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Pic de chaleur du week-end : Hertme en Hollande crée l’évènement !

Si la météo exceptionnelle pour ce début juillet avait de quoi mettre tout le monde en joie à l’ombre des hêtres centenaires, la chance par ce temps caniculaire de se croire, non pas au plat pays, mais au cœur d’une oasis en plein désert a fait toute la différence lors de l’ouverture d’Afrika Festival, à Hertme.

Afrika Festival, une initiative 100 % bénévole, compte à son actif pas moins de vingt-sept éditions, chacune mettant en lumière des talents, des identités culturelles que partagent avec tant de générosité et de plaisir des artistes issus de régions lointaines. Des artistes francophones pour leur très grande majorité.

Ibrahim et Said, les deux quitaristes chanteurs de Génération Taragalte
Ibrahim et Said, les deux quitaristes chanteurs de Génération Taragalte – Crédit photo Margot Canton-Lamousse

Génération Taragalte et Malikanw délivrent à travers des répertoires d’une grande richesse le message de la Caravane pour la Paix dans un esprit de solidarité, de fraternité, qui honore les artistes et appelle le respect. Le petit village d’Hertme est la première halte de cette nouvelle tournée, la première organisée loin du continent africain, grâce au soutien précieux d’une fondation hollandaise : la Fondation DOEN.

Sur scène, chaque artiste de la Caravane représente sa région d’origine en livrant les belles sonorités d’une musique traditionnelle vivante et transmise, autant de répertoires hérités d’une histoire singulière, autant de forces poétiques puisées à la source : ce vaste espace désertique que traversaient les chameliers entre le Maroc et le Mali.

Les musiciens à peine en place sur le plateau, chacun comprend déjà dans le public qu’une telle performance relève du défi politique autant que de la seule création musicale. Ici, la diversité se voit, se dit, se transmet, se chante, se danse. C’est une fête pour dire que la souffrance et l’indifférence n’ont et n’auront jamais de prise sur ce qui peut nous rassembler au lieu de nous détruire.

Car si la musique est reine le temps du concert, grâce à la magie, à l’énergie de l’instant présent qui unit dans une même euphorie artistes et festivaliers, il n’est pas seulement question de musique quand ces quinze artistes se prennent la main après 1 h 30 de scène pour le salut final, accompagnés par les instigateurs de ce pari fou : Manny Ansar pour le Festival au Désert en exil, Mohamed Doumbia pour le festival sur le Niger, Halim et Ibrahim Sbaï pour le Festival Taragalte.

Afrika Festival a vécu là un grand moment de son histoire, une émotion plus que palpable… simplement géniale.

Ibrahim, Mustapha et Said au Roots Festival, dimanche 5 juillet
Ibrahim, Mustapha et Said au Roots Festival, dimanche 5 juillet

Depuis la Caravane culturelle pour la Paix s’est envolée pour la France, après avoir fait l’ouverture du Roots Festival à Amsterdam dimanche dernier. Toute la troupe est installée pour quelques jours dans la vallée de Chamonix et se prépare pour le grand concert de samedi soir à l’Espace Olca aux Houches, un village qui a accueilli en 2013 et 2014 les deux premières éditions du festival La Croisée des chemins.

Khalifa sur la scène de Roots Festival à Amsterdam
Khalifa sur la scène de Roots Festival à Amsterdam

Ce concert de la Caravane culturelle pour la Paix, date unique en France, qu’on se le dise… a encore libéré une belle vague de chaleur humaine au pied de cette splendide chaîne des Alpes en perspective.

Deux réactions pour Mondoblog, envoyées par Georges, habitant de la vallée et grand connaisseur des musiques du monde rencontré à la Croisée des Chemins l’an dernier, ainsi que par Sylviane, qui a fait exprès le déplacement de Toulouse pour ne pas rater ce beau concert de la Caravane.

« Les musiciens avaient bien la pêche aussi bien les jeunes de Génération Taragalte que le melting-pot MALIKANW. Les filles ont bien « défendu le morceau » et ça faisait plaisir à voir ». Georges

« Et le concert du soir… Génial ! Ils ont tout donné… et les deux groupes sont visiblement heureux de partager la scène, la musique et le public ». Sylviane

Mohamed, concert d'ouverture de la Caravane, Roots Festival
Mohamed, concert d’ouverture de la Caravane, Roots Festival

B comme Bonus

https://www.culturalcaravanforpeace.org/

https://www.afrikafestivalhertme.nl/en/

https://www.cultuurpodium.nl/entry/1723

https://www.amsterdamroots.nl/roots-open-air/

https://www.sfinks.be/

https://www.festival-croiseedeschemins.com/images/Generation-Taragalte.pdf


Bruxelles-Taragalte : ligne directe, attachez vos montures !

La génération montante du blues touareg imprégnée, inspirée, déterminée
La génération montante du blues touareg imprégnée, inspirée, sans faux-semblant lors d’une captation vidéo au bivouac (Crédit image In Ze Box)

Plan B s’était aventuré dans les dunes de M’hamid el Ghizlane cet hiver. C’est ainsi, grâce à la Caravane culturelle pour la Paix notamment, qu’un groupe de jeunes musiciens d’origine nomade, Génération Taragalte, s’était  invité entre les lignes au fil de différents articles. Aujourd’hui, c’est à leur tour d’occuper le devant de la scène et de nous faire partager, si loin de l’ambiance feutrée du Bivouac du « Petit Prince », un peu de leur désert natal. Voilà des mois que Said et son frère Mustapha, Ibrahim, Mohamed et Khalifa, amis d’enfance déscolarisés avant l’heure, attendent ce tout premier contact avec le public européen, chez lui, au coeur de grands festivals et de belles cités cosmopolites, comme Bruxelles et Amsterdam. De culture berbère ou arabe, ils savent encore à peine s’exprimer en anglais ou en français, mais sur scène leur invitation au voyage vaut tous les langages.

Voir la vidéo réalisée par In Ze Box

A l’initiative du centre culturel Daarkom, en plein coeur de Bruxelles, Génération Taragalte jouera ce soir dans une ambiance somme toute familière, teintée de l’esprit des

repas de fête du ramadan. Ce concert, le premier d’une série de dates clairsemées courant juillet, dont une halte unique de la Caravane culturelle pour la Paix en France, le 11 juillet aux Houches, conservera à coup sûr pour ces artistes une saveur inoubliable : celle d’une liberté (presque) accessible.

La bienvenue au bivouac, signée Le Chat de Geluck
La bienvenue au bivouac, signée Le Chat de Geluck

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En attendant le concert, petit tour en ville, arrêt De Brouckere, tout le monde descend !

Nous y voilà, la canicule aidant, on s’y croirait presque ! Bruxelles-les-Bains, ambiance carte postale, le charme romantique de son chalet Robinson au coeur du Bois de la Cambre, son musée Folon si accueillant dans les anciennes écuries chaulées du Château de la Hulpe et puis la surprise, en sortant du métro De Brouckere pour rejoindre le centre-ville : vision surréaliste d’une capitale européenne qui aurait décrété que les tables de ping-pong, les terrains de boules feraient aussi bon effet sur l’immense avenue que les files bruyantes de voitures.

https://www.lesoir.be/922540/article/actualite/regions/bruxelles/2015-06-29/au-coeur-du-pietonnier-bruxelles-c-est-genial-video

Les enfants trempés jouent avec les fontaines sous le regard amusé des adultes qui dégoulinant de sueur en feraient bien autant. Le dérèglement climatique s’assortirait-il d’une vision moins stressante, moins pesante, du développement urbain ? Donnerait-il à voir la vie citadine sous son meilleur jour ? Celui d’un réchauffement possible de certains espaces publics habituellement condamnés à n’être que le décor (superflu ?) de flux incessants et polluants ?

Se pourrait-il que le désert recule aussi dans nos villes, quand la collectivité gestionnaire ose enfin réaffirmer qu’il faut faire de la place au coeur de nos sociétés, au coeur de nos vies ultramécanisées, ultracompartimentées et ultracompliquées… à l’imaginaire, à la joie, à la simplicité dans nos rapports humains ?

Ce serait une bonne idée de profiter du Prix de l’affiche Folon pour nous faire rêver, réfléchir, avancer sur ces questions qui touchent au quotidien de chacun. Le thème 2015 est « Vivre en ville ». Libre à vous de replonger ou non dans l’esprit de liberté que le dessinateur belge avait su insuffler dans la sobriété de ses aquarelles.

« Ça fait tellement rêver ses tableaux », Nolwenn, 9 ans, fan du Musée Folon

« Une feuille blanche est un univers infini », Folon

https://fondationfolon.be/prix-de-laffiche-folon-2015/

Cette nuit Taragalte qui promet d’être particulièrement chaude est aussi l’occasion d’attirer l’attention sur une cause bien spécifique, à laquelle le public du Festival des Houches, La Croisée des chemins, avait pu avoir accès l’été dernier grâce à la projection de ce très beau documentaire,  « Les Chemins de Mahjouba », en présence de sa réalisatrice.

Voilà comment j’avais eu envie de mettre en mots ces images bouleversantes qui nous amènent si près d’un visage, d’une relation, d’un dilemme personnel, d’une histoire singulière, quoique vieille comme le monde, pour nous faire partager l’intimité d’une souffrance terrible. Avec toute la retenue dont est capable Rafaele Layani, experte dans l’art de faire disparaître la caméra, le face-à-face imprime dans nos rétines la trace de ce mal-être qu’une société peut créer quand la naissance d’un enfant n’obéit pas aux règles édictées au seul nom des pères.

Ni documentaire, ni portrait, ni road movie, alors quoi ? Un paysage défile sous nos yeux, comme une histoire qui échappe au regard, anonyme, aussi anonyme que ces jeunes filles mises au ban d’une société patriarcale pour avoir donné la vie à un enfant sans père. Sans le pardon de leur famille, ces adolescentes restent sans papiers, exposées à tous les abus, à toutes les solutions extrêmes, dont celle de vendre la chair de leur chair.

Nous sommes au Maroc dans l’habitacle d’un véhicule associatif, avec Mahjouba, dont le choix de prendre soin au quotidien de ces mères célibataires sans ressource, révèle toute la force de la patience, du dialogue, de l’engagement. Ce film autoproduit, d’une rare justesse, est né de la rencontre entre cette femme incroyable et le père de la réalisatrice. 

De dix ans de travail, Rafaele Layani garde au montage de nombreuses séquences filmées du tableau de bord de cette voiture qui ramène les filles à leur famille dans l’espoir d’une issue plus heureuse à leur grossesse. Dans ce huis clos, que ne troublent aucune intention, aucun jugement occidental, l’auteure parvient à saisir et préserver la liberté d’une parole échangée entre la femme adulte et la fille mère.

Les personnalités de chacune ressortent, la singularité de leur situation se comprend sans qu’il soit nécessaire d’en savoir plus. Les échanges, jeu de questions-réponses tranquille malgré la tension perceptible, sont entrecoupés de silences expressifs, seul écho possible au conflit intérieur qui brise ces filles. Au volant comme dans son bureau, Mahjouba leur tient la main fermement pour donner à ces mères la force dont elles ont besoin. Tout est dans ce lien, dans cette confiance réciproque qui se donne.

Le film n’en est que plus juste, plus troublant, puisque le propos de la réalisatrice ne s’embarrasse d’aucune contextualisation, d’aucun récit superflu. Elle recueille, habile et discrète, ce que ces femmes marocaines acceptent de nous donner à voir, à entendre d’elles-mêmes. Mais au-delà  du drame individuel, « Les Chemins de Mahjouba » touche au plus près le drame de toutes les sociétés construites au nom du père, du fils et de l’injustice quand elle fait loi.

En savoir plus : https://www.oumelbanine.net

B comme bonus

Facebook de Génération Taragalte

Site de la Caravane culturelle pour la Paix

https://www.facebook.com/in.zebox.studio


Cap sur les dunes avec Sagazic, la nomade aptitude !

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Sous la khaîma comme à la maison, la fête de la musique, ici, c’est quand on veut !

 

 

 

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A mon retour du Sahara, une photo prise à Vannes au détour d’une visite surprise d’un ami et d’un concours de danses

 

 

 

 

 

Ce week-end en France, nos villes et nos villages vont se transformer en scènes ouvertes, dans un bel hommage fédérateur à la diversité, à la pratique amateur, à la bonhomie des virées nocturnes en famille, entre amis. Quand la rue est à nous…autrement que pour y manifester le désarroi, la colère ou la haine de l’autre. 

Pourquoi faut-il que le reste du temps, les choses se compliquent, que la peur de la différence reprenne le dessus ? Mettez une bretonne entre deux frères nomades, arabes, musulmans, et deux jolies frangines du pays bigouden dans les bras d’un bel algérien, vous voyez quoi là ?

Je me souviens de la toute première fête de la musique, c’était géant. Un vent de folie, de liberté. 1982, l’année de mon bac. J’avais dans les mains une pompe à vélo pour tout instrument et je m’en donnais à coeur joie avec les copains. Nostalgie de l’insouciance d’une jeunesse qui croit encore que tout est possible, à portée de rêve. Les édtions se succédant, ce rendez-vous populaire s’est sans doute trop institutionnalisé pour garder cette fraicheur des premières fois, mais il y a toujours de belles surprises.

A Châteaubourg, en Bretagne, une association comme il en existe tant sera à la fête elle aussi ce week-end. et si j’en parle dans Plan B,c’est parce que je n’en aurais jamais entendu parler, moi qui vit à quelques 130 kilomètres de là, si je ne m’étais pas intéressée au programme d’un festival qui se déroulait en avril dernier au Sahara.

Groupe (1)

 

Comme la Bretagne, le sud du Maroc et son désert majestueux sont une grande terre de festivals.  Cette fois, nous en faisons l’expérience grâce aux liens qu’une association bretonne a su tisser avec des acteurs culturels de la région de Merzouga.  Cette association s’appelle SAGAZIC, c’est ce qui avait suscité ma curiosité quand j’étais tombée un peu (ou pas) par hasard sur le programme de ce festival.  Une vérification rapide sur le net et j’avais pris contact illico pour comprendre ce qu’allaient faire dans les dunes des percussionistes amateurs de Châteaubourg, petite agglomération de 6000 âmes située entre Rennes et Vitré.

J’avais moi-même eu la chance de vivre de l’intérieur le montage d’un festival en plein désert, à M’hamid el Ghizlane, le festival Taragalte, et d’y rencontrer presque autant d’occidentaux que de nomades. De là à imaginer sur scène des musiciens bretons amateurs, et comme si ce n’était pas déjà une splendide invitation, imaginer ces mêmes musiciens animer les ateliers percussion d’un festival africain, autant dire que Plan B tenait là un vrai bon sujet ! Après tout, ces musiciens auraient tout aussi bien pu choisir de jouer dans un bagad ou s’adonner à la country music très en vogue dans nos contrées rurales, pourtant si riches en culture traditionnelle, Mais non, leur truc, c’est de vibrer au son du djembé et alors ? Moi je veux bien jouer de l’hélicon, ça vous rapelle rien ?

Allez ! Musique !

Pom pom pom pom ! C’est en avril que l’association saharienne pour le développement touristique et culturel organise chaque année à Merzouga  ce carrefour des musiques du monde. Pour répondre à l’invitation, SAGAZIC compagnie organise le voyage pour 17 de ses adhérents, le temps d’une semaine express, durant laquelle la troupe a parcouru plus de 1300 Kilomètres de bitume, toujours à plus de 1000 mètres d’altitude. On devine aisément qu’un tel séjour ne s’improvise pas et qu’il repose sur des rapports d’amitié, de confiance, construits avec le temps.

« Une fois sur place, ça a été quasi du non-stop, trois jours de fête  pour le triomphe des valeurs, de brassage, d’échange et de respect mutuel. Plus qu’un festival, c’est une rencontre entre la culture occidentale et  les traditions ancestrales berbères, une expérience enrichissante aussi bien pour le public, les artistes que les habitants de la région. »

Sandrine RAJI, coordonatrice de l’association Sagazic

Voici par le menu le déroulé de ces trois jours, qu’il faut resituer dans un cadre de rêve pour mieux en percevoir toutes les saveurs, toutes les valeurs.  Le récit est de Sandrine, que je remercie au passage pour avoir tenu parole. Je dois bien avouer que sans la récupération salutaire d’après-campagne électorale et la préparation du Salon des Ecoterritoirales,  je me serais bien invitée dans ce mini-bus, pour raconter avec mes propres mots ce périple Bretagne-Sahara !

Car l’aventure ne s’arrête pas là, le rendez-vous est déjà pris pour 2016, avec cette fois sur la ligne de départ une dizaine de jeunes musiciens bretons, qui suivent les cours de percussions dispensés par l’association, une belle façon de s’ouvrir à la culture africaine au pays de la veuze et de la bouèze, instruments traditionnels de Haute-Bretagne.  D’ailleurs la bouèze (comprenez l’accordéon diatonique) était justement à la fête ce week-end, non loin de Châteaubourg, avec 300 musiciens accueillis dans une commune qui compte à peine plus de 200 habitants : Montautour. Paradoxe de nos sociétés modernes qui ont vidé les campagnes à l’échelle de la planète, sans pour autant venir à bout, et c’est heureux, de la diversité culturelle dont elles étaient non seulement les espaces dépositaires, mais aussi les lieux privilégiés de transmission.

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« L’entrée de Merzouga signifie la fin du bitume. Vendredi 17 Avril, SAGAZIC a ouvert le festival en déambulant sur 300 mètres de piste pour atteindre la scène érigée entre les dunes. La troupe  était escortée par une caravane de dromadaires et  accompagnée d’un groupe local folklorique de Gnaouas (descendants d’anciens esclaves noirs). La SAGAZIC compagnie a également  rythmé l’arrivée du gouverneur de la région de Rachidia, parrain du festival.

Le samedi 18 avril a été  une journée riche d’émotions et de chaleur humaine. En effet, l’association s’est rendue dans un ancien village typique du désert, appelé ksar «Amessifi Ghorfa Rissani ». Elle a été sollicitée par l’Association Messifienne de développement rural pour animer  un atelier d’éducation à l’hygiène bucco-dentaire, pour un groupe d’enfants âgés de 3 à 6 ans. Parallèlement, un autre atelier créatif a été proposé.

La renontre, ça marche même sans les percu, ici, à l'école
La renontre, ça marche même sans les percus, ici, à l’école d’un village voisin du festival

En France, plus d’une centaine de briques vides de lait et de jus de fruits avaient été récoltés par les membres de Sagazic, afin de les transformer en de  véritables porte monnaies. Cent quarante enfants ont confectionnés leur petite bourse avec beaucoup d’enthousiasme et de dextérité. Cette matinée  s’est clôturée par les chants des enfants accompagnés des percussions de SAGAZIC, à la grande joie de tous. Tous les adhérents ont été conviés à un déjeuner typique chez le chef du village. Avant de repartir dans le mini-bus, la trésorière  de SAGAZIC a remis un don d’un montant  de 200 euros à l’AMDR. Un futur projet de convention entre les deux associations est en réflexion…

Le journée du dimanche 19 avril a été très dense pour la Sagazic Compagnie. Le matin, de jeunes sportifs du collège de Rissani ont rivalisé en endurance et effort sur une distance de 2 kilomètres, sous une température de  37 degrés. Ensuite, cinq membres castelbourgeois ont participé à la course solidaire organisée dans le cadre du festival et parrainée par le vainqueur du marathon des sables 2015. Ils  ont traversé trois kilomètres de dunes suivis de cinq kilomètres de plateaux naturels avant de franchir la ligne d’arrivée. L’aventure s’est poursuivie le soir sur scène où la troupe a fait vibrer les planches  au son des percussions pour leur dernière prestation. Les couleurs, les rythmes, les mouvements et les gestes ont donné à l’ambiance une tonalité bien africaine. Cette dernière soirée a été synonyme de rencontres et d’échanges  avec des artistes notamment Mouloud Meskaoui leader de la chanson africaine au Maroc. En effet, lors de sa prestation, la Sagazic compagnie s’est déchaînée au pied de la scène et a improvisé une BOUM pour tout le Staff! Le chanteur nous le rendant bien. Durant la soirée, des interviews de la  télé nationale marocaine(2M) et une chaîne espagnole ainsi que radio et presse(Libération et CNN arabic) se sont succédées.

Fatigués mais repus de reconnaissance, la troupe a rejoint le bus sous les acclamations des festivaliers.

….et moi qui reprend ici le fil du récit, c’est sur la pointe des pieds que je vous salue pour ne réveiller personne. Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle fête de la musique, n’oubliez pas la pompe à vélo ou la scie musicale,histoire de revenir aux fondamentaux. Je vous donne rendez-vous avec un de mes amis, rencontré justement au Sahara, lui aussi, au Festival Taragalte, le plus breton des africains, comme j’aime à le décrire. J’ai nommé Monsieur Mory TOURE, dont le projet fou s’offre une belle vitrine ce mois-ci dans les colonnes de Afrique Magazine : RADIO AFRIKA.

Et pour rester dans l’ambiance Fête de la musique, un petit vent de folie si ça vous dit !

Mais finalement, j’ai une meilleure idée pour nous quitter : laisser le dernier mot de l’aventure de Sagazic à celui qui y est pour quelque chose, le directeur du festival de Merzouga. Nasser Palace s’exprime ici en espagnol, mais ce n’est pas plus mal, comme ça vous avez droit aux sous-titres en arabe et français. Et le message passe dans toutes les langues, dans toutes les cultures, c’est malheureusement dans les pratiques que ça passe toujours pas.

Cherchez la frontière ! Et vous tuerez le nomade qui sommeille en vous !

B comme Bonus

https://www.sagazic.fr/

https://festivalmerzouga.com/2015/fr/

https://www.lematin.ma/journal/2015/troisieme-festival-international-des-musiques-du-monde_sonorites-et-rythmes-envoutants–sur-les-dunes-de-merzouga/221421.html

 

 

 

 

 

 

 

 


Allo Papa Tango Charlie, l’espoir incarné d’Oumar Badi

Dans les coulisses de l'exil, l'ombre d'un espoir
Dans les coulisses de l’exil, l’ombre d’un espoir, dans la lumière de l’espoir, le poids de l’exil

Surprise! Révélé en 2012 par le Festival au désert, le groupe Tadalat s’apprête à remonter sur scène à Bamako le 6 juin. Oumar, Mohamed, Abouba et Zeidi répondent à l’invitation d’étudiants du Nord-Mali installés dans la capitale. L’envie de parler d’un concert à venir ne s’était pas encore présentée sur Plan B. Je saisis l’occasion. Trop hâte de venir aux nouvelles, car voilà bientôt deux ans que nous en attendons, et des bonnes si possible. 

J’aurais aimé que cet article soit l’opportunité d’une vraie rencontre avec Oumar Badi à l’origine de la création de Tadalat et toujours pilier du groupe qu’il compte bien réunir pour reprendre le chantier, là où il a dû être abandonné faute de solution : à savoir l’enregistrement et la sortie d’un deuxième album. Mais Oumar, coincé en Algérie depuis tout ce temps par des problèmes de passeport, a d’autres urgences. C’est bien normal. Alors nous nous passerons de l’interview pour ne retenir que l’essentiel : il se pourrait bien que Tadalat revienne prochainement sur le devant de la scène. Voilà qui n’est pas pour nous déplaire.

Histoire de situer l’état d’esprit et le contexte de cet entretien que vous ne lirez pas ici, en tout cas pas aujourd’hui : quand je demande à mon ami Oumar, est-ce que le concert du 6 juin aura bien lieu, sachant combien il est toujours aussi difficile de se déplacer en toute sécurité au Nord-Mali, voilà la réponse qui trahit si bien à mes yeux les mondes qui nous séparent.

 « Inchallah, tous les gens parlent du concert du 6 ». 

Oumar Badi, leader de Tadalat, dans les flashs des photographes. Crédit photo Valentina Loretelli, 2013
Oumar Badi, leader de Tadalat, dans les flashs des photographes. Crédit photo Valentina Loretelli, 2013

Absent des écrans radars, quoique reformé avec d’autres musiciens à Tamanrasset autour du chanteur Oumar Badi, le groupe Tadalat tel que nous l’avons connu et soutenu, ici, en Bretagne, existe-t-il toujours ?

C’était en juin 2013. Ils arrivaient de Kidal, ou plutôt non, ils arrivaient de la brousse, refuge obligé pour certains, ou d’ailleurs, loin de Kidal. Des bénévoles bretons les avaient accueillis dans la région de Pontivy et accompagnés sur pas moins de 36 dates en trois mois. Une formidable aventure qui aurait presque fait oublier d’où venaient ces jeunes artistes autodidactes et le chaos qu’ils laissaient derrière eux le temps d’un rêve éveillé… le temps d’une parenthèse qu’il ne fût pas question, ni pour nous, ni pour eux, de refermer à la fin de l’été.

Pourtant, de retour au Mali fin août 2013, cette énergie folle, ce talent attesté, cette volonté de surmonter ensemble le traumatisme de la terreur exercée par les djihadistes à Kidal et ailleurs sur les artistes, n’y feront rien. Au gré des aléas, absence de moyens et de perspectives oblige, chacun reprend son chemin, séparément, avec pour seule monnaie d’échange, sa capacité de débrouille, d’adaptation, faisant appel à un art qui n’a rien à voir avec la scène et la magie du spectacle. Chez les Kel Tamasheqs comme pour tout autre peuple pris dans les feux d’une lutte armée, chacun se doit d’être patient et sacrément bien préparé à l’art du Plan B, l’art de la survie.

Retour à la case départ. Tadalat disparaît des écrans radars.

La tournée est mise sur pied par des bénévoles. Du travail de pro pour promouvoir le talent et la diversité culturelle !
La tournée est mise sur pied par des bénévoles. Du travail de pro pour promouvoir le talent et la diversité culturelle !

Je me rappelle ma première rencontre avec Oumar Badi, dans les studios d’une radio associative à Pontivy : Radio Bro Gwened. Le groupe venait de poser ses valises en pleine cambrousse dans une longère prêtée par un habitant. Une dizaine de jours plus tard, Tadalat se produisait à Kergrist, petite commune rurale, à l’occasion de la fête de la musique. Un concert rendu possible grâce à la réactivité du maire, Bruno Servel et celle de son adjoint à la culture, Philippe Guillo. Nous sommes le 18 juin 2013, ça vous dit peut-être quelque chose. Ce jour-là, à Ouagadougou, Blaise Compaoré obtient une avancée dans les pourparlers entre les différentes parties opposées dans le conflit malien. « Un accord qui fait la part belle à Bamako, admettent tous les signataires, mais qui n’occulte pas les problèmes de développement du nord du Mali. » Source : RFI.

L’élection du nouveau président malien aura lieu quelques mois plus tard, le 11 août exactement. Je m’en souviens parce que ce jour-là, Tadalat tenait la vedette sur la scène du Festival « La Croisée des chemins », aux Houches. Magnifique concert de clôture, explosion d’émotions mémorable, en présence de Manny Ansar, directeur du Festival au désert en exil et de toute une équipe internationale réunie au pied du Mont Blanc pour réfléchir à la façon de faire vivre cette ambition culturelle, grâce à la solidarité des réseaux. Une sorte d’exil solidaire à inventer, si vous voulez.

Manny Ansar lors de la 1ère édition du Festival La croisée des chemins
Manny Ansar lors de la 1ère édition du Festival La croisée des chemins

Cette même année, en octobre, Manny Ansar recevra au Pays de Galles le prix WOMEX au nom de toute cette équipe mobilisée au service des droits culturels, du dialogue entre les cultures, de la paix. « Ce prix d’excellence est surtout un soutien moral. Il est très important pour nous que ce que nous faisons soit reconnu à l’échelle internationale, que nos partenaires entendent cela. Et le fait de parler d’une façon positive du Mali, c’est cela le plus important pour nous »  Extrait d’une nterview passionnante

https://www.rfi.fr/emission/20131028-manny-ansar-directeur-le-festival-desert-tombouctou/

Mais revenons en Centre-Bretagne. Le 18 juin, à Kergrist, Philippe Guillo avait à ses côtés, derrière l’immense table de mixage high tech, un autre professionnel du son, l’instigateur de ce projet fou, le manager de cette première (et unique) tournée  : Abdallah Ag Amano (Sahara Sounds). Après avoir réussi à trouver les musiciens réfugiés au quatre points cardinaux, mis en branle tout le processus pour les faire venir sains et saufs à Bamako, obtenir les visas et, au passage, le soutien financier du service culturel de l’ambassade de France, Abdallah pouvait se féliciter de voir ses efforts récompensés par un accueil aussi chaleureux que spontané.

Comme moi, d’autres bénévoles ont rejoint le projet au pied levé pour que cette résidence informelle permette à Tadalat de conquérir les scènes bretonnes et celles d’autres festivals européens. Nous avons fait connaissance en chemin, simplement, naturellement, à l’image de cette tradition d’hospitalité qui veut qu’au Sahara tout étranger puisse venir s’asseoir près du feu et partager le verre de thé brûlant qu’un inconnu vient de lui tendre sans autre formalité.

Un 1er album, une 1ère tournée internationale et puis...retour au Mali oblige, silence radio !
Un 1er album, une 1ère tournée internationale et puis… retour au Mali oblige, silence radio ! Allo Papa Tango Charlie…

Cette tournée 2013 sous le  signe de l’espoir (traduction littérale de Tadalat qui veut dire aussi pâturage) a permis à chacun de se remettre au travail, de se replonger dans la musique, avec des conditions impossibles à réunir dans un Mali en guerre. J’ai vu ces jeunes musiciens répéter jusqu’à pas d’heure entre les concerts, j’ai partagé leurs repas, leur joie de vivre, leur fatigue, j’ai senti leur ferveur, j’ai vibré avec les publics qu’ils ont touchés par leur musique et leur énergie, je les ai vus exulter sur scène, donnant toujours le meilleur, quel que soit le type de concert et le montant du cachet, parfois inexistant.

Devant une salle comble et surchauffée, ils étaient tout simplement étonnants de simplicité, de sincérité, d’enthousiasme. Je me souviens de ce concert du 24 juillet, sur la scène du théâtre mis à leur disposition par la ville de Pontivy le temps d’enregistrer leurs nouveaux morceaux. Unique occasion finalement qu’ils auront eu cet été-là de se produire dans une vraie salle de spectacle. Etape-clé surtout de leur parcours artistique qui préfigurait la sortie d’un deuxième album, en grande partie made in Breizh. Bien que confrontés au coût déjà exorbitant de notre mode de vie, ainsi qu’aux charges d’une tournée autofinancée, Tadalat avait donné ce concert gratuitement. L’élue Culture que j’étais alors enrage encore !

Etienne Callac, prof de basse au conservatoire, répond tout de suite présent. Au changement d'assemblée, mars 2014, le projet de coopération culturelle est enterré par les nouveaux élus. Photo prise en octobre 2014, lors du retour de Zeidi en Bretagne après des mois de combat pour son visa.
Un dossier qui traïne sans raison et au changement d’assemblée, les nouveaux élus enterrent le projet de coopération culturelle. Retrouvailles d’Etienne et Zeidi devant le conservatoire de Pontivy dont les portes restent fermées.

Je me souviens aussi du bonheur de cette rencontre entre Etienne Callac, bassiste de renommée internationale, professeur au conservatoire de Pontivy, et Zeidi Ag Baba, au bar Le P’tit Zeff, à St-Nicolas des Eaux. Etienne me conforte dans l’idée que Zeidi ferait une recrue de choix pour notre école de musique intercommunale. Je me mets au travail pour monter le dossier, trouver les financements. Chance inouïe, notre département du Morbihan a un accord de coopération avec le Nord-Mali. Autre aubaine, je découvre qu’un programme de coopération existe entre la France et le Mali pour accueillir des jeunes en service volontaire. Leur accueil est pris en charge par le ministère des Affaires étrangères. Je m’étonne. Aucun artiste, aucun nomade, aucun non-diplômé n’a encore bénéficié de ce dispositif national qui défend pourtant officiellement l’accès de la culture à tous. Autre déconvenue, côté français, le monde rural est lui aussi absent du dispositif.

Pour quelle raison objective ? Je ne le saurai jamais. Elle est belle l’égalité des territoires. Les financements vont d’abord aux structures qui ont de quoi fournir l’ingénierie, donc aux zones urbaines. Comme si le travail des bénévoles,  a fortiori celui des élu-es bénévoles, comptaient pour du beurre dès qu’il s’agit de d’entrer dans des cases nationales, alors que le reste du temps, ce sont ces mêmes bénévoles qui font vivre la culture, en permanence sur la corde raide et chaque jour un peu plus,  pour palier le désengagement de l’Etat, des collectivités locales, sur des enjeux aussi importants pour lutter contre la montée des discours extrémistes en tout genre.

Zeidi et Intidao sur scène avec Génération Taragalte le 6 janvier 2015 à Rabat.
Veille de l’attentat contre Charlie, Zeidi joue sur scène avec Génération Taragalte et Intidao, à Rabat. Il rejoint la Caravane culturelle pour la Paix.

La question sera vite sans objet. Mars 2014, élections locales, changement d’assemblée communautaire, le projet de coopération culturelle est enterré à la première réunion de commission par les nouveaux décideurs fraîchement élus au suffrage universel. Zeidi, inscrit au conservatoire depuis septembre 2013, n’y entrera pas. Il reviendra seulement un an plus tard, après des mois de combat pour son visa. Un petit mois en visite privée au lieu d’un an de service civique à promouvoir l’apprentissage de la musique et l’échange interculturel auprès des habitants de nos communes rurales, comment défendre de vraies ambitions pour la culture dans ces conditions ?

Pour couronner le tout, le préfet du Morbihan refusera la demande de prolongation de séjour qui aurait permis de finaliser la réalisation d’une maquette enregistrée en urgence à Cléguérec et de garder un infime espoir de ne pas avoir fait tout ce chemin avec Tadalat pour rien. Grâce à la Caravane culturelle pour la Paix, Zeidi aura tout de même la chance de se produire en concert de nombreuses fois et avec des grands noms de la scène africaine, comme Intidao (Tinariwen) et bien d’autres, avant de rentrer chez lui à Kidal, le mois dernier, pour y retrouver sa famille, ainsi que ses anciens camarades de scène.

Quoiqu’il en soit, c’est Oumar qui a raison en ne retenant que le meilleur de cette rencontre entre la Bretagne et le Nord-Mali, portée par des habitants qui ne se connaissaient pas auparavant et qui n’ont pas jugé utile de se réunir en association pour agir ou d’attendre d’avoir des subventions. La source était là, à portée de main, alors nous nous sommes simplement mis dans les rangs pour que Tadalat abreuve de la meilleure eau qui soit notre beau désert breton. Et puis, la caravane passe…

« Vraiment je suis très content de vous les Bretons, vous nous avez très bien accueillis pendant notre tournée en été 2013 et après avoir fini la tournée, j’ai fait 4 festivals en Algérie. Depuis, rien ne s’est vraiment passé. Les autres étaient à Kidal, Zeidi a pas mal bougé hors du Mali et moi je suis resté à Tamanrasset, pour des histoires de passeport. Il est difficile de se déplacer avec les problèmes au Nord. L’album, on espère bien le sortir bientôt. Avec quels moyens ? Aucune idée ! » 

Oumar Badi

Concert de clôture au Festival des Houches, la classe des grands combinée à l'humilité, la générosité de celui qui sait qu'il ne fait que passer...
Concert de clôture au Festival des Houches, la classe des grands combinée à l’humilité, la générosité de celui qui sait qu’il ne fait que passer…

Pour finir sur une note positive, je veux d’abord saluer ces étudiants à Bamako qui nous font ce plaisir de  pouvoir reprendre contact avec nos amis de Tadalat grâce au concert qu’ils organisent samedi au Centre Toumast. Je vous invite au passage à regarder une vidéo qui vous mettra de suite dans l’ambiance, même si la qualité sonore de cette captation laisse à désirer. Ca vaut toutes les conclusions…Poussez les chaises si vous êtes dans votre cuisine. L’espoir incarné de Tadalat est plus que contagieux, il est positivement décapant !

https://www.facebook.com/tadalat.official/videos/609466142458294/?hc_location=ufi

Je voudrais aussi vous inviter à prendre le temps de lire cette charte réactualisée en avril dernier par les acteurs du réseau Zone franche et rappeler combien chacun, par ses choix, ses actes, ses réseaux, contribue à faire vivre cet engagement partagé, ne serait-ce que par la chaleur humaine que nous dégageons, ensemble, en tant que public, de la plus petite salle de concert au Zenith, grâce à ces artistes qui nous font vibrer parce qu’ils en ont le pouvoir.

Pour certains, c’est parfois le seul pouvoir qu’ils ont, face aux lourdes machines administratives qui les broient comme fétus de paille, mais ce pouvoir-là, personne ne peut le leur enlever, si ce n’est les groupes terroristes et l’indifférence, a fortiori la haine rampante qui recouvre « consciencieusement » nos esprits autrefois éclairés…

 Aussi vite et silencieusement que le lierre peut tuer un arbre millénaire.

https://droitsculturels.org/wp-content/uploads/2015/06/charteZoneFranche.pdf

B comme Bonus

Pour aider Tadalat a franchir la barre des 2000 J’aime

Faire circuler l’invitation du concert de samedi dans vos réseaux pour soutenir

Mondial Folk : Tadalat défend la cause Touareg devant le public breton

Extraits Live filmés à Afrik O’Bendy

Du désert malien au centre-Bretagne, le bel espoir de Tadalat

Ma culture pour tout passport 

Souvenirs d’Italie en image

https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/cartocrise-culture-francaise-tu-te-meurs_26647#5/46.995/4.482

https://www.culturalcaravanforpeace.org/


Les oiseaux connaissent le voyage, pas l’exil

Il est né dans le désert, à Tessalit. C’est un artiste de renommée internationale. Vous le connaissez, peut-être. Exilé en Algérie, Abdallah Ag Lamida dit Intidao a fait partie ces derniers mois de la superbe affiche à l’initiative de la Caravane culturelle pour la paix qui a fait halte à Taragalte, Ségou, Mobti, Bamako, et sera bientôt pour la première fois sur les scènes des festivals européens. Rencontre avec un homme libre dont les choix restent dictés par le besoin d’exprimer ses convictions profondes et le besoin de se nourrir aux racines du chant d’un peuple, son peuple : les Kel tamasheq.

« A 35 ans, je veux que le public qui se reconnaît dans ma musique, dans mon style, soit touché par la sincérité de l’homme que je suis avant d’être un artiste : quelqu’un de simple, enraciné dans sa culture nomade, un être épris de liberté.« 

INTIDAO dans les dunes de M'hamid el Ghizlane, lors du Festival TARAGALTE  - Crédit photo Margot Canton Lamousse
Intidao dans les dunes de M’hamid el Ghizlane, lors du Festival Taragalte – Crédit photo Margot Canton Lamousse

Ma rencontre avec Intidao s’est faite aux portes du désert, à M’hamid el Ghizlane, grâce au Festival Taragalte qui s’est tenu du 23 au 25 janvier dernier. Arrivé de Tamanrasset pour participer à la résidence d’artistes organisée pour cette 6e édition, point de départ de la Caravane culturelle pour la paix, il a participé depuis au Festival sur le Niger à Ségou, puis à Mopti, au Festival au désert en exil, avec une belle brochette d’artistes, qui ne boudent pas leur plaisir sur scène.

Dans ce périple qui va se poursuivre en Europe cet été, Intidao était accompagné par le groupe Génération Taragalte. Avec ces jeunes artistes d’origine nomade, Ibrahim, Said, Mustapha, Mohamed et Khalifa, il envisage même depuis l’enregistrement de plusieurs de ses compositions. C’est sa façon bien à lui d’aller au bout de la rencontre, de faire que le musicien qui a connu les plus grandes scènes internationales avec Tinawiren soit aussi celui qui s’intéresse tout autant au cheminement artistique d’une relève prometteuse, nourrie du répertoire du groupe de légende et de l’héritage d’Ali Farka Touré.

Voici un des moments privilégiés que j’ai eu la chance de partager parmi tant d’autres, au Bivouac du Petit prince, lieu de la résidence d’artistes. Au chant et à la guitare, Intidao, le maître, au djembe, Mohamed Laghrissi, de Génération Taragalte, et entre ces deux-là, un lien bien plus fort que le seul plaisir de jouer ensemble.

Intidao est un artiste d’un abord simple, toujours souriant, ouvert à la discussion. J’ai pu le vérifier à chacun des concerts qu’il a donnés à Taragalte.  C’est un homme curieux, friand de rencontres, imprégné de ses origines nomades et des souffrances qu’il partage à distance avec les populations Kel tamasheqs, restées au pays ou réfugiées.

« Je ressens comme une sorte d’urgence à assumer ma responsabilité d’artiste. Un artiste qui commence à être connu court le risque de se produire énormément. C’est le but, d’être sur scène et de jouer, mais la scène peut aussi éloigner l’artiste de ce qu’il est au fond de lui, de ce qu’il voudrait exprimer comme message singulier par rapport à l’actualité, mais aussi dans sa recherche artistique. »

Après avoir sillonné le monde entier avec Tinariwen durant de nombreuses années, Intidao a fait le choix en 2014 de prendre une année de recul pour se consacrer au collectage, à l’écriture, à la composition de nouveaux morceaux. Les difficultés dont il a conscience n’entament pas sa détermination à changer de cap pour se lancer dans une carrière solo.

D’un naturel joueur, il sait tisser des relations complices. Il aime me faire rire avec une de ces formules dont il a le secret. « On ne peut pas voler sans les oiseaux ». S’il évoque bien sûr par cette image l’absence de moyens pour mener à bien ses projets, il illustre aussi la force qu’il faut avoir pour ne pas se décourager. Ne pas renoncer au but qu’il s’est fixé, faute de savoir comment l’atteindre, savoir se remettre en cause aussi quand une idée peine à aboutir et nous condamne à l’échec au lieu de nous faire avancer, voilà comment Intidao nous dit tant de là d’où il vient, avec si peu de mots.

Je ne connais pas les oiseaux du désert. Je ne suis pas si sûre de connaître beaucoup mieux ceux d’ici d’ailleurs. Cette phrase qui revient comme un refrain dans le discours d’Intidao au hasard de nos conversations me fascine. Je crois attraper en filigrane l’exact contraire de ce que j’arrive péniblement à comprendre du monde dans lequel je vis. Je voudrais être sûre de bien saisir, mais je n’ai dans mon bagage que des références qui me renvoient à ma propre culture.

Peut-être faut-il que je relise Jacques le fataliste et son maître entre deux festou-noz endiablés ou que je me plonge au contraire dans les écrits de Théodore Monod, le buste bien calé contre un tronc de palmier, face au spectacle grandiose des dunes. Peut-être que comme dans la mythologie celtique, il existe une façon d’apprendre à voler avec les oiseaux, de devenir soi-même ce corps suffisamment léger et résistant à l’air pour parcourir des millions de kilomètres sans se prendre les pieds dans une frontière.

Intidao se sent partout chez lui dans le désert. C’est ça la vie nomade.

 L’homme élancé que j’ai devant moi, tranquille, doux, souriant, est-il fait pour vivre enfermé au grand air ? Je pense à l’aigle, à son vol si majestueux. Que serait le roi des oiseaux si on le privait des vastes espaces où il vit, libre ?

La modernité serait-elle à ce point un aveu d’inintelligence et de recul au regard des cultures millénaires qui ont permis pendant des siècles la transmission et la circulation des hommes et du savoir ?

Parce que le monde actuel ne peut pas supporter sur un vaste espace vide quelques millions de nomades et leurs troupeaux, sans lesquels aucune vie ne serait possible dans un environnement aussi hostile à l’espèce humaine ? C’est ça la raison qui contraint à devoir choisir entre l’exil à domicile, – à Tessalit ou à Kidal, un artiste ne peut pas vivre -, et l’exil « volontaire » pour pouvoir continuer à produire, à confronter l’art avec son époque ?

Ce qui nourrit pour moi la force, la singularité de cet artiste, qui a encore, je nous le souhaite, une longue carrière devant lui, c’est justement d’être à 1 000 lieues de ce paradoxe qui mine aujourd’hui nos systèmes à très grande échelle : la surenchère de logiques sécuritaires combinée à l’injonction d’abondance omniprésente qui caractérisent, à l’aube du XXIe siècle. la pensée occidentale et les nouvelles formes de colonialisme. Intidao est né près d’une frontière héritée d’une vision du monde qui ne veut rien dire pour son peuple et il pourrait bien collectionner les passeports sans problème, pourvu qu’il puisse faire ce pourquoi il est fait : chanter.

Laissons donc les oiseaux à leur vol, les hommes d’affaires à leurs affaires, les consulaires à leur arbitrage arbitraire, les politiques à leurs arrière-boutiques, et revenons….à la musique !

Intidao m’explique comment à 23 ans, il a eu la chance de partir à l’étranger en résidence, c’était dans le sud de la Bretagne, et comment ce choc culturel a changé fondamentalement sa vision sur le monde, tel qu’il s’en faisait l’idée à Kidal.

Crédit photo in-ze box
Crédit photo in-ze box

« Cette première expérience en France m’a ouvert les yeux sur d’autres réalités, sur la richesse qui se cache derrière chaque différence, si tu veux bien faire l’effort d’écouter, de t’intéresser à d’autres références que celles qui ont nourri ta technique de guitariste et ton répertoire ».

Cette découverte est une force dont Intidao se sert encore aujourd’hui pour aller à la rencontre d’autres expressions musicales et travailler la façon de s’en inspirer sans trahir ce qui fait la beauté de son univers artistique : le blues touareg.

« J’ai développé mes solos en écoutant tout un tas d’artistes pour trouver ma propre signature. Grâce à mes amis de Tinariwen, j’ai eu la chance de travailler beaucoup et partout, il n’y a pas plus efficace pour se familiariser avec ce que j’appelle le système. Sans  cette expérience unique, ce serait sans doute difficile de faire d’autres choix, d’exprimer mes propres exigences d’artiste, même si pour cela je laisse derrière moi une notoriété et un statut plus confortable que celui d’auteur-compositeur solo. »

Ayant eu le temps de côtoyer ici, à M’hamid el Ghizlane, tous ces jeunes d’origine nomade qui écoutent en boucle  Tinariwen, j’essaie de mieux appréhender le poids sur les épaules de l’artiste qui monte sur scène avec plein d’envies dans la tête, dans les doigts, dans la voix, et la contrainte d’une sorte d’obligation de service !

Intidao m’empêche de faire fausse route. Toujours le sourire aux lèvres, bienveillant, il me reprend : « c’est normal, on joue ce que le public veut entendre, surtout si tu fais partie d’un groupe légendaire comme Tinariwen, du coup c’est difficile d’arriver avec d’autres propositions. Tu sais, mon plaisir aujourd’hui c’est déjà  d’avoir retrouvé le goût  d’écouter de la musique, parce qu’en tournée, ce n’est pas évident de se trouver du temps pour soi ».

Au détour de la discussion, je comprends qu’Intidao n’a pour l’instant ni manager, ni le début du moindre financement pour concrétiser son projet d’album solo, j’évite donc soigneusement le sujet. Pourtant j’aimerais bien me faire une idée de ce qui carbure derrière ce regard pétillant d’intelligence et de patience. Il ne me fait pas languir plus longtemps et me parle des groupes avec lesquels il a travaillé l’an dernier en Algérie.

« Quand tu es jeune, tu ne vois pas l’importance de ce travail d’écoute des chanteurs traditionnels pour nourrir ta propre musique. Aujourd’hui,  c’est au plus près de cette source, proche de mes origines,  que je sais pouvoir laisser libre court à mon inspiration ».

Archive qui me rappelle le plaisir que j’ai eu à chanter en breton, accompagnée par le jeu subtil et rythmé des doigts d’Intidao, guidée par son chant et sa capacité à intégrer d’autres sonorités, d’autres phrasés.

Intidao m’explique alors que ce projet d’album solo va lui permettre d’aller chercher de nouvelles sonorités, de nouveaux rythmes.  Dans la rencontre entre instruments qui amène la musique touarègue à se mélanger à d’autres styles musicaux, il cultive l’espoir de territoires fertiles.

« Appelle cela de la fusion, si tu veux, mais l’idée est de rester le plus proche possible de la sincérité d’une intention inspirée d’un chant traditionnel. Il faut pouvoir reconnaître à travers le morceau d’où il vient. Mais dans l’album, il y aura aussi des inspirations plus rock puisque ça fait aussi partie de ma culture d’artiste. »

Pour sûr, Intidao a de la ressource à défaut de savoir voler sans les oiseaux. Sa présence au sein de la Caravane culturelle pour la paix avec Ben Zabo, Malikanw/Les voix du Mali et Génération Taragalte, est une excellente opportunité pour faire que 2015 soit l’année qui le propulse vers de nouveaux horizons artistiques, en lui offrant la possibilité de faire connaître au monde entier ses textes et ses mélodies.

Génération Taragalte était déjà de la 1ère Caravane culturelle pour la paix l'an dernier. Jouer avec INTIDAO en 2015, c'est carrément cadeau !
Génération Taragalte était déjà de la 1ère Caravane culturelle pour la paix l’an dernier. Suite à la résidence, jouer sur ces grandes scènes avec Intidao en 2015, c’est carrément cadeau !

C’est en grande partie grâce au lien d’amitié qu’il a su tisser avec le Festival Taragalte, notamment avec son directeur artistique, Ibrahim Sbaï, qu’Intidao a pu chanter à nouveau pour un public malien, en ce mois de février, après de longues années d’exil. Reste à espérer qu’il ne restera pas trop lontemps loin des scènes de ce côté-ci de la Méditarrannée. Nos oreilles sont tout aussi impatientes.

Avis aux festivals qui auraient l’excellente idée de programmer ce chanteur et ce guitariste, dont une partie de l’histoire s’est écrite aussi chez nous, eh oui, en Bretagne, il n’ y a pas si longtemps. D’ailleurs, je ne serais pas le moins surprise que mon ami Etienne Callac, autre grand baroudeur des scènes internationales et professeur de basse au conservatoire de Pontivy, me dise qu’il a déjà eu l’occasion de jouer avec Intidao.

B comme bonus

Pour entendre le message que vous adresse Intidao : Desert blues https://www.youtube.com/watch?v=YvZMtkjw9ZA

Pour être ami(e)avec INTIDAO https://www.facebook.com/profile.php?id=100008867417405&fref=ts

Pour être ami(e) avec Génération Taragalte https://www.facebook.com/generationtaragalte?fref=ts

Pour suivre le projet Caravane culturelle pour la paix https://www.culturalcaravanforpeace.org/

Pour voir en image les artistes réunis sur scène dans Malikanw/Les voix du Mali https://www.youtube.com/watch?v=CmHu4V2u2z0

 

 

 


Huis clos nomade au coeur de la vallée du Drâa

Quelque part entre M'hamid et Marrakech Crédit photo : Fanchon
Quelque part entre M’hamid et Marrakech
Crédit photo : Fanchon

J’essaie d’habitude de prendre mon temps pour offrir à votre lecture des sujets, des instants, susceptibles de vous toucher. Après avoir laissé cette idée en friche pendant trois mois, j’ai envie aujourd’hui de faire une place à une autre approche de l’écriture : saisie sur le vif de façon quasi automatique, dans l’obscurité d’un minibus, entre lâcher-prise, lutte contre le froid et la fatigue. Cette nuit-là, j’ai sans doute éprouvé le besoin de me retirer dans ma bulle, sans perdre le fil de ce qui se passait autour de moi. Je revisite a posteriori, grâce à vous, des émotions mouvantes, contradictoires, exigeantes, sans pour autant m’imposer le devoir d’en dégager la moindre direction, sans non plus chercher à ré-écrire le récit d’instants, dont j’ai juste voulu rendre compte, sur le moment, lassée sans doute d’attendre la fin d’un voyage éprouvant. L‘aller-retour express du sud au nord marocain dont il est question dans ces lignes remonte au 5 janvier dernier. Le 7, alors que j’envisageais sérieusement de rentrer en Bretagne, profitant d’un passage à proximité d’un aéroport international, j’étais de retour dans les dunes de M’hamid el Ghizlane, où j’avais posé mes valises en décembre. Plus résolue que jamais à ne pas chercher à comprendre, pour mieux accueillir l’improbable…

Hors cette longue route interminable qui se fait dans un sens puis dans l’autre, il n’y a plus d’autre réalité que cet espace intimiste qui se confond dans la nuit entre le battement de mon cœur, le bruit du moteur, les bavardages, les rires. Nous sommes au Maroc, en plein hiver.

Mon plaisir serait que vous arriviez à sentir les amortisseurs et les secousses, non que je vous souhaite une lecture inconfortable, bien au contraire… Je vous embarque avec moi dans ce drôle de voyage en 4×4 et minibus. Un aller-retour express entre le désert et Rabat. Je suis en compagnie d’artistes qui vont donner un concert. A trois semaines du festival Taragalte, nous voilà en mode commando à l’assaut de la capitale et des médias, laissant derrière nous le silence des dunes, la beauté sauvage du Sahara.

20150120_234728Le voyage loin d’être onirique – il faut quand même les avaler les deux mille kilomètres aller-retour en moins de trois jours, avec passage obligé par les routes sinueuses de l’Atlas enneigé – n’en est pas moins étonnant. Le temps du trajet, je me nourris de cette étrange impression qu’un simple minibus peut remplir tous les offices, à l’exception de deux éléments essentiels de la culture nomade : le thé à toute heure de la journée, le feu.

Je vous présente les personnages de ce huis clos itinérant : quatre membres de l’association Zaila qui organise le festival, dont les deux frères Sbai, Ibrahim et Halim, six musiciens et moi qui suit la troupe, parfois médusée, souvent amusée, la plupart du temps étrangère à ce qui se raconte puisque je ne parle ni arabe ni tamasheq.  Autant que je précise aussi que je ne parle pas polonais non plus. TAK TAK !

Il n'est de plus beau carrefour que celui où je décide de bifurquer.
Il n’est de plus beau carrefour que celui où je décide de bifurquer.

Ah oui, je ne vous ai pas dit, la veille de notre départ de M’hamid el Ghizlane, Ibrahim Sbaï a pris en charge un couple d’autostoppeurs polonais, Stéphane et Yvonna. Après une seule nuit passée au sommet d’une dune, aboutissement suprême d’un périple où ces deux jeunes se sont exclusivement déplacés en stop, les voilà aussitôt remontés dans l’autre sens, vers Rabat, avec nous. Je ne pense pas m’en servir un jour, mais je sais à présent qu’il suffit de quatre jours en stop pour s’offrir une belle traversée de l’ouest de l’Europe et cinq pour passer de l’hiver polonais à l’hiver saharien !

Cette rencontre avec ces Polonais est loin d’être la seule sur le trajet. Ça monte et ça descend comme dans un ascenseur, sur le parcours. Avec des temps de « discut » plus ou moins longs. Comme je n’ai pas accès au scénar, je me satisfais de ce jeu de who’s who qui se déroule dans un si petit espace ambulant.

La palme de la visite la plus courte va à Sandra, topée à Casablanca grâce à Amin, styliste marocain qui s’est épris pour l’énergie qu’il a trouvée au cœur des dunes lors de sa visite à M’hamid, il y a une dizaine de jours, avec Oum, marraine du festival. Sandra embarque, un large sourire aux lèvres, comprend rapidement qu’elle doit aller à l’essentiel, car le minibus attend juste deux nouvelles personnes à redescendre vers le désert, des Françaises cette fois, je crois. Sandra trouve un siège, sort un ordinateur portable, sans plus de cérémonie, et voilà que la voix qui s’échappe de la petite machine insignifiante emplit tout l’espace et me téléporte illico. La scène se passe à Casablanca même, et du coup, si nous étions tous des personnages de roman ou dans une fiction sur grand écran, il y aurait là matière à une belle mise en abîme.

Le teaser ci-dessous qui était alors en cours de réalisation ne vous permet pas de découvrir la voix fabuleuse et l’énergie monstre de cette chanteuse canadienne, mais elle dit tout de la démarche qui fonde son projet de création artistique. Vous saurez bien la retrouver cette voix, si ça vous chante !

Amin et Sandra nous quittent déjà et disparaissent dans la foule marocaine, tandis que le minibus reprend la route avec les deux jeunes Françaises à bord. Elles semblent déjà bien connaître l’équipe du festival. J’en apprendrai plus, une fois tout le monde débarqué dans le désert, c’est-à-dire à pas d’heure. J’entends parler de livre, de projet, de photo, de vidéo…J’entends aussi parler de Taïwan et je me demande si ce minibus ne disposerait pas d’une sorte d’option immatérielle, en plus du système airbag, de l’ABS, de cette foutue bande-son qui finit par me vriller le cerveau : celle d’exploser les échelles du planisphère telles qu’elles s’étaient construites dans ma vie tranquille de bretonne attachée à sa petite zone rurale du Centre-Bretagne.

Je ne cherche pas à comprendre. C’est ça le vrai luxe, laisser la machine à tisser s’activer sous vos yeux, suivre en dilettante, en novice, l’impression des motifs, toujours changeants et pourtant si fidèles à une logique décousue, sorte d’espéranto alambiqué, qui servirait de code commun entre toutes ces personnes qui se parlent, s’agitent, renversent leur jus d’avocat sur leur voisin, empestent l’atmosphère à cause d’une malencontreuse crotte de chien croisée lors d’un arrêt, réinventent le monde dans des gestes drôles, des regards complices. BORDEL !

Je décide finalement de me mettre moi-même en apnée. J’écris dans le noir avec en fond sonore les cris des femmes qui rythment les mélopées qui passent en bouclent dans l’habitacle réduit mais confortable. Ai-je besoin de retrouver mes références ou de me rouler en boule, au chaud, dans un silence vertigineux qui pourrait seul me ramener à l’équilibre ?

Je me projette chez moi, je pense bizarrement à l’art dans les chapelles. Quel rapport me direz-vous entre musique touarègue, un festival dans le désert et le petit chouchou des festivals d’art contemporain qui permet à un territoire ignoré le reste de l’année de faire la Une de Télérama ou du Monde, créant l’émoi dans les chaumières (euh, même pas !) ?

Aucun. Juste l’incongruité de rencontres auxquelles j’assiste, étrangère et heureuse de l’être. Sur le métier à tisser, j’attrape ce fil dans mes pensées nocturnes, et je n’en fais rien. Mzian. Je continue à me laisser bercée par la route et l’inapropos finalement délicieux d’un non-lieu qui donne toute sa saveur à ce qui dans un cadre plus classique, ne seraient ni plus ni moins que quelques regards et paroles échangées.

Les deux françaises que j'accompagne volontiers pour mon unique sortie touristique, près de Ouarzazate, avant de reprendre la route pour M'hamid.
Les deux françaises que j’accompagne volontiers pour mon unique sortie touristique, près de Ouarzazate, avant de reprendre la route pour M’hamid el Ghizlane.

Est-ce le fait de la présence des deux jeunes Françaises montées à Casa, les musiciens se mettent à danser sur le bord de l’autoroute à la première halte sans doute passablement alcoolisés. Comment ne pas sourire, malgré la fatigue, à ce spectacle improvisé que j’attribue peut-être à tort à un réflexe bien humain, qui surpasse celui de se dégourdir les jambes après tant d’heures de route. C’est vrai qu’ils sont beaux ces grands oiseaux un peu fous. La chasse à la gazelle étant un sport national, ils auraient bien tort de cacher leur jeu et leurs meilleurs atouts. Je replonge dans mes pensées, amusée. J’ai découvert sur l’aire que nous avons quittée un peu plus tôt que l’on pouvait concilier sans problème, société de consommation, le plastique coloré des jeux pour enfants et l’aspect plus austère d’une maison de prière. Voilà comment on met le doigt sur une inculture incroyable liée à l’absence de voyage, en tout cas en terre musulmane asphaltée.

A 20 heures, l’ambiance s’est un peu calmée, un musicien continue à frapper le djembé pour accompagner l’autoradio ou le fil de ses pensées. Nous sommes toujours sur l’autoroute, terrain plat, signe qu’on n’est vraiment pas couché ! A l’avant, près de Rachid, notre chauffeur qui n’a pas encore mis sa tenue traditionnelle, indispensable pour lutter contre le froid de l’Atlas, Halim Sbaï et Intidao. Si vous connaissez Tinariwen, alors vous connaissez Intidao, sans le savoir peut-être.

A l’arrière, un autre musicien de Kidal, Zeidi Ag Baba, l’artiste qui m’a attirée dans cette toute première aventure saharienne. Intidao et Zeidi ont accompagné la veille sur scène le groupe Génération Taragalte. Le temps d’un unique concert promotionnel dans la capitale et tout le monde rentre au bivouac, retour express au bercail. Car ce n’est pas le tout de faire les colonnes des journaux, il y a des tonnes de matos à déplacer pour monter le festival en moins de trois semaines, des centaines de paires de bras à manager pour que tout soit prêt avant le jour J, sans  oublier les millions de détails essentiels qui font le quotidien de tout organisateur de festival : boucler la programmation, réserver les billets d’avion, anticiper les éventuels problèmes de visa, préparer le meilleur accueil à la Caravane culturelle pour la paix qui entame à Taragalte sa 2e édition, avec une toute nouvelle formation : Malikanw/Voix du Mali, produite par Essakane production (Festival au désert en exil), et les musiciens de Ben Zabo, ambassadeur du Festival sur le Niger.

Zeidi et Intidao sur scène avec Génération Taragalte le 6 janvier 2015 à Rabat.
Zeidi et Intidao sur scène avec Génération Taragalte le 6 janvier 2015 à Rabat.

Je n’imaginais pas commencer ce récit dans ce minibus, mais une fois tranquillement installée dans le frigo qui me sert de bureau au bivouac du « Petit Prince » ! C’est là que j’écris tous les textes en français nécessaires à la promotion du festival, aux échanges avec les artistes et les partenaires.

Pour être honnête, je m’interroge encore  trois mois plus tard, sur l’intérêt de publier ce récit. Pourtant c’est bien lors de cette longue escapade à Rabat que j’ai décodé, presque à mon insu, ce qui se nouait dans une question que j’avais mise dans mes bagages à l’aller, prête-moi aussi à descendre du minibus, à un moment ou à un autre, sur le trajet : should I stay or should I go ?

 

Depuis mon sort s’est lié, non pas à Taragalte, mais à la Caravane culturelle pour la Paix comme je le souhaitais en m’envolant pour le Maroc le 15 décembre 2014, à la fin du festival No Border à Brest. Rentrée en Bretagne, après les trois jours de festival et mes retrouvailles avec Manny Ansar, Abdallah Ag Amano, Bina (batteur de TADALAT), je n’avais qu’une envie : retourner à M’hamid el Ghizlane, ce drôle de village au bord du Drâa, dernière oasis aux portes du Sahara.

Pouvais-je imaginer que cet attachement prendrait racine dans l’alchimie qui apprivoise les âmes endormies, frigorifiées, bercées par les cahots d’une route sinueuse en altitude ? Je ne savais pas alors que le spectacle d’une lune pleine, radieuse et généreuse, sur les reliefs accidentés de la vallée du Drâa, m’offrirait la clé de ma propre plénitude. A l’aller, enthousiaste à l’idée de voir enfin du pays, le sourire aux lèvres, avec un polonais endormi sur mon épaule gauche, une Polonaise endormie sur mon épaule droite, au retour, éreintée, vidée, mais tout compte fait soulagée d’être encore du voyage.

La confiance et la fatigue aidant, je ne m’étonne même pas de pouvoir si simplement m’autoriser à laisser ma tête rouler sur l’épaule de mon voisin dans un demi-sommeil.  A mon tour ! Etait-ce parce que j’avais dépassé mon seuil de résistance après tant d’heures de route, ou la chaleur humaine peut-elle à tout moment venir à bout du froid glacial qui s’amuse avec nos sens ? Toujours est-il que la célèbre réplique de Molière, « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », qui m’avait tenu compagnie souvent depuis mon arrivée au Maroc, ne me semblait plus faire écho à l’humeur voyageuse, qui se réveillait un peu tard pour me laisser goûter enfin le plaisir gourmand de ces instants magnifiés par l’imprévu, que je décidais d’habiter.

La vie avait pour moi d’autres projets de huis clos nomade au coeur de la vallée du Drâa. Je l’ignorais encore cette nuit-là, mais je n’étais déjà plus si pressée d’en finir avec cette route interminable…

De retour au bivouac du Petit Prince

Mohamed


En attendant Moussa

Une fois n’est pas coutume, je reproduis ici en l’état (les fautes de frappe en moins) un billet du jour publié ce matin au saut du lit sur ma page facebook, écriture spontanée.

Ce n’est pas parce que nous vivons dans un pays en paix…
[mais est-ce qu’un pays, une nation, qui se réjouit d’une vente de 24 avions Rafale est un pays en paix d’ailleurs ? Silence, la question mérite réflexion]
qu’il faut baisser la garde…républicaine :))

L’humeur du jour….

Bien sûr, vous le reconnaissez… il n’y a que lui pour avoir cette classe là, en toute circonstance :))

Zeidi Ag BABA sur la scène de TARAGALTE - Crédit photo Louis TISSIER
Zeidi Ag BABA sur la scène de TARAGALTE – Crédit photo Louis TISSIER

Zeidi relooké à Taragalte par son ami Amine, styliste marocain, symbole d’un blues touareg en mutation qui n’a pas fini de nous surprendre, symbole aussi d’une victoire sur toutes les portes désespérément closes qui vont à l’encontre d’un droit international fondamental : la mobilité des artistes.

Zeidi était hier soir sur scène, au Mali, à Mopti, avec tous les artistes de la Caravane culturelle pour la Paix et c’est à la fois grâce au Sud-Maroc et au Morbihan que ce petit miracle a lieu.
Il appartient désormais à Zeidi de savoir ce qu’il veut/peut faire des miracles :))
Il appartient surtout au Consulat de France à Bamako de reconnaître le travail anonyme réalisé par une élue et des habitants d’un territoire rural pour arrêter de nous faire passer pour des…passeurs !!!!
Au passage, je mets le pPréfet du Morbihan dans la même barque à faire chavirer pour faire mourir sur les côtes de la planète Musique toutes les hypocrisies d’un système qui bâtit son économie sur la misère et tant qu’à être cynique, – c’est vrai ça, pourquoi s’arrêter à la guerre des visas -, sur la vente d’armes.
Vive la République, vive la France !

Message personnel : Monsieur le préfet du Morbihan qui avez refusé la prolongation de visa de Monsieur Zeidi Ag Baba et avez ruiné tout nos projets de coopération artistique et culturelle ce faisant, merci de rappeler votre ami Jean-Louis Soriano à Bamako pour lui dire que je ne cache personne dans ma cave. Ma cave, c’est ma maison, un vrai frigo, alors si des gens voulaient vraiment s’installer en France, il ferait mieux de choisir une autre adresse !, petit conseil au passage. Déjà moi j’ai fui au Sahara pour m’éviter un 8ème hiver dans ces conditions, encore heureux, j’ai pas eu besoin de visa pour me chauffer gratos au Maroc, juste 100 euros, tout ce qu’il me restait à la banque.
Monsieur le Préfet du Morbihan, merci de rappeler votre ami Jean-Louis Soriano à Bamako pour lui dire que j’entends bien refaire une demande de visa pour un autre artiste, dont personne n’a le droit de nous priver : MOUSSA MAIGA, resté à Kidal toute la durée du conflit. Et que cette fois, n’étant plus élue en charge de la Culture sur 45 communes rurales, je n’aurai aucune raison de douter du bon fonctionnement de notre administration française et je pourrais plaindre ce Monsieur, dont le bureau croule sous les demandes de visa : 120 par jour.Tellement c’est trop, maintenant ce n’est même plus le consulat qui prend les demandes de rendez-vous,il faut passer (et payer bien sûr) par un service extérieur. Oui, c’est pas bien dificile, dans le fond, de faire tourner une économie sur le dos de la misère…il suffit d’oublier chaque jour un peu plus les principes fondamentaux qui fondent une société, son développement, et après tout semble normal et vous n’avez plus qu’à voter Front national, histoire de pêter un bon coup de frein quand votre économie est déjà à l’arrêt. C’est simple, non ?

Revoir un artiste heureux sur scène ne devrait pas relever du challenge permanent selon que l'on est un artiste du Nord ou du Sud
Revoir un artiste heureux sur scène ne devrait pas relever du challenge permanent selon que l’on est un artiste du Nord ou du Sud

Aucun cadavre qui s’échoue sur nos côtes européennes ne devrait être anonyme. Si nous ne pouvons pas sauver la vie de ces clandestins, sauvons au moins le droit et battons-nous aux côtés des artistes, des festivals qui les font tourner malgré les obstacles. Un peuple meurt quand il cesse d’être créatif, c’est ça ? Amis bretons, les Kel Tamasheqs sont le meilleur exemple d’un peuple, d’une culture, qui ne veut pas mourrir !

C’est nous qui avons besoin des touaregs pour nous rappeler cette vérité bafouée par les Etats eux-mêmes et leurs administrations zélées qui coupent si bien les Z’ailes à qui voudrait voir les hommes et les femmes voler, s’émanciper, plutôt que de vivre en esclave.
Si les Kel Tamasheqs, les hommes libres, ont besoin de moi, de vous, c’est juste parce que la FRANCE, notre si beau pays membre du G8, leur a imposé une situation ingérable, invivable, et que par dessus le marché elle retient prisionnière dans son propre pays, que ce soit le Mali, le Niger, le Maroc, l’Algérie… la nouvelle génération d’artistes qui pourrait contribuer à ramener la paix au Sahara !

Au passage, amis bretons, vous connaissez bien le Ministre de la Défense qui sert la cause juste défendue par François Hollande au MALI, Jean-Yves Le DRIAN, c’est un breton lui-aussi et pas des moindres.

En dehors des nombreux bénévoles qui accompagnent le projet artistitique de Zeidi, le seul breton dans ce dossier qui mérite mon respect et à qui je dois une gratitude sans nom, c’est le breton de la région de Pontivy qui, à peine arrivé en poste à Kidal, a demandé à rencontrer Zeidi Ag Baba et l’a mis dès le lendemain dans un hélicoptère pour lui permettre de rejoindre Bamako pour sa demande de visa, déjà refusée deux fois malgré tous nos efforts, ceux de l’intéressé, de ses amis au Mali, de sa famille.

Des gars comme ce Pontivyen anonyme, je dis BRAVO ! 

Elle serait belle la France aujourd’hui, s’il n’y avait eu que des collabos et pas de gens courageux pour désobéir et prendre des risques ! Ce n’est pas parce que nous vivons dans un pays en paix…
[mais est-ce qu’un pays, une nation, qui se réjouit d’une vente de 24 avions Rafale est un pays en paix d’ailleurs ?))….silence, la question mérite réflexion]
…qu’il faut baisser la garde…républicaine :))

Quelques heures plus tard, j’écrivais ceci, en réaction à la traduction d’une chanson de TINARIWEN

A méditer…à force de déserter nos instutions, nos consciences, nos villes, la bienveillance (à ne pas confondre avec vidéosurveillance !), l’amour de l’être humain, l’amour des ressources qui lui permettent de survivre, pauvrement, modestement ou sans aucune retenue ni considération pour les autres, pourait ne plus jamais recroiser nos routes….Merci TINARIWEN (lien vers la chanson ci-dessous)

Mais vous vous demandez qui est Moussa ? Normal ! Figurez-vous que moi aussi, puisque je ne l’ai jamais rencontré. Kidal, ce n’est pas la porte à côté et puis ce n’est pas trop conseillé d’y mettre les pieds. Mais une chose est sûre, je l’attends, il est en chemin, et si tout va bien, il pourra bientôt nous faire partager sa musique, sa poésie, son histoire, made in SAHARA, inchallah.

Si vous êtes trop impatient de faire sa connaissance, vous pouvez toujours le croiser sur ce blog dans l’article consacré à son ami PINO, qui aurait tellement voulu qu’il l’accompagne dans l’aventure du tournage de TIMBUKTU.

https://dernierbaiser.mondoblog.org/2014/12/08/hymne-diversite-sel-vie-ses-langages-pino/

 

Moussa, guitariste de KIDAL, pilier avec son ami PINO du groupe AMAWAL
Moussa, guitariste de KIDAL, pilier avec son ami PINO du groupe AMAWAL

TINARIWEN – ARHEGH DANAGH

ARHEGH DANAGH
(Mes amis, je tiens à vous dire)
« Mes amis, je tiens à vous parler des aventuresCe qui touche le cœur ne peut pas être cachéEt tout ce qui l’atteint le blesseL’amour d’aujourd’hui est comme un miragePlus tu t’en apprcohes, plus il s’éloigne,

Ça fait dix ans que l’amour m’a laissé

Qu’il a déserté mon âme

Et n’a plus croisé mon chemin. »

ARHEGH DANAGH
(My friends, I want to tell you)

« My friends, I want to tell you about adventures

What touches the heart cannot be hidden away

And all that reaches it wounds it

Today’s love is like a mirage

The closer you get, the further away it goes

It’s been ten years since love left me

That it deserted my soul

And no longer crosses my path. »

 


Hospitalité et dialogue : la belle leçon de vie des nomades à Taragalte

Que l’on soit fan de musique, amateur de beaux plateaux artistiques, ou tout simplement adepte de belles ambiances qui transcendent les foules, il y a toujours un festival, petit ou grand, pour nous offrir une rupture salutaire avec le quotidien. En Bretagne, terre de festivals par excellence, nous sommes un peu les enfants gâtés de cette planète. Alors, la moindre des choses est de nous intéresser à ce que vivent ailleurs d’autres acteurs associatifs qui, par leur engagement au service de la diversité culturelle, contribuent à faire vivre une économie réelle, porteuse de sens, de valeurs et de lien social.

A M’hamid el Ghizlane, entre oasis et désert, le bivouac du Petit prince se prépare à accueillir les festivaliers du 23 au 25 janvier

 

C’est à Taragalte que j’ai choisi de poser mon baluchon de «mondoblog-trotteuse», fin décembre, pour vivre une expérience nomade, au sein d’une équipe que j’apprends à connaître et à apprécier au fil des jours, au rythme des nuits étoilées. Car le soir tombe vite ici. Quand les ouvriers ont laissé pelles et truelles, piquets de tente et marteaux pour rejoindre leurs quartiers, c’est l’heure où je suis  le plus utile, grâce à ma maîtrise de la langue française, à cet attrait qu’ont pour moi les belles aventures humaines. J’ignore tout du projet, et c’est là que se trouve ma première motivation : être à l’écoute pour rendre le plus fidèlement possible la profondeur de ce qui se vit ici, dans ce décor saugrenu pour la bretonne que je suis : du sable, du sable, du sable !

Deux guerres, trois rencontres et une caravane culturelle pour la paix m’ont conduite jusqu’ici : la guerre au Mali d’une part et de l’autre celle menée contre la terre entière par des groupes organisés, financés, armés, dont les actes ont pour cibles directes la dignité humaine et la liberté. Qu’ils se réclament de tel ou tel Dieu, qu’ils soient une poignée à se faire exploser, ils sèment la terreur. Leur stratégie, leur dangereux  pouvoir est de faire en sorte que la terreur soit l’arme que nous retournons contre nous-mêmes pour que l’ignorance, l’intolérance se propagent encore plus vite et fassent leur moisson de nos renoncements, de notre aveuglement.

« Quand une minorité se sert de l’ignorance comme une arme, la majorité, c’est-à-dire chacun d’entre nous,  peut et doit agir pour faire face à la menace terroriste mondiale avec logique, responsabilité, conviction.  Tout acte terroriste, toute forme de violence est une expression de faiblesse, de lâcheté. L’aveuglement de quelques individus extrémistes ne doit pas laisser croire que nos diverses cultures seraient si fragiles qu’elles ne pourraient pas cohabiter en paix. Le manque de dialogue, le déficit de réflexion est notre premier ennemi, car il n’y a pas pire que le matérialisme au service de l’ignorance. » Ibrahim SBAÏ

Pour les rencontres, il s’agit de trois hommes, au passage tous trois musulmans : Zeidi Ag Baba, musicien, Manny Ansar, directeur du Festival au désert en exil,  Ibrahim Sbaï, directeur artistique du Festival Taragalte. C’est grâce à l’invitation d’Ibrahim que je vous propose aujourd’hui de vous installer au Bivouac Le Petit prince, à M’hamid el-Ghizlane, au Sud du Maroc. Vous avez laissé derrière vous les sommets enneigés de l’Atlas, les paysages époustouflants de la Vallée du Drâa, et vous voilà, entre oasis et désert, au pays des dattes et des caravanes. Bienvenue ! Merhaba ! Le traditionnel thé du désert nous tiendra compagnie, comme le rire des ouvriers qui s’activent pour que la fête soit belle dans quelques jours.

Les hommes de chez toi, dit le Petit prince, cultivent cinq mille roses dans un même jardin…et ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent…Et cependant ce qu’ils cherchent pourrait être trouvé dans une seule rose ou un peu d’eau…

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, 1943

Ici le blues du désert n'est pas un mythe, c'est, aussi vitale que le thé, une histoire de partage.
Ici le blues du désert n’est pas un mythe, c’est, aussi vitale que le thé, une histoire de partage. Lahcen, pas peu fier, me demande de le prendre en photo avec les artistes de Kidal en résidence, Zeidi et Intidao

J’ai rêvé d’un village mondial éphémère en plein désert

A l’heure où j’écris, comment ne pas penser que cette région située dans la province de Zagora est malheureusement l’une des rares régions du Sahara où une occidentale peut encore s’égarer sans craindre pour sa vie. Le désert devrait tellement être synonyme de paix. De fait, je me sens extrêmement privilégiée de découvrir, sur le tard certes, mais mieux vaut tard que jamais, l’extraordinaire majesté des lieux et l’hospitalité qui caractérise si bien les nomades.

Car peu importe la beauté du cadre, si le sentiment d’harmonie, de liberté qu’il inspire est troublé par des images, fugitives mais tenaces,  qui rappellent combien la guerre est un luxe qui se monnaye entre puissants quand la paix, bien moins lucrative,  reste un rêve inaccessible pour une bonne partie de l’humanité.

Bien sûr, ici, tout le monde ou presque vit du tourisme, bien sûr, le 4×4 est devenu l’alternative high-tech d’une industrie qui n’a néanmoins rien à voir avec le tourisme de masse tel qu’il se pratique sur le globe, sous toutes les latitudes. Bien sûr, le désert lui-même n’échappe pas aux raccourcis qui servent tant de fantasmes et stimulent les flux Internet au gré des offres d’innombrables agences de voyage qui se partagent le marché.

Lahcen, champion de course de dromadaires participe au montage de la scène du Petit prince
Lahcen, champion de course de dromadaires, participe au montage de la scène du Petit prince

Mais le désert, comme les nomades, ne se laisse pas enfermer si facilement dans des clichés. Le Festival Taragalte en fait la démonstration et d’une bien jolie façon. Pour sa 6ème édition, l’organisation a dû pourtant faire face à un imprévu générant des coûts supplémentaires non négligeables : les inondations de décembre.

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Lahcen a perdu son dromadaire pendant les inondations, il me montre les photos des bivouacs dévastés.

Pour vous donner une idée du contexte, il fallait alors faire 80 km pour aller du village au site du festival, de l’autre côté du Drâa. Un propriétaire d’auberge me racontait encore aujourd’hui comment il était resté bloqué quinze jours sans pouvoir rejoindre l’autre rive, pourtant si proche. Un jeune du chantier, sur le site du festival, me raconte comment le dromadaire qui lui avait permis de remporter sa première course était mort, emporté par le courant. Les chameaux sont chaussés naturellement pour le sable, ils ne peuvent pas fuir en cas de montée rapide des eaux.

Plusieurs bivouacs qui permettent d’accueillir les touristes en plein désert sont détruits. Les constructions de terre, omniprésentes dans le paysage,  subissent elles aussi de graves dégradations. Je comprends petit à petit l’ampleur du phénomène dont j’avais eu écho. Mais un peu partout au même moment, les TV diffusaient en boucle les images de sinistrés dans  les pays du Nord, en France notamment, eux aussi confrontés au dérèglement climatique. J’invoque mes souvenirs des inondations successives,  l’hiver dernier, à Pontivy, mais comment imaginer que cet oued apparemment inoffensif, que les  habitants  le traversent à pied, ait pu produire autant de dégâts sur son passage.

Une semaine après mon arrivée, un gué provisoire est à nouveau opérationnel. Sans ce lien entre les deux berges, il n’est pas possible de faire passer le matériel nécessaire au montage du festival qui se déroule, depuis sa création en 2009, au cœur des dunes. Au bivouac du Petit prince, le chantier se fait d’abord exclusivement à main d’hommes. A dix jours du festival, le chantier connaît une subite accélération. Les tonnes de sable qu’il reste encore à déplacer pour accueillir dans les meilleures conditions les 5000 festivaliers attendus,  nécessitent d’être transportées par des engins motorisés.

Les tentes se montent à vitesse grand V un peu partout sur le site.  On attend d’un jour à l’autre les professionnels qui vont installer la grande scène. La fourmilière s’active et le 23 janvier pour l’ouverture officielle, l’hommage que veut rendre Taragalte au passé des caravanes, à leur rôle primordial dans l’histoire économique et culturelle de cette partie du monde, sera déjà bien vivant dans l’esprit de ce campement nomade improbable,  réunissant dans un même espace vierge de toute infrastructure, des publics, des artistes aussi différents.

Le campement nomade du festival sous le vent de sabl
Campement nomade de Taragalte sous le vent de sable

Ibrahim Sbaï dirige les opérations entouré par une équipe soudée : Salah, Abbas, Lahcen…Rien que le spectacle de la voûte céleste est en soi un festival, me confie-t-il un soir. C’est vrai qu’ici, quand le silence reprend ses droits, tout semble vibrer d’une si belle énergie, avant même le branchement du premier ampli. Mais il suffit de jeter un oeil au programme pour voir combien l’entreprise est ambitieuse, malgré des marges de manœuvres financières déjà limitées, revues à la baisse.

La musique en partage dans un désert sans frontières

INTIDAO, avec des musiciens du groupe local, soutenu par le festival depuis sa création en 2009

Dans la semaine précédant le festival, le bivouac du Petit prince se transforme en résidence d’artistes pendant que le montage se poursuit. C’est une jeune chanteuse à la voix puissante, Sandra Amarie, qui vient s’installer pour travailler avec  les cinq musiciens du groupe Génération Taragalte et deux artistes de Kidal, Intidao, Zeidi Ag Baba. A la croisée des inspirations, des sonorités, des langues, le dialogue entre les cultures qui fera l’objet d’une conférence dimanche prochain avec des représentants de différents festivals africains, se traduit d’abord dans cette volonté de soutenir la création, ici, aux portes du désert.

L’association ZAÏLA s’est donné pour défi de faire chanter les dunes pour redonner vie à cet endroit magique, haut lieu du patrimoine des caravanes. On peut lire sur le descriptif donné par le site internet de la manifestation: « S’inspirant de ce carrefour de routes séculaires, bénévoles, habitants, artistes et public, partenaires du festival se rassemblent autour d’une noble cause : penser l’art et la culture comme une clé essentielle de modes de développement responsables, solidaires, et de rapprochement entre les peuples. »

A la tombée du jour, vers 17h30, avec en fond de la scène TARAGALTE les couleurs flamboyantes du soleil couchant, les grands concerts commenceront avec pas moins de 60 artistes venus d’horizons différents :  ZOUMANA TERETA-ZOU, MARIA SAYON SIDIBE-SADIO, AHMED AG KAEDY, PETIT GORO & ZOU, CHEICK SISSAKO, SAMBA TOURE, OUM, AZIZ  SAHMAOUI & University of Gnawa, MAHMOUD GUINIA, BEN ZABO, INTIDAO, ZEIDI AG BABA, MALLAL, SANDRA AMARIE, CHEBAB ASSA TARABE HASSANI, GENERATION TARAGALTE, CHAMRA, AHIDOUS, ROKBA GANGA, GEDRA, TRIBES DRÂA.

La musique résonnera  aussi durant ces trois jours sur la scène acoustique du Petit prince et dans l’ambiance familiale du campement nomade, tout proche. Il va s’en passer des choses sous la khaïma (sous la tente), thème retenu par l’équipe pour cette édition 2015. Sur le site du festival, un espace central est dédié à l’habitat nomade, aux objets de la vie quotidienne des familles sahariennes, avec les spécificités propres à chaque région : ici, la différence se partage de façon ancestrale pour nourrir un même sentiment d’appartenance à une grande communauté de destin.

Une belle leçon de savoir-vivre dont nous ferions bien de nous inspirer, non ?

Je vous laisse poursuivre la découverte de cette riche aventure aux portes du Sahara comme bon vous semble, mais je vous invite à aller plus loin que la lecture de cet article, notamment en vous intéressant à la Caravane culturelle pour la paix, dont le coup d’envoi de la 2ème édition aura lieu ce week-end à Taragalte.

Voir les reportages sur la 1ère édition de la Caravane pour la paix

https://www.youtube.com/watch?v=0Z0yybqtQn4

https://www.youtube.com/watch?v=_NFyWrMOavk

Voir le programme de la 6ème édition de Taragalte  https://www.taragalte.org/

Voir les photos de Mehdi Ben Khouja, soirée de lanceent du Festival Taragalte  RABAT le 6 janvier 2015, concert de Génération Taragalte avec INTIDAO et ZEIDI AG BABA

Pour organiser un séjour, une bonne adresse, un vrai petit coin de paradis l’auberge de la Palmeraie

B comme bonus – Rencontre avec Génération Taragalte, dignes héritiers de TINARIWEN

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Blanche l’horreur, la folie, la barbarie

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Immaculée saleté, au nom des pères !

Blanche la douleur sous la lame aveugle

Qui détricote tes chairs, à vide, avide,

Elle se délecte de ta peur

Et sème dans chaque plaie ouverte

Les germes d’une moisson sans graine.

Blanche la haine dans les yeux sans larmes,

De ceux qui laissent faire

Foules innombrables, vous pleurez en dedans,

Mais vous noyez ce qui reste de sagesse,

D’obéissance aux lois suprêmes,

Tu ne tueras point, tu ne tueras point

Blanche, ma peine, immense, inutile,

Qui raccommode au gré du vent

De quoi rhabiller nos rêves livides

Désarçonnés par tant de barbarie

Faut-il que l’homme soit si stupide

Pour chérir à ce point l’ultime connerie ?

Blanche est la vie, blanc ton sourire, blanc le serment par lequel tout grandit

Blancs les sommets, blanches les forêts, blanche l’écume, blanches les dunes

Blanche ma joie de t’avoir choisi,

Blanche ma peur d’être aimée ainsi

Par l’angoisse de te perdre, par l’angoisse de mal faire

Blanche la confiance qui se gagne chaque jour

Au nom des mères, au nom de l’amour

Pontivy, 21 août 2014


LES HYENES

 

Les rivières à sec ne chantent pas, elles saignent.

M'hamid el Ghizlane, dans les dunes
M’hamid el Ghizlane, dans les dunes

Les hyènes

Quand la fraicheur de la nuit efface ce qu’elle peut des odeurs nauséabondes semées par le jour ignorant de toute beauté, préférant offrir à la lumière crue du soleil l’incurie des bêtes déchaînées autour de la carcasse encore chaude des rêves qu’elles ont tués de leurs crocs  insatiables

Quand la lune à force de pleurer demande qu’on lui donne pieds et jambes pour parcourir les dunes à la recherche des étoiles tombées une à une, ne laissant dans le ciel que la compagnie de machines, ferrailles en tout genre et autres satellites, pour mieux se fondre poussière en un soupçon d’oubli

Quand l’âme se fait chant au cœur du cimetière immense, évoquant les traces qui se croisent et se recroisent dans le sable à perte de vue, tel le ballet incessant de la proie et du prédateur, une question subsiste qui s’écrit dans le silence des tombes. Un croissant de lune, un ciel d’hiver, pour seule réponse.

Celui qui se dit proie en prédateur s’avoue mourir, qui croit chasser se sent pris à la gorge quand l’ombre de sa haine devient linceul. L’homme errant au crépuscule à la recherche des traces laissées le matin ne sait pas après quoi il court tout le jour. Il ignore tout à sa fuite que ses pas l’emmènent tôt ou tard à la croisée de sa propre route.

Toutes les traces se ressemblent, même les hyènes en ont peur, comment reconnaître la sienne quand posséder importe plus que se sentir vivant ?

Il vient toujours un moment, un carrefour, où l’angoisse d’un dialogue difficile s’invite en chemin.  Les rivières à sec ne chantent pas, elles saignent.

Pour Mohamed, une étoile dans un ciel d’hiver à Kidal

Bivouac Le petit prince, M’hamid el Ghizlane, 29/12/14

B comme big bang
B comme big bang