trouverez pas l’atelier dans un joli quartier parisien ou nantais. Il vous faudra venir le rencontrer dans mon cœur de Bretagne, à quelques kilomètres de Pontivy, dans la pointe occidentale de la France.

https://www.youtube.com/watch?v=O1YOaGIsf0I

Une métamorphose étonnante

Arrivé à Guern, petite bourgade tranquille et vieillissante comme beaucoup d’autres en Bretagne intérieure, impossible de manquer votre destination. L’atelier se trouve en plein centre, à quelques pas de l’église. Une pompe à essence rappelle encore l’usage antérieur de l’ancien garage abandonné pendant de longues décennies avant d’être racheté par Francis Beninca. Une esplanade aux belles dimensions accueille de grandes sculptures prêtes à la livraison.
L’artiste a fait preuve de patience, il a rêvé pendant dix ans de ces hauts volumes qui accueillent désormais ses sculptures monumentales avant qu’elles s’égaillent dans la nature, là où Francis est sollicité pour son génie du mouvement qui redessine l’espace et l’environnement.
C’est la magie du monde rural qui est d’abord à l’origine de cette transformation réussie d’un atelier de mécanique, dont on imagine aisément l’importance et la vie qu’il abritait quand les campagnes étaient encore pleines d’agriculteurs et de familles vivant de leur travail sur place.
Les chants d’oiseaux envahissent le lieu là où le moteur autrefois était roi, ça sent la peinture, la lumière naturelle coule à flot à travers de grandes baies. Francis m’accueille et s’assoie pour répondre posément à mes questions. Il n’a pas encore évoqué son travail, les grandes structures métalliques qui servent de décor à notre entretien, qu’il me parle déjà de Thérèse, l’ancienne propriétaire du garage.

Francis Beninca
« Avoir ce lieu change ma façon de travailler. » – Crédit photo : Françoise Ramel

« J’ai été si bien accueilli en Centre-Bretagne il y a une quinzaine d’années que l’envie d’en repartir ne s’est pas vraiment posée. Avoir un lieu comme celui-ci change ma façon de travailler. Je suis très heureux de pouvoir m’inscrire dans le centre-bourg de Guern, duquel les commerces ont progressivement disparu. C’est une manière de ré-habiter, d’amener de la vie dans ce lieu qui est central. Je sens qu’il y a de l’adhésion de la part des gens du quartier et de la municipalité. »

Francis Beninca

Je connais Francis, et depuis longtemps. J’allais boire des coups dans son café aux Anges, à Quelven, célèbre hameau de la commune de Guern. Il avait le même sourire qu’aujourd’hui, la même voix douce, le regard droit et profond de celui qui sait qu’il a misé sur l’essentiel : se rendre disponible, être à l’écoute, préférer l’audace à l’esquive et autres faux fuyants quand le quotidien ne trouve plus meilleure excuse à sa routine.

Un jeu de lignes courbes

Il y a plus de dix ans, Francis a troqué sa vie de programmateur culturel inspiré derrière sa tireuse à bière pour donner du sens et du rythme à l’exercice qui l’amène à se frotter à la matière, à la lumière, aux courbes qu’il jette comme un oiseau moqueur vers le ciel pour se jouer de la pesanteur et des échelles de grandeur. Il en résulte des pièces uniques qui traduisent le goût du geste dont fait preuve Francis, de soudure en soudure, avec délicatesse et justesse.

Francis Béninca aurait pu choisir le dessin, la photo ou tout autre langage pour exprimer sa passion des formes et de l’espace, mais c’est avec du fer à béton qu’il joue à défier l’élasticité des lois physiques et la plastique d’un matériau industriel voué initialement à disparaître dans une coulée de béton.

Sculpture signée Francis Beninca
Les œuvres monumentales signées par Francis Beninca s’inspirent souvent du végétal – Crédit photo Françoise Ramel

« J’ai découvert en m’y confrontant jour après jour ce matériau qui pour beaucoup est un matériau dur, froid, dans lequel il faut entrer avec violence. On peut se blesser, ça fait du bruit quand on le travaille. Tout ça demande d’y mettre de la force. Mais j’ai découvert avec le temps que ce matériau est extrêmement ductile. On peut le déformer à loisir sans qu’il ne se casse. Sa dureté apparente finalement laisse place, quand on le prend avec les bons outils, en y mettant la bonne énergie au bon endroit, à une matière très souple, très plastique. Cela m’intéresse d’en étirer la résistance, de repousser ce fer à béton dans ses retranchements, dans ce qu’il a à offrir de contraste et de complémentarité entre rigidité structurelle et légèreté. »

Francis Beninca

Francis Beninca ne se positionne pas sur une approche conceptuelle de l’art, il fabrique ses formes courbes et ses volumes sans y adjoindre de discours ou de mode d’emploi. Ces architectures transparentes, ces sculptures monumentales ne cherchent pas à nous perdre, bien au contraire. En attirant le regard, en invitant à nous poser avec elles dans un lieu, elles nous reconnectent avec simplicité à ce qui fait sens et histoire dans cet espace, naturel ou habité : un ciel, une végétation, un rire d’enfant, un autre rapport au temps.

Je vous invite à écouter cette interview de Francis Beninca et à prendre le temps de l’imaginer en plein travail. Il est perché quelque part à l’intersection de deux lignes qui se dessinent au-dessus de sa tête sur le ciel.
Que son travail soit remarqué jusqu’à Londres, où une de ses créations à venir prendra place en 2020 dans un festival international prestigieux dédié au jardin, le Royal Horticultural Show, est une invitation supplémentaire à vous laisser surprendre. D’ici là et plus près de chez nous, vous pouvez vous offrir une escapade dans le très beau domaine de la Roche Jagu, sur la commune de Ploëzal, pour voir du 11 mai 2019 au 6 octobre 2019 l’exposition estivale « Arte botanica : regards d’artistes contemporains », coordonnée par mon amie Nolwenn Herry. Vous y retrouverez Francis ou du moins plusieurs de ses œuvres.

Pour aller plus loin dans la rencontre avec cet artiste, voici un extrait de son site internet, où Francis nous décrit sa démarche artistique.

 

Francis Beninca au travail
Photo extraite du site web de Francis Beninca Crédit photo Francis Beninca

« La double courbure est au cœur de mon travail de sculpture

J’observe que la nature cherche constamment à obtenir la plus grande résistance possible avec le moins de matière possible, et qu’elle trouve dans la courbe la clé de cette quête. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les coquillages, les structures végétales ou une simple coquille d’oeuf. Leur résistance est fondée sur leur forme courbe, doublement courbe, et non pas sur la masse de matière utilisée.
C’est le contraire pour la plupart des structures construites par l’homme…
La nature place la matière précisément là où elle est nécessaire, c’est à dire sur ses lignes de rupture potentielle. A partir de l’observation de ces phénomènes de rupture, on parvient alors à construire des édifices extrêmement résistants, avec un minimum de matériau.

J’aime l’idée qu’on puisse ressentir devant mes sculptures le même émerveillement, le même moment de suspens que devant la nature elle-même bâtisseuse.

Avant tout, je veux construire en trois dimensions, travailler dans l’espace, et proposer ce dialogue avec un lieu, avec un contexte et les énergies humaines qui y interviennent. Je cherche à organiser la matière en structures aériennes, à la fois imposantes et légères.

Les volumes déployés peuvent être impressionnants, mais on voit toujours le ciel au travers, et ils restent presque impalpables. Leur âme structurelle, puissante et graphique vient jouer tout en harmonie ou en contraste avec les éléments en présence (bâtiments, arbres, mobilier urbain, chemins), révélant ainsi de nouvelles perceptions du site d’implantation aux gens qui le parcourent.

Je revendique mon besoin irrépressible de bâtir. Toute la filiation des maçons italiens qui m’ont précédé et qui ont beaucoup bâti passe à travers moi.

Cependant, c’est dans le dépouillement que j’ai choisi de construire. Plus de pierres taillées, de béton, ni de poids : seulement des lignes épurées, les structures minimales dans toute leur force et leur légèreté, comme des traits de crayon dans l’espace qui dessinent des formes à la fois stables et en mouvement.

Je travaille l’acier notamment sous la forme du fer à béton. Il s’agit d’un matériau considéré comme « ingrat ». Il est généralement plongé et dissimulé dans le béton pour lui donner sa résistance : en le cintrant, en le tissant, en le tressant, j’ai plaisir à montrer qu’il est possible d’en faire des choses plus délicates et poétiques. »

B comme Bonus

https://www.francisbeninca.com/

 


L’Europe par le menu au Festival de géopolitique de Grenoble

Du 13 au 16 mars, publics et conférenciers se donnent rendez-vous au Festival de géopolitique de Grenoble. Ce colloque international francophone permet à chacun d’accéder au savoir et de cultiver son esprit critique sur le monde contemporain, quelque soit le point où il se trouve sur le globe – pour peu qu’il ait accès à une connexion. Sympa, non ? Et c’est gratuit.

Autre atout de ces rencontres annuelles, elles sont portées par Grenoble Ecole de Management. Les étudiants sont fortement impliqués dans l’organisation de chaque nouvelle édition. Dix promos de jeunes bénévoles se sont déjà frottés à l’exercice. Cette année, après des thématiques toutes aussi passionnantes les unes que les autres, l’Europe est au cœur des débats. Le festival enregistre pour cette 11ème édition une hausse de 50% d’inscription  par rapport à 2018 qui était déjà un très bon cru avec près de 20 000 visiteurs.


[DES]UNION EUROPEENNE ?

Les élections européennes auront lieu le dimanche 26 mai dans un contexte qui illustre l’accroissement de tensions autour de questions centrales : fragilité de nos démocraties, défiance vis-à-vis des responsables politiques, montée des extrêmes et des populismes, craintes exacerbées face aux réfugiés ballotés d’un pays à l’autre.

Le Brexit est une des nouvelles données qui doit nous interroger sur cette Europe, génératrice de défiance des peuples envers les classes dirigeantes accusées, entre autres, de jouer le jeu des lobbies présents dans les couloirs de Bruxelles. La question du centralisme face au régionalisme au sein d’une Europe fédérale en est une autre.

Entre fantasmes et réalités, il est souhaitable avant de se rendre aux urnes de prendre le recul nécessaire pour mieux peser les forces et les faiblesses d’une création historique qui s’est éloignée dans la force des courants et contre-courants des valeurs initiales du projet européen pour offrir un nouveau cadre d’action concertée entre les 28 Etats signataires. Les choix d’hier qui ont permis d’instaurer la paix ne sont plus des garants suffisants semble-t-il pour gouverner sur la base du consensus au service de nos intérêts communs.

Pour bénéficier des éclairages de spécialistes et initier le débat citoyen, le Festival de géopolitique de Grenoble invite du 13 mars au 16 mars 2019 à prendre le temps d’échanger sur des questions qui agitent l’opinion publique, au-delà du seul clivage « Pro-européens / Euro-sceptiques ».

Carte des points de connexion
Chaque année, le festival de géopolitique édite une carte des points de connexion. Voici celle de 2018, pour les 10 ans de l’événement

Une cinquantaine de conférences, une librairie éphémère, des ateliers, des projections sont programmés, soit plus de 90 animations proposées dans six lieux pendant quatre jours dédiés à l’ambition d’une expertise partageable, partagée. Voici quelques intitulés de débat pour vous mettre l’eau à la bouche et les réflexions qu’a confiées à Plan B le créateur de cette remarquable initiative collective : Jean-Marc Huissoud, enseignant-chercheur, Directeur du Centre d’Etudes en Géopolitique et Gouvernance.

Un vivier de ressources accessible à tous

Pour tout savoir sur le Festival de géopolitique de Grenoble, c’est simple. Tout est sur le site, y compris les inscriptions en ligne. Vous pouvez suivre les conférences à distance, en direct ou en podcast, selon les thématiques qui retiennent le plus votre attention et votre disponibilité. Les vidéos archivées sont une mine de ressources. Ne vous privez pas du plaisir. Et dites-vous bien que, ce faisant, vous êtes dans une démarche volontaire, citoyenne que des inconnus à l’autre bout du monde apprécient de pouvoir faire aussi, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Jean-Marc Huissoud, Directeur du Centre d’Etudes en Géopolitique et Gouvernance  Crédit photo : Festival de géopolitique de Grenoble

« L’anglais recule. Quand il ne recule pas, il s’appauvrit. La France a la chance d’avoir une audience francophone partout dans le monde, même si localement le nombre de locuteurs n’est pas toujours important. On ne s’exprime bien que dans une langue qu’on maitrise, or notre festival vise avant tout le facteur qualitatif. S’exprimer dans un anglais international parfois pauvre au niveau conceptuel, et d’ailleurs moins bien parlé qu’on ne le prétend, s’est réduire de fait le champ de la pensée. Les questions linguistiques et culturelles sont à ce titre essentielles et ont plus d’importance qu’on ne le pense. Nous ne sommes pas un festival en français, dans un contexte majoritairement anglophone, par facilité. C’est notre volonté d’affirmer qu’il y a une pensée francophone sur les questions internationales. Cela répond aussi à un vrai enjeu de transparence du discours. Aujourd’hui, il est demandé aux Universités et à la Recherche de s’expliquer aupres de la société civile, de diffuser son savoir. Nous inscrivons nos éditions dans cette (r)évolution des pratiques. »

Jean-Marc Huissoud

Cette semaine, le menu concocté a de quoi mettre en appétit et vous donner matière à mieux équiper votre boîte à outils personnelle. Aperçu

L’Europe protège-t-elle les riches ? Le défi de l’évasion fiscale

L’Europe agricole : déclin ou puissance ?

L’Europe face à l’islamisme radical

Les nationalismes régionaux, un défi pour l’Europe

Cloud computing : la souveraineté numérique de l’UE en jeu ?

Migration : crise humanitaire, morale et politique

Le repli identitaire européen génère ce qu’il veut éviter.

Europe et environnement : un leadership, vraiment ?

Fidèle à ses objectifs, le Festival de géopolitique de Grenoble n’occulte aucun sujet sensible, au contraire, car pour comprendre la transformation d’un monde contemporain animé de nouvelles forces, de nouvelles identités et réseaux, il faut définitivement rompre avec des décennies qui ont formaté les esprits à la pensée unique et aux visions binaires. Bienvenue dans un siècle où l’approche de la complexité est la nouvelle clé de lecture d’une planète qui s’invite aussi dans les débats, notamment à travers l’enjeu du climat.

J’aurai la chance samedi 16 mars d’interviewer Pierre Larrouturou, agronome et économiste en pointe sur cette problématique, ainsi que deux autres intervenants : Marie Gaborit, Nantes, impliquée auprès de grandes entreprises dans leur démarche RSE et Plan Climat avec une start up, Toovalu, dont elle est la co-fondatrice,  et Yann Mongaburu, élu local en charge de la mobilité sur l’agglomération grenobloise.

C’est une belle opportunité pour l’ensemble du réseau francophone Mondoblog-RFI de s’intéresser à cette grande manifestation internationale, à l’esprit citoyen.

B comme Bonus

https://www.festivalgeopolitique.com/

https://www.novethic.fr/actualite/finance-durable/isr-rse/un-appel-pour-un-pacte-finance-climat-europeen-lance-a-l-unesco-145569.html

https://www.pacte-climat.net/fr/

Article de Plan B sur l’édition 2017

Article de Plan B sur l’édition 2016

Plaidoyer virtuel pour les générations (nomades) futures

Radio Climat, la COP 22 vue par nous, pour nous

 


Pour les femmes, une 2ème caravane pour la paix Niamey-Agadez

En mars 2018, j’étais à fond les ballons sur un projet fou qui m’a bien mobilisée : l’organisation au Niger du 1er forum Mondoblog Afrique dans le cadre du festival Sahel Hip Hop et Musiques du monde, un moment que je n’oublierai jamais tant l’investissement a été dense et le résultat plus que prometteur. Quant aux multiples rencontres que ce travail m’a permis de faire sur place, en un temps record, je n’en reviens toujours pas. Les femmes étaient déjà bien représentées, aussi bien sur scène, dans les coulisses du festival, que dans le programme de nos rencontres citoyennes. En 2019, Sahel Hip Hop a carrément choisi de changer ses dates pour se positionner sur la journée internationale de la femme.

Son d’archive, deux femmes, deux cultures, deux générations d’artistes, au micro de Studio Kalangou dans le cadre du Forum Mondoblog Afrique : Fati Mariko, qui est à nouveau du voyage pour Agadez, et Lydia Botana, 1ère artiste à représenter un autre continent à Sahel Hip Hop, grâce à Plan B.

Forum Mondoblog Afrique
Concevoir un forum citoyen pour innover au sein d’un réseau mondial et faire dialoguer les cultures

Choisir ses propres défis et les relever

Difficile de revenir ici sur ce que j’ai pu vivre en 12 jours à Niamey et à Agadez, où nous avions organisé avec les bénévoles le premier concert de clôture délocalisé de Sahel Hip Hop pour être en phase avec le thème de la 4ème édition du festival. Pourtant ce serait dommage de passer sous silence cette belle aventure humaine basée sur la confiance et l’ouverture à l’autre.

Il faut dire que j’arrivais d’un autre festival qui m’avait mise dans les meilleures dispositions possibles, Mama Africa, à Merzouga, Maroc. Trois jours, trois nuits au Sahara, où je n’ai croisé que des gens avec le sourire jusqu’aux oreilles. J’étais l’invitée de Nasser Naciri, créateur inspiré du festival, et de la Fondation Créative Den basée à Londres. Cette respiration m’a été salutaire après des mois à rechercher en vain des financements et des appuis pour mettre sur pied  ce concept de forum citoyen africain dédié à la jeunesse, à la culture, à la paix : le Forum Mondoblog Afrique.

Ces  trois photos souvenir font partie d’une belle exposition internationale organisée par une petite association rurale à Rohan, près de Pontivy, Solid’art, inaugurée le 16 mars. Crédit photo : Françoise Ramel

Du Sahara marocain à Agadez, capitale du Ténéré

Caravane culturelle pour la Paix
Dans Agadez, où l’accueil est formidable, joyeux, serein, la caravane culturelle pour la paix crée l’événement à l’occasion de la Journée nationale de la Concorde – Crédit photo Françoise Ramel

La preuve est que, même sans moyens, une ambition peut aboutir, pour peu qu’on ne baisse pas les bras et que l’on devine dans l’énergie de différentes prises de contact avec des inconnus qui vous donnent tout ce qu’ils ont, le potentiel à exploiter en allant au bout d’une simple idée née un dimanche de Toussaint un peu triste, à Pontivy. Après m’être impliquée bénévolement dans trois festivals au désert au Maroc et la Caravane culturelle pour la Paix organisée depuis 2013 par le Festival Essakane en exil (Festival au désert de Tombouctou, Mali), j’étais à la recherche de nouvelles expériences de coopération, à distance et in situ.

Le Forum Mondoblog Afrique a donc bien eu lieu, en avril 2018, dans une magnifique salle de cinéma que j’avais repérée lors de mes recheches internet. La salle Canal Olympia située sur la Blue Zone, une initiative du groupe Bolloré, était le cadre idéal pour organiser des temps d’échange et de projection, se mettre en apnée au frais pour parler de nos expériences et s’affranchir de cette propension à laisser la parole à d’autres, parce que les lieux manquent pour se sentir légitimes, pour se sentir écoutés.

Je n’ai jamais vu plus belle conférence de presse que celle de Sahel Hip Hop qui a joué le jeu en organisant toute sa programmation 2018 à la Blue Zone. Une belle palette de jeunes artistes venus de différentes parties du continent et mon amie Lydia Botana d’Espagne a de suite mis tout le monde au diapason : engagement, musique, plaisir d’être ensemble, volonté d’agir contre les fléaux qui minent l’initiative et la création.

Nomiis Gee et amaria à Agadez pour Plan B
Deux jeunes artistes internationaux, deux univers musicaux, une même langue : le haoussa. Entre Nomiss Gee et Amaria, l’une des Filles de l’Illighadad, une rencontre improbable à Agadez signée Plan B – Crédit photo Françoise Ramel

Son d’archive, présentation de la 4ème édition de Sahel Hip Hop et du Forum

C’est avec ces jeunes musiciens que j’ai eu la chance, une fois le Forum Mondoblog Afrique terminé, de me rendre à Agadez avec la 1ère édition de la Caravane pour la Paix. Cette fois le pari n’est pas simplement de réunir dans un même lieu des blogueurs, des artistes, des promoteurs culturels et des médias pour les faire avancer ensemble dans une belle capitale. Non, il s’agit d’emmener tout ce petit monde dans la zone rouge et d’aller à la rencontre d’une autre jeunesse qui a droit elle aussi au divertissement, à la culture, à la paix. Une jeunesse prise en otage par une situation internationale qui la dépasse et dont un certain héros s’appelle Bombino, grand musicien de culture nomade mis sur le devant de la scène grâce aux nominations des Grammy Awards 2019.

https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/bombino-accueilli-en-star-mondiale-agadez

Jusqu’à Tahoua, la route est praticable et le trafic particulièrement dense. J’aurais pu apercevoir quelques girafes, non loin de Niamey, je n’ai pas eu cette chance. Le paysage est fantastique et tranche d’emblée avec ce que j’avais perçu du Niger à travers sa capitale, bien boisée certes mais surtout encombrée par une circulation désordonnée, sauf le dimanche matin, où j’ai eu enfin l’impression de découvrir la ville sous son meilleur jour.

Au petit matin, départ de Tahoua pour Agadez en chanson, Quenn Rima, Maasta MC et Beezy Beezy offrent à Plan B une chouette improvisation, histoire de bien commencer la journée et de canaliser l’excitation palpable

Après Tahoua, il faut rouler dans le sable de part et d’autre de la piste trop endommagée. Dans la voiture, l’ambiance est top, même si la notion de danger n’échappe à personne. L’excitation est trop forte. Un panneau de sensibilisation contre l’usage des armes nous rappelle à la réalité. Quand un berger nous fait signe sur le bord de la route, impossible de s’arrêter pour lui laisser un peu d’eau. Nous sommes sous la responsabilité de notre conducteur et notre véhicule officiel ne passe pas inaperçu. Nous faisons quand même demi-tour pour déposer quelques bouteilles et nous reprenons la route, enfin, la direction vers Agadez, puisque nous zigzagons plus qu’autre chose. Derrière nous, le berger retourne à son troupeau, ni vu ni connu.

Au coeur de la zone rouge, un accueil fabuleux

Plus loin, nous croisons un cortège de pick up, chacun conduit par un jeune Kel tamasheq enturbanné dont nous ignorons si les intentions sont pacifiques ou non. Ces véhicules sans passagers me font penser au film Mirages d’Olivier Dury que j’ai mis au programme du Forum Mondoblog Afrique. Dans la région d’Agadez comme ailleurs dans d’autres régions du Sahara, où des filières de migrations clandestines sont organisées, les passeurs entassent hommes, femmes, enfants à l’arrière de ces pick up, jusqu’à ce qu’aucune personne ne puisse trouver place dans le convoi.

Danseur_Agadez
Plus fort que les clichés médiatiques, je suis touchée par la joie de ce jeune danseur qui rêve de voyager avec sa troupe grâce au hip hop et des chorégraphies inspirées de danses traditionnelles. Crédit photo Françoise Ramel

Je sais que c’est pour cela que je veux me rendre à Agadez, à cause de ce documentaire vu à Bannalec, en plein hiver, sous le chapiteau du festival « Les passeurs de lumière ». Même si je n’ai aucune chance de croiser un migrant, même si cela n’apporterait de toute façon aucune réponse, aucun réconfort à qui que ce soit, pas même à moi. Il y a comme ça des moments dans la vie où accepter de ne pas comprendre, assumer la gratuité d’un acte futile qui vous coûte en temps et en énergie, permet de vivre des expériences uniques et d’en sentir la profondeur, même si vous n’approchez la réalité que dans sa surface la plus superficielle.

La force de ce que j’ai vécu dans cette Caravane culturelle pour la Paix, je la puise auprès de mes compagnes et compagnons de route : Angie Tonton, Maasta MC, Beezy Beezy, Queen Rima, Amagbegnon, Toufiq, Nomiis Gee et son équipe TV, Fati Mariko, la doyenne de la troupe avec moi, et son fils Kitari. Ces jeunes artistes viennent du Bénin, de Guinée, du Maroc, du Nigéria voisin, du Libéria et de la capitale du Niger. Ils et elles n’ont jamais mis les pieds au Sahara. Le dépaysement est total. Leur niveau d’engagement dépasse mes espérances. Ni jeune, ni africaine, ni artiste, j’ai ma place, et une très belle place, dans cette expédition peu commune, aux élans fraternels et militants.

Je n’aurais pu imaginer si belle aventure, même si j’ai travaillé d’arrache-pied à la rendre possible à des milliers de kilomètres du désert dans ma petite sous-préfecture bretonne. Je n’ai passé que deux nuits à Agadez, mais l’intensité et la rareté sont l’essence même de ces mo(nu)ments qui se dressent sur le chemin d’une vie comme une pierre débout plantée au milieu d’une rangée d’autres pierres dressées (menhir en breton) à l’aube des temps.

Au-dessus de mon champs de menhirs imaginaire, j’aperçois désormais l’ombre portée du minaret en terre de la mosquée d’Agadez. Il me suffit de fermer les yeux pour sentir sous mes pieds qui grimpent dans la tour tout l’édifice s’ébranler imperceptiblement, comme si les prières emmagasinées entre ces murs durant des siècles se répandaient en milliers d’ondes jusqu’au sommet de la tour, symbole de tout un peuple nomade éparpillé dans le monde entier.

La 2ème caravane pour la paix partira de Niamey le 10 mars au lendemain du grand concert de Sahel Hip Hop et Musiques du monde au Centre Culturel Oumarou Ganda. La MJC d’Agadez résonnera de 1001 voix pour ré-enchanter le quotidien le 11 mars avec tous les artistes programmés pour cette 5ème édition d’un festival d’utilité publique, car cette équipe internationale ose ouvrir des brèches, avec les moyens du bord et l’apport de bonnes volontés, là où certains voudraient nous faire croire que seuls les horizons barbelés sont la vision possible du futur.

https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/sahel-hip-hop-et-musiques-du-monde-2019-met-lhonneur-la-femme

La 2ème édition nomade du Forum Mondoblog Afrique aura lieu du 25 au 29 juin 2019 à Abidjan au coeur du festival Afropolitain avec les mondoblogueurs volontaires pour porter l’initiative dans le cadre du village numérique dont TV5 Monde est partenaire.

B comme bonus

https://www.facebook.com/Sahelhiphop

Agadez à l’heure du hip-hop et du dance hall pour la Paix

https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/expedition-live-au-niger-scene-de-demain-ou-espoir-en-sursis

https://rohan-solidart.fr/

 


Boulogoudoute, mon village en Somalie

Liban est ici, en France, parce qu’il est toujours en vie. Il s’en étonne encore. 

En 2018, plus de 2000 candidat.es à l’exil ont fait la traversée de la Méditerranée. Combien y sont restés ? Ils étaient, paraît-il, plus nombreux en 2017. J’ai lu l’info, bien au chaud, un matin de marché à Pontivy, dans la presse quotidienne. Quelques lignes qui ne pèsent pas plus que le papier qui gît sur la table, dépossédé du sucre noyé dans ma tasse de café. A mes côtés, un demandeur d’asile somalien qui attend depuis un an à Pontivy que la France statue sur son sort. A Boulogoudoute, où Liban était respecté, utile, heureux, promis à un avenir enviable mis à part la menace terroriste et les séquelles de 25 années de guerre civile, la vie continue sans le fils du grand Doualé, l’ancien général devenu imam pour transmettre à ses étudiants le pouvoir spirituel de Djilani, père du soufisme, et œuvrer pour la paix.

Liban ne parle toujours pas français, il galère à trouver un emploi, mais il s’accroche. Il sera toujours temps de penser à gagner Londres, comme ses amis, pour ce jeune anglophone autodidacte, nourri à la BBC. Il est ici parce qu’il a choisi de faire confiance à un jeune président, Emmanuel Macron. Comme lui, Liban cultive en exil l’image du « leader of tomorrow« , sans doute le seul héritage qui lui reste, avec tout ce que sa mémoire incroyable a su protéger depuis l’enfance de chansons, de rituels, de psaumes, d’histoire, de proverbes. Liban est ici parce qu’il est en vie et il s’en étonne encore.

Faire des claquettes pour effacer le souvenir des tirs de mitraillettes

Liban Douale
Liban Doualé à Paris, place de la République, après son entretien à l’OFPRA  le 9 octobre 2018 – Crédit photo Françoise Ramel

En Allemagne, où il a séjourné quatorze mois en attente de papiers, Liban travaillait de façon légale ou suivait des formations dans un lycée professionnel avec de jeunes allemands. Il est parti un 31 décembre, de peur d’être renvoyé en Italie s’il était arrêté. Le 1er janvier 2019, Liban a fêté avec ses amis bretons son premier anniversaire en tant que résidant de l’hexagone, reconnaissant pour l’accueil et la sécurité dont il bénéficie désormais, ainsi que pour une opération chirurgicale dangereuse qui lui a permis de retrouver l’usage presque normal de sa jambe droite. En Allemagne, il n’a pas eu droit à cette chance.

Liban vient de s’inscrire à un cours de salsa et de claquettes américaines. Sa plus belle revanche sur les terroristes qui l’ont emprisonné, torturé, puis ont tenté de l’abattre, une nuit sans lune. Privé dans des conditions d’horreur absolue de toute sa famille, père, frère, femme, enfants, et toujours menacé de mort sur son lit d’hôpital à Kismayo, Liban a finalement décidé de quitter la Somalie en novembre 2015 et de rejoindre la première frontière. Combien de frontières ce jeune nomade a-t-il franchi depuis, la plupart du temps au péril de sa vie ? Kenya, Soudan, Tchad, Libye, Italie, Suisse, Allemagne, Autriche, France, voilà de quoi poser le cadre d’un trop long périple pour celui que ses compagnons d’infortune appellent « Docteur de Libye » avec beaucoup de respect et de reconnaissance.

Liban veut dire « chanceux », « Docteur de Libye » est son surnom

7000 kilomètres à vol d’oiseau séparent Pontivy de Boulogoudoute. Cette distance ne suffit pas à rendre compte de l’exil de Liban, de son déracinement, du choc culturel dans lequel l’a plongé son arrivée en Europe de façon irréversible.

Pontivy Journal, article sur Liban Douale
Liban aime par-dessus tout se sentir impliqué dans la vie locale comme en témoigne cet article du  Pontivy Journal

Liban Doualé appartient à un petit clan de Somalie, Sheekhaal. Ce sont des familles qui ne prétendent ni au pouvoir, ni aux armes, ni aux signes extérieurs de richesse. De culture nomade, la famille de Liban vit à Boulogoudoute (Buulo Gaduud), à 30 kilomètres au nord de Kismayo, dans la vallée de la Juba. S’il y a eu un lycée à Boulogoudoute, Liban n’en a jamais franchi les portes. L’établissement a été détruit en 1991 au début de la guerre civile. Liban est né en avril 1992. Tout ce qu’il sait, il l’a appris dans le Coran, dans la Bible et dans la brousse, où il guidait son troupeau de pâturage en pâturage.

Kismaayo ➡➡ Baar-Sanguuni

Wali safar dhulka ah ma ku martey Kismaayo ilaa Baar-Sanguuni ?Daawo dhulkan quruxda badan iyo barwaaqada taal dalkeena hodanka ah.Jubbaland State Official

Publiée par Jubbaland State Official sur Samedi 16 juin 2018

Au village, malgré son jeune âge, Liban est celui que l’on consulte et dont on applique le jugement dans les conflits. Aujourd’hui encore, il passe des heures au téléphone pour apporter ses conseils, accompagner des décisions difficiles. Il était celui à qui le seul médecin du village confiait le sort de ses patients. Ici, ce savoir pourtant utile ne lui est d’aucune aide. Mais en Libye, pendant les longs mois de captivité, il a permis de sauver de nombreuses vies, d’apporter réconfort et joie au milieu de la pestilence d’une geôle en plein cagnard gardée par des tortionnaires aux penchants sadiques.

Liban est musulman. Ses trois années d’exil ne l’ont pas perverti. Il ne boit pas d’alcool, ne fume pas de haschich. Il ne reste pas des journées entières couché à attendre que le temps passe. Il aime par dessus tout aller prendre son café en ville, y retrouver ses amis français, même si la barrière de la langue l’empêche encore de goûter à des conversations moins superficielles. Il aime sentir battre le rythme d’une vie, d’une ville, où chacun a oublié ce qu’est le prix de se sentir en sécurité.

Liban Douale et la maire de Pontivy
Liban pose avec la maire à l’occasion de la venue à Pontivy du trophée de la Coupe de France – Crédit photo Françoise Ramel

Idolâtré à Boulogoudoute depuis l’enfance, comme l’incarnation de la volonté divine, Liban n’est ici qu’un jeune étranger, drôle et sympa, un rien bavard et trop curieux. Il voudrait tout comprendre, tout essayer, même apprendre à chanter en breton. Liban croit peut-être qu’il aura plus de chance de trouver le graal d’une paix intérieure retrouvée dans cette culture ancestrale qui lui rappelle ses propres racines.

Avant de découvrir le fest noz, Liban n’attendait qu’une chose semaine après semaine : oublier ses peurs, les images de drame, son désœuvrement, dans le brouhaha et les vibrations exacerbées de l’unique discothèque du coin : le Missyl. Avec l’Europe, il a découvert les corps libérés de toute injonction religieuse et le redbull. Chez lui, danser, chanter, écouter de la musique, c’est courir le risque de croiser la mort si les terroristes te tombent dessus. Même vénérer les morts est un crime pour les salafistes. Alors vénérer la jeunesse dans ce qu’elle a de plus beau, de plus joyeux, de plus insouciant, ce n’est pas dans l’ordre des choses pour ces gens-là.

Ne plus avoir peur à chaque instant 

Ailleurs, ils s’appellent Daech, Boko Haram, Al-Qaida, AQMI. En Somalie, les terroristes ont choisi ce nom : al shabaab, ce qui signifie « les jeunes ». Pour un peu d’argent, ils sont prêts à trahir père et mère. C’est de cette façon, par une trahison de son meilleur ami, que Liban a failli perdre la vie alors qu’il psalmodiait en cachette des prières avec le grand Douale et ses étudiants sur le site du mausolée détruit de son grand-père.

Tout ce qui porte turban rappelle à Liban l’image de ces jeunes tueurs et le Sahara pour lui n’est qu’un vaste cimetière où des fous s’amusent à faire des courses de 4×4 avec des trentaines de migrants, hommes, femmes, enfants, entassés de façon inconfortable à l’arrière des pick-up et laissés pour morts s’ils ne sont pas assez résistants pendant la durée du voyage, une dizaine de jours.

Liban s’est retrouvé éjecté un jour de cette façon. Deux érythréens ont perdu la vie dans cette course folle. Comme si leur mort ne comptait pas plus que leur vie, ils n’ont eu droit à aucune sépulture. C’est cela l’exil de Liban et de tant d’autres, l’expérience d’une inhumanité décomplexée qui s’exerce à la vue du monde en toute impunité. Qui a ressenti un jour un très fort sentiment d’injustice peut sans doute mesurer que ce n’est rien, mais vraiment rien, à côté de ce qu’endurent au quotidien ces hommes, ces femmes, ces bébés à naître dans une lumière crue, celle de notre indifférence, celle du crime contre la dignité à laquelle à droit tout être humain.

Liban a payé sa rançon 8000 euros grâce à son clan qui s’est organisé pour retrouver ses dromadaires échappés et lui envoyer l’argent de la vente. Aujourd’hui, s’il voulait se rendre à Londres, il lui en coûterait 400 euros avec la certitude de ne pas se faire voler cet argent en cas d’échec.

Liban embarqué sur un pneumatique avant le naufrage. Il a survécu pendant 3 heures avant l’arrivée des secours. D’autres n’ont pas eu cette chance -Crédit photo Liban Doualé

« En Libye, tu parles, tu meurs. En Afrique, je préférais mourir mangé par un lion ou noyé en Méditerranée que par la main des terroristes ou de tortionnaires libyens. Mais quand j’étais balloté par les vagues, sans gilet de sauvetage et ne sachant pas nager, mourir ainsi m’a fait tout aussi peur. Les bateaux militaires autour n’ont envoyé aucun secours. Beaucoup de mes compagnons sont morts. Un bébé que j’avais sauvé de l’asphyxie dans un container est mort aussi ce jour-là. Quand des hommes qui ont le pouvoir d’intervenir regardent mourir d’autres humains sans réagir, c’est pire encore que le sadisme des fous furieux que j’ai croisé jusqu’ici. Nos vies n’ont aucune valeur. »

Liban Doualé

Le 1er janvier, date anniversaire de son arrivée en France, la radio associative Radio Bro Gwened diffusait un reportage inédit, où Liban témoigne et chante. J’y raconte comment Liban a sauvé de la noyade une petite allemande de quatre ans, au péril de sa propre vie. « Danke schön », voilà comment là-bas un acte héroïque est salué. Ce reportage sensible a été réalisé avec tact par Elaine Agrell, une anglaise en retraite à Mûr-de-Bretagne. Surpris par le froid et la pluie, Elaine et Liban s’étaient réfugiés dans l’église Notre-Dame-de-Joie pour garantir des conditions d’écoute optimales.

Et vous savez ce que cela a déclenché ? La colère d’un homme de Dieu, outré que l’on vienne ainsi profaner le silence de son église déserte. Oui, il y a des jours où même Dieu aurait bien mal au ventre à rire de nos odieuses comédies humaines.

« Cet homme me dit, tu vas réveiller les morts. Moi je vois son église complètement vide et je repense à Boulogoudoute, mon village en Somalie, à mon père et à ces centaines d’étudiants qui venaient de loin pour entendre son enseignement. Chez moi, on ne réveille pas les morts, on les vénère, on les chante. Et c’est pour cette unique raison, parce que les salafistes considèrent cela non conforme à leur vision de l’Islam que j’ai dû fuir mon pays, après avoir pleuré la décapitation de mon frère et assisté à l’exécution de mon père. Ma mère est morte en me mettant au monde parce qu’il n’y a pas d’hôpital à Boulogoudoute. Mon père est mort pour me garder en vie, parce que je voulais rester près de lui. »

Liban Doualé

Liban Douale au Kenya
Liban fuit au Kenya, il ignore tout de la longue série de dangers, d’obstacles, de mépris, d’humiliation, d’indifférence, qu’il aura à surmonter pour survivre et vivre loin des siens après avoir perdu toute sa famille en Somalie. Crédit photo Liban Doualé

Et croquer la vie à pleines dents, malgré tout

Liban vit à Pontivy comme s’il était en résidence surveillée. Il est accompagné depuis le 11 janvier 2018 par un dispositif appelé CAO (Centre d’accueil et d’orientation). Du jour au lendemain, malgré ses efforts pour s’intégrer, il peut être envoyé à l’autre bout de la France où il devra tout recommencer. Mais c’est le prix à payer pour espérer être mieux logé et mieux accompagner dans ses démarches par un CADA (Centre d’accueil des demandeurs d’asile), avec l’espoir surtout de ne plus rester oisif à attendre que quelqu’un décide de son sort et son avenir, impuissant et sans possibilité de comprendre les méandres de l’administration française.

Le courage, l’esprit positif de Liban et l’altruisme, sa foi en Dieu aussi, permettent à ce jeune somalien qui n’avait jamais imaginé venir un jour en Europe de rester à flot, de continuer à travailler sa confiance et son estime de soi, quand tout aurait pu le détruire jusqu’à sa dernière parcelle d’humanité.

Sa plus grande crainte ? Que son cœur se transforme en pierre et ne puisse plus jamais laisser entrer la lumière. Mais Liban est la lumière même et le grand Douale qui s’est sacrifié pour ce fils survivant, le bien nommé Liban, le chanceux, veille sur lui avec toute la bienveillance d’une force, de liens difficiles à comprendre pour nous : le pouvoir d’amour et de visions du sage soufi.

 

B comme Bonus

Pour écouter le reportage d’Elaine Agrell et accéder aux transcriptions, c’est par ici.

Comme dans cet article, Liban a connu de terribles conditions de détention à Sebha et Ben Ouled en Libye, avant de s’embarquer à Tripoli sur un bateau pneumatique.

Une carte de la Libye.

 

En 2016, intervention armée contre les groupes terroristes occupant la région de Boulogoudoute